Rechercher

Supérieurs à l’indice des prix de l’État, les coûts des matériaux mettent la pression

Face à la flambée des prix et à la déconnexion des indices supposés les protéger de la volatilité des marchés, des entrepreneurs devront cesser leurs activités

Vue d’un chantier de construction dans la ville israélienne de Be’er Ya’akov, située dans le centre du pays, le 22 février 2022. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Vue d’un chantier de construction dans la ville israélienne de Be’er Ya’akov, située dans le centre du pays, le 22 février 2022. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

L’indice officiel des prix des matériaux de construction est déconnecté des prix réels des matières premières et menace la viabilité des projets de construction, des maisons comme des routes, a révélé un groupe spécialisé.

Les prix des matériaux de construction ont beaucoup augmenté ces dernières années, gonflés par la pandémie et d’autres chocs géopolitiques.

Selon les données américaines compilées par le géant de l’immobilier JLL, le coût des matières premières dans la construction aurait augmenté de 23,1 % d’août 2020 à août 2021. Au cours de la même période, l’acier aurait augmenté de 123 %, le bois d’œuvre de 111 % et l’aluminium de 35 %.

Toutefois, les indices de suivi des matières premières utilisées dans la construction de logements, publiés mensuellement par le Bureau central des statistiques du gouvernement, n’ont reflété qu’une hausse de 7,6 % sur la même période et une augmentation de 10,3 % entre février 2021 à février 2022, excluant les hausses du coût de la main-d’œuvre.

D’autres indices publiés par le gouvernement, qui suivent les secteurs de la construction routière et commerciale, reflètent des augmentations tout aussi modestes qui, selon les experts de l’industrie, sont bien inférieures aux hausses de prix réelles.

Le Bureau des statistiques reconnaît que, lorsque l’on inclut la hausse des coûts de main-d’œuvre, l’augmentation est supérieure.

Selon l’Association des constructeurs israéliens, certains entrepreneurs risquent de faire faillite en raison des pressions exercées par la hausse des prix.

Certains envisageraient de suspendre leur participation aux appels d’offres des projets conduits par les autorités locales, en raison de la structure des contrats, jugée trop risquée par des promoteurs déjà mis à rude épreuve par le retard de l’indice des prix.

« Les indices doivent être corrigés. Ils sont inexacts et ne reflètent pas de manière fiable la volatilité du marché », a déclaré Nir Yanushevsky, vice-président de l’association des constructeurs.

Construction de nouveaux bâtiments résidentiels à Harish, au nord d’Israël, le 15 janvier 2019. (Crédit : Flash90)

Les constructeurs s’appuient sur les indices de prix pour se prémunir de l’évolution du coût des intrants tout au long de la durée de vie d’un projet. Les contrats comprennent généralement un mécanisme permettant d’augmenter les coûts des matériaux en liant le coût final des bâtiments à l’indice officiel pertinent, prémunissant les constructeurs de devoir absorber les hausses de coûts liés à la volatilité des prix.

Mais les prix des matières premières, et d’autres aspects des chantiers de construction qui ne sont pas inclus dans les indices, ont augmenté si rapidement et intensément que les indices ne les reflètent pas encore, explique l’association des constructeurs. Facteur aggravant, les retards dus aux pénuries de matériaux et de main-d’œuvre prolongent le temps nécessaire à la réalisation d’un chantier, exposant les constructeurs à davantage de risques sur de plus longues périodes.

Un porte-parole du Bureau des statistiques a déclaré au Times of Israël que l’indice était basé sur les coûts des matières premières en Israël et reflétait leur prix réel, avec un décalage de l’ordre de l’ordre de quelques semaines seulement.

Nir Yanushevsky. (Crédit : Autorisation)

L’une des principales difficultés des indices est de suivre l’évolution rapide des prix mondiaux, liée à la disponibilité des principaux produits de base. La pandémie de coronavirus et les pénuries de main-d’œuvre qui en ont résulté avaient déjà mis à rude épreuve la chaîne d’approvisionnement mondiale avant que la Russie n’envahisse l’Ukraine, le 24 février dernier. Les deux belligérants sont des fournisseurs mondiaux clés de métaux et d’autres matières premières, et les prix devraient en toute logique encore augmenter dans les mois à venir.

Le problème est exacerbé dans les chantiers publics, dont beaucoup ne prévoient aucune disposition pour tenir compte de la hausse des prix des matières premières.

Selon Gera Kaushansky, chef par intérim de la division des infrastructures et des contrats de l’Association des constructeurs, 40% des chantiers relevant du budget d’infrastructure du gouvernement ne comptent pas de clause liant le prix final à l’indice, et encore moins le prix réel.

Chantier de construction de la nouvelle Bibliothèque nationale à Jérusalem, le 11 novembre 2020. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les projets municipaux tels que les écoles, jardins d’enfants et salles de sport comprennent rarement des dispositions liant le prix final aux coûts des matières premières.

Sans modification des contrats ou à défaut de corriger le retard de l’indice des prix, les grands projets publics pourraient peiner à trouver des sous-traitants ou faire face à des difficultés pour être parachevés.

Il n’est pas rare que les entrepreneurs fassent en sorte de prendre en compte la volatilité des prix et le risque au niveau de la cotation des prix, mais les fortes turbulences du marché, ces dernières années, ont rendu beaucoup plus difficile leur estimation.

Dans le secteur des projets publics, il y a une forte tendance à choisir le sous-traitants qui soumet le devis le plus bas, ce qui tend les prix à la baisse. Le risque d’enchérir trop bas et de ne pas anticiper de manière réaliste l’ampleur des hausses de prix est plus élevé que jamais, et la flambée des coûts des matières premières pourrait forcer certains constructeurs à rogner sur une grande partie de leurs bénéfices, menaçant la viabilité des projets.

Parallèlement, les candidats à l’acquisition de logements peuvent s’attendre à des hausses de prix à mesure que l’indice des coûts augmente et que les constructeurs tentent de fixer le prix réel anticipé des matières premières.

Le porte-parole du Bureau des statistiques a déclaré que les indices étaient conçus pour protéger à la fois les grands et les petits entrepreneurs, mais ne pouvaient pas protéger les constructeurs qui offraient des prix irréalistes afin de remporter des contrats, ou qui ne liaient pas les coûts du projet à l’indice.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...