Syrie: Washington « doit » éviter une offensive turque, clame un dirigeant kurde
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Syrie: Washington « doit » éviter une offensive turque, clame un dirigeant kurde

Longtemps marginalisés, les Kurdes de Syrie représentent 15% de la population, et ont établi "une région fédérale" en 2016, à la faveur du conflit syrien

Ce mardi 7 mars 2017, une capture d'image vidéo montre une patrouille des forces américaines à la périphérie de la ville syrienne de Manbij, un lieu de tensions entre les troupes turques et les combattants syriens alliés et les combattants kurdes soutenus par les États-Unis, dans le village al-Asaliyah, province d'Alep, Syrie. (Crédit : Arab 24, via AP, File)
Ce mardi 7 mars 2017, une capture d'image vidéo montre une patrouille des forces américaines à la périphérie de la ville syrienne de Manbij, un lieu de tensions entre les troupes turques et les combattants syriens alliés et les combattants kurdes soutenus par les États-Unis, dans le village al-Asaliyah, province d'Alep, Syrie. (Crédit : Arab 24, via AP, File)

Un haut responsable kurde en Syrie, Aldar Khalil, a exhorté samedi Washington à prévenir toute offensive turque contre les zones kurdes du nord, après l’annonce d’un retrait militaire par le président Donald Trump.

Cette déclaration à l’AFP intervient après l’annonce surprise mercredi par Trump du retrait de ses troupes stationnées dans le nord-est de la Syrie aux côtés des combattants kurdes, cibles de longue date d’Ankara.

Soutenues par la coalition internationale anti-jihadistes emmenée par les Etats-Unis, les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants kurdes et arabes, sont depuis plusieurs années le fer de lance de la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie.

« Tant que les Etats-Unis et d’autres pays (de la coalition) sont ici, ils se doivent de respecter leurs engagements. Et, même s’ils s’en vont, ils peuvent au moins œuvrer à une résolution internationale », a expliqué Khalil, l’un des responsables de l’administration semi-autonome kurde mise en place en 2013.

« Il est de leur devoir d’empêcher toute attaque et de mettre fin aux menaces turques », a-t-il ajouté.

Dans le cas contraire, le retrait des quelque 2 000 soldats américains présents sur le sol syrien donne, selon lui, un blanc-seing à Ankara pour lancer une nouvelle offensive.

Khalil a également appelé la France à « jouer un rôle positif au sein des Nations unies et du Conseil de sécurité en vue d’une résolution empêchant une offensive turque ».

Vendredi, deux hauts responsables kurdes ont été reçus par des conseillers du président français Emmanuel Macron.

La Turquie redoute de voir s’instaurer un embryon d’Etat kurde à ses portes, au risque de renforcer les velléités séparatistes de la minorité kurde en Turquie.

Elle a déjà lancé deux offensives depuis 2016 dans le nord syrien.

Des kurdes syriens lors d’un défilé militaire inattendu, à Afrine, au moment où des civils se mobilisent et s’enrôlent pour rejoindre le front ou renforcer les équipes médicales et lutter contre les troupes turques, au sein de le YPG, le 28 janvier 2018. (Crédit : AFP / Delil SOULEIMAN)

La dernière lui a permis en début d’année de prendre le contrôle de la région d’Afrine, au prix d’une opération qui a fait plus de 1 500 morts parmi les miliciens kurdes et 400 parmi les groupes syriens pro-Ankara, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Quarante-cinq soldats turcs ont été tués, d’après Ankara.

Près de 300 civils ont aussi péri, selon l’OSDH.

Ankara qualifie de « terroriste » la milice des Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale des FDS, pour ses liens présumés avec le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.

Jeudi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a de nouveau promis d’éliminer les jihadistes et les milices kurdes du nord de la Syrie.

Les forces kurdes ont, elles, mis en garde vendredi contre l’abandon de l’offensive qu’elles mènent contre l’ultime poche de l’EI dans la province de Deir Ezzor (est), en cas de retrait américain, agitant la menace, par ailleurs, de la libération de centaines de jihadistes étrangers qu’elles détiennent.

« Le retrait (américain) implique que nos combattants ne puissent plus se battre contre l’EI, alors que leurs familles, leurs villages et leurs villes font l’objet d’attaques », a assuré Khalil.

Longtemps marginalisés, les Kurdes de Syrie représentent 15 % de la population, et ont établi « une région fédérale » en 2016, à la faveur du conflit syrien.

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie s’est complexifiée au fil des ans. Elle a fait plus de 360 000 morts et poussé à l’exode des millions de personnes.

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