Soudan du Sud : un pays ravagé par la guerre civile
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Soudan du Sud : un pays ravagé par la guerre civile

Avant l'indépendance du Soudan du Sud, deux conflits ont opposé les forces du Nord arabo-musulman aux rebelles du Sud à majorité chrétienne et ont fait des millions de morts

Des réfugiés qui viennent tout juste d'arriver au sud-Soudan attendent de s'inscrire à Ngomoromo, sur la frontière avec l'Ouganda, pour être transférés dans un centre de relocalisation, le 11 avril 2017 (Crédit : AFP Photo/Isaac Kasamani)
Des réfugiés qui viennent tout juste d'arriver au sud-Soudan attendent de s'inscrire à Ngomoromo, sur la frontière avec l'Ouganda, pour être transférés dans un centre de relocalisation, le 11 avril 2017 (Crédit : AFP Photo/Isaac Kasamani)

Le Soudan du Sud, théâtre depuis près de cinq ans d’une guerre civile dévastatrice dont les protagonistes ont signé mercredi un accord « préliminaire » de partage du pouvoir, est le plus jeune Etat du monde, à l’économie ruinée par le conflit.

Indépendant depuis 2011, le pays a plongé fin 2013 dans un conflit provoqué par la rivalité entre le président Salva Kiir et Riek Machar. La guerre civile a fait des dizaines de milliers de morts, près de quatre millions de déplacés (sur une population de 12 millions d’habitants) et provoqué une grave crise humanitaire.

Economie en ruine

L’économie a pâti de la baisse des cours du pétrole et de l’impact de la guerre sur sa production pétrolière, de nombreuses infrastructures ayant été endommagées.

Juba, qui a hérité à son indépendance des trois quarts des réserves pétrolières du Soudan, reste aussi tributaire des infrastructures du Nord (raffineries et oléoducs) pour l’exportation.

Des hélicoptères militaires du gouvernement du Soudan du Sud survolent la capitale Juba, en proie à de lourds combats, le 11 juillet 2016. (Crédit : AFP/STR)

La production de pétrole représentait 98 % des revenus du pays à son indépendance. Elle a chuté à environ 120 000 barils par jour contre 350.000 avant le conflit, selon la Banque mondiale.

L’inflation a atteint environ 500 % en 2016, avant de décélérer à 155 % en 2017.

En 2017, une partie du pays a connu quatre mois de famine, qui a affecté environ 100 000 personnes.

Selon l’ONU, 7 millions de Sud-Soudanais, soit plus de la moitié de la population, vont avoir besoin d’une aide humanitaire en 2018.

Des travailleurs d’IsraAID distribuent des kits d’équipements médicaux de première nécessité au Soudan du Sud, en octobre 2015. (Crédit : Facebook/IsraAID)

Guerre contre le Nord musulman

Avant l’indépendance du Soudan du Sud, deux conflits ont opposé les forces du Nord arabo-musulman (actuel Soudan) aux rebelles du Sud à majorité chrétienne et animiste (actuel Soudan du Sud) et ont fait des millions de morts.

Drapeau du Soudan du Sud (Crédit : Domaine public)

Le processus d’indépendance du Soudan en 1956 provoque une première guerre dans le Sud contre la domination du Nord. Des accords en 1972 mettent fin au conflit, octroyant au Sud un statut d’autonomie.

Mais en 1983, Khartoum révoque ces accords, déclenchant une nouvelle guerre Nord-Sud. John Garang, de l’ethnie Dinka, fonde l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA).

En janvier 2005, le pouvoir soudanais et la rébellion sudiste signent un accord de paix.

Plus jeune Etat du monde

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud proclame son indépendance, six mois après avoir voté la sécession avec le Nord à près de 99 %. Salva Kiir prête serment comme premier président.

La communauté internationale, Etats-Unis, Chine, Russie et Union européenne en tête, ainsi que le Soudan, reconnaissent rapidement ce nouveau pays africain.

Illustration : des écoliers soudanais à Juba, au Soudan du sud. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Guerre fratricide

Liés par un combat commun au sein de la rébellion contre Khartoum avant l’indépendance, Salva Kiir et Riek Machar sont issus des deux principaux groupes ethniques du pays, les Dinka pour M. Kiir, les Nuer pour M. Machar.

En décembre 2013, le pays bascule dans la guerre civile lorsque Salva Kiir accuse son rival d’avoir fomenté un coup d’État, ce que Riek Machar nie. Des combats éclatent au sein de l’armée nationale, minée par des dissensions.

Les combats, émaillés de massacres entre Dinka et Nuer, s’étendent à plusieurs Etats.

Des soldats de l’armée nationale du Soudan du Sud patrouillent la ville de Bentiu, avril 2014. (Simon Maina / AFP)

Tractations pour le pouvoir

En 2015, un accord de paix permet à M. Machar d’être réinstallé au poste de vice-président et de revenir à Juba. Mais après des combats dans la capitale en juillet 2016, il fuit le pays.

Le 20 juin 2018, Salva Kiir et Riek Machar se rencontrent à Addis Abeba, pour la première fois en deux ans.

Le 27 juin, MM. Kiir et Machar se mettent d’accord à Khartoum sur un cessez-le-feu. Le 6 juillet, ils conviennent de retirer leurs forces des « zones urbaines », dans le cadre d’un accord portant sur la sécurité signé à Khartoum. Et le lendemain, à Kampala, ils acceptent un accord de partage du pouvoir qui doit voir Riek Machar retrouver la vice-présidence.

« Crimes de guerre »

Le 10 juillet, le Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU a dénoncé de « graves violations des droits de l’Homme (…) pouvant s’apparenter à des crimes de guerre », mettant principalement en cause les forces gouvernementales.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé trois jours plus tard un embargo sur les armes et des sanctions contre deux responsables militaires, accusés de bloquer un règlement pacifique du conflit.

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