Sur les traces de Soliman le Magnifique ou l’Entrepreneur
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Sur les traces de Soliman le Magnifique ou l’Entrepreneur

La place des Palmiers, située à l’extérieur de la porte de Damas, renoue avec son passé ; une aubaine pour les promeneurs

  • La rue Soliman et la porte de Damas à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La rue Soliman et la porte de Damas à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le sultan ottoman Soliman le Magnifique (Crédit photo : Wikimedia Commons / domaine public)
    Le sultan ottoman Soliman le Magnifique (Crédit photo : Wikimedia Commons / domaine public)
  • La porte de Damas de nuit. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La porte de Damas de nuit. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La carte de Madaba représentant la ville historique de Jérusalem est partie intégrante d'une mosaïque au sol dans la première église byzantine Saint-Georges de Madaba, en Jordanie. (Crédit : domaine public via Wikipedia)
    La carte de Madaba représentant la ville historique de Jérusalem est partie intégrante d'une mosaïque au sol dans la première église byzantine Saint-Georges de Madaba, en Jordanie. (Crédit : domaine public via Wikipedia)
  • Une entrée intacte de l'époque romaine dans la Vieille Ville, située sous la porte de Damas. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une entrée intacte de l'époque romaine dans la Vieille Ville, située sous la porte de Damas. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La grotte de Sédécias. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La grotte de Sédécias. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Un concert dans la grotte de Sédécias. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Un concert dans la grotte de Sédécias. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le musée Rockefeller. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le musée Rockefeller. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Quand la beauté renaît, n’est-ce pas magnifique ?

En 1997, en construisant l’autoroute 1 à Jérusalem, les pouvoirs publics ont installé un aqueduc décoratif et créé une place dans la zone située au sommet de la rue Sultan Soliman, juste à l’ouest de la porte de Damas à Jérusalem. Quelque temps après, les colporteurs qui bloquaient jusqu’alors les rues de la Vieille Ville ont été concentrés, selon des directives strictes, sur la place officiellement connue sous le nom de Pearls Lane (le chemin des Perles).

Au fil des années, le site s’est détérioré et des éléments indésirables se sont joints aux colporteurs et aux ordures qui couvraient chaque espace vide. C’était un endroit à éviter quand on se trouvait à Jérusalem Est.

En 2015, Benny Sasi, directeur de la East Jerusalem Development Company (PAMI), a visité la zone en compagnie de l’assistant réalisateur Israel Yefet. Ils ont observé le chemin des Perles, et ont décidé que le site méritait une refonte complète. En collaboration avec un interprète arabophone, Yefet a demandé aux gens qui se dirigeaient vers et depuis la porte de Damas de donner leurs idées pour créer une nouvelle place totalement différente.

La porte de Damas et la place des Palmiers à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Grâce aux fonds mis à disposition par le ministère de Jérusalem et du Patrimoine, Yefet a supervisé un relooking complet, installant de nouvelles pompes pour l’aqueduc et rendant l’endroit accessible aux personnes en fauteuils roulants. En juin, le site a officiellement rouvert ses portes. Surnommé la place des Palmiers par la PAMI, le parc, jadis crasseux, négligé et même dangereux, abrite désormais des jardins, des allées, un aqueduc fluide et des fontaines qui changent de couleurs et qui s’illuminent la nuit. Mieux encore, les résidents (et également les visiteurs) font leur possible pour maintenir le site très propre.

La place des Palmiers n’est qu’un site intéressant parmi d’autres dans la rue Sultan Soliman, une rocade longeant les murs nord de la Vieille Ville et atteignant son coin nord-est. Bordée par des pierres des deux côtés, la rue a été pavée par les Croisés durant la période ottomane en Palestine. Elle porte le nom du dernier sultan turc – qui a aussi régné le plus longtemps.

La rue Soliman et la porte de Damas à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Soliman avait plusieurs titres non officiels. Pour les Européens impressionnés par les prouesses militaires du sultan – il dirigeait personnellement ses armées qui ont conquis une grande partie de l’Europe avant d’être stoppées lors de la bataille de Vienne en 1529 –, il était connu à la fois comme Soliman le Magnifique et Soliman le Grand. Ses sujets turcs le respectaient pour ses profondes réformes législatives et l’ont surnommé le Législateur.

Le sultan ottoman Soliman le Magnifique (Crédit photo : Wikimedia Commons / domaine public)

Cependant, ce qu’il a fait pour Jérusalem lui aurait valu le titre de Soliman l’Entrepreneur : il a entièrement rénové l’aqueduc qui fournit l’eau à la ville, réaménagé les anciens marchés et construit de nouveaux bazars, nettoyé les réservoirs et restauré le dôme du Rocher. Mais, plus important encore : il a entrepris la lourde tâche de reconstruire, embellir et fortifier les murs, les tours et les portes de Jérusalem.

La porte de Damas et un chien qui disparaît

L’une d’elles, la porte de Damas, est à la fois la plus impressionnante et la plus ornementale des sept portes ouvertes de la Vieille Ville. Située face à la place des Palmiers, elle a de grandes marches et une place constamment remplie de monde.

Mais bien qu’elle ait presque un demi-millénaire, la porte de Damas est bien plus jeune que la porte latérale historique et à la place Romaine situées en contrebas.

La porte de Damas de nuit. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

En l’an 132, les juifs de toute la Terre d’Israël se sont rebellés contre la domination romaine. Connue sous le nom de révolte de Bar Kochba, elle a été écrasée par l’empereur romain Hadrien trois ans plus tard. Pour célébrer sa victoire, Hadrien a construit une arche de victoire indépendante composée d’un magnifique portail central, avec des entrées identiques mais moins ostentatoires de chaque côté. L’une des plus petites entrées est restée quasiment intacte et se trouve située en contrebas et à gauche de la porte de Damas.

Un pilier surmonté d’une statue de l’empereur Hadrien se trouvait sur une place dans l’ancienne entrée. Les distances vers différents endroits du pays étaient mesurées à partir de ce pilier, qui apparaît avec la place sur la célèbre carte de Madaba datée du 6e siècle et découverte en Jordanie. Le pilier est la source du nom arabe de la porte de Damas – Bab el Amud, qui signifie « porte du Pilier ».

La carte de Madaba qui représente la ville historique de Jérusalem est partie intégrante d’une mosaïque au sol dans la première église byzantine Saint-Georges de Madaba, en Jordanie. (Crédit : domaine public via Wikipedia)

Aujourd’hui, la place se nomme la place Romaine. Excavée en 1982, elle abrite un petit musée consacré à l’histoire de la porte de Damas et géré par la PAMI. Son sol en pierre d’origine n’a pas bougé. On y trouve également des cartes et une variété d’antiquités de l’époque romaine. Au cours des dernières décennies, il a été ouvert et fermé aux visiteurs à plusieurs reprises. Pour le moment, seuls les groupes qui réservent à l’avance peuvent visiter le site.

Une entrée intacte de l’époque romaine dans la Vieille Ville, située sous la porte de Damas. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’un des sites touristiques les plus intéressants de la ville se trouve juste à côté de la porte de Damas. Mais il n’aurait peut-être jamais été révélé sans le docteur James Turner Barclay, un pasteur de l’Église chrétienne des Disciples du Christ originaire de Scottsville, en Virginie. Le docteur Barclay est arrivé à Jérusalem en 1851 avec sa femme et ses trois enfants, résolus à convertir les juifs et les musulmans de la ville au christianisme. Mais il constata que les musulmans étaient menacés de la peine de mort s’ils se convertissaient, et que tous les juifs qui prenaient la croix étaient confrontés à un ostracisme total de la part de leur communauté.

Barclay et son chien faisaient de nombreuses promenades le long des murs de la ville. C’est lors d’une de ces promenades sur la rue Soliman en 1854, que son chien a disparu.

Barclay finit par distinguer de légers aboiements. Suivant le bruit, il découvrit une très petite ouverture dans le mur qui était habituellement cachée par des masses de déchets – mais qui avait été déterrée cette année-là à cause de pluies exceptionnellement fortes.

Afin de ne pas alerter les autorités turques, Barclay attendit jusqu’à la tombée de la nuit puis, avec deux amis, il s’aventura dans une énorme caverne de plus de 9 000 mètres carrés. Créée par des forces naturelles, elle servit de carrière durant des siècles et fut même utilisée par les ouvriers qui ont construit le temple de Salomon il y a trois mille ans.

La grotte de Sédécias. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Au fond de la grotte, se trouve une source qui coule à peine. La légende dit que ses eaux sont les larmes versées par le roi Sédécias, à cause de la chute de Jérusalem aux mains des Babyloniens en 586 avant l’ère commune.

La grotte de Sédécias et ses carrières ont non seulement été entièrement restaurées pour les visiteurs, mais elle accueille aussi des événements musicaux une ou deux fois par mois. Des centaines de bougies créent une atmosphère enchanteresse pour les concerts. Associées à l’acoustique de la grotte, les spectacles offrent un son et une ambiance magiques.

Un concert dans la grotte de Sédécias. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Au bout de la rue, les murs de calcaire blanc du musée archéologique John D. Rockefeller brillent sous le soleil de Jérusalem.

Inauguré en 1938, le musée, sous son impressionnant toit à six côtés, présente des milliers d’objets fabriqués dans la région durant le mandat britannique en Palestine (1920-1948).

Le musée Rockefeller a été conçu par l’architecte britannique Austen St. Barbe Harrison. Étudiant en architecture byzantine et islamique, Harrison a effectué un travail fabuleux en combinant design oriental et occidental, et en imaginant de longues salles avec des ouvertures en arc abritant des tuiles arméniennes, de magistrales sculptures et de lumineuses piscines.

Burj al-Laqlaq – la tour de la Cigogne – est située au coin nord-est des remparts de la Vieille Ville. Comme Israël se trouve sur une voie de migration majeure pour les oiseaux, il est probable que la tour tire son nom des cigognes qui se reposaient ici durant leurs migrations. Parmi les décorations de la tour, on trouve une étoile de David – ce qui est totalement inattendu : elle a très certainement été extraite d’un autre site.

Avant 1948, lorsque les murs de la Vieille Ville marquaient la frontière jordanienne, la maison de Katy Antonius servait des dîners au clair de lune sur le toit en pierre de cette tour carrée massive. Katy était mariée à George, secrétaire privé du clerc musulman le plus important de Jérusalem. Le couple avait un mode de vie somptueux, et leur salon était admiré dans le monde entier. Tous les responsables internationaux – des cheikhs arabes aux hommes politiques et aux poètes – se sont rendus chez eux et ont continué à le faire même après que Katy a perdu son mari en 1942.

Le musée Rockefeller. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

De 1948 à 1967, l’ensemble de la zone était un no man’s land couvert de barbelés. Mais après la Guerre des Six Jours, quand les deux parties de Jérusalem ont été réunies, juifs et arabes ont commencé à se fréquenter chaque vendredi au marché aux moutons, près de la tour de la Cigogne. Chaque jour de la semaine, ils se rencontraient dans les cafés et aux stands de houmous situés face à la porte de Damas.

Puis, pendant longtemps, très longtemps, tout cet entremêlement des cultures s’est arrêté. Avec l’ouverture de la nouvelle place et les lumières décoratives installées devant les magasins – qui se développent à nouveau –, nous espérons que ces jours heureux de paix et de prospérité reviendront.

La grotte de Sédécias est ouverte du samedi au jeudi, de 9h00 à 17h00. Les billets sont au tarif de 18 shekels pour les adultes et 10 shekels pour les enfants et les personnes âgées. Elle n’est pas accessible aux fauteuils roulants et n’est pas conseillée aux personnes qui ont des difficultés pour la marche.

Les groupes intéressés par la visite de la place Romaine sont invités à consulter le site de la PAMI : www.pami.co.il/en. Téléphone : +972 2 627 7550.

Le musée Rockefeller est ouvert le dimanche, lundi, mercredi et jeudi de 10h00 à 15h00 et le samedi de 10h00 à 14h00. Il n’est pas accessible en fauteuil roulant. L’entrée est gratuite mais le parking est disponible uniquement le samedi. Téléphone : +972 2 628 2251.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en langue anglaise sur Israël. Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé qui propose des visites privées et personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes. Tous droits réservés.

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