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Texte intégral

Texte intégral du discours du président ukrainien devant les députés israéliens

"On peut continuer à demander pourquoi nous ne recevons pas d'armes de votre part. Ou pourquoi Israël n'a pas imposé de lourdes sanctions à la Russie... Mais c'est votre choix"

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'adresse depuis Kiev, en Ukraine, aux parlementaires de la Knesset le 20 mars 2022. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'adresse depuis Kiev, en Ukraine, aux parlementaires de la Knesset le 20 mars 2022. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

Le texte ci-dessous est une adaptation en français de la traduction officielle en anglais fournie par l’ambassade d’Ukraine après le discours du président de l’Ukraine Volodymyr Zelenskyy aux députés israéliens le 20 mars 2022.

Cher président de la Knesset, membres de la Knesset.

Cher Premier ministre Bennett, merci beaucoup pour votre soutien.

Chers membres du gouvernement de l’État d’Israël, toutes les personnes présentes, les invités, le peuple d’Israël !

Les communautés ukrainienne et juive ont toujours été et, j’en suis sûr, resteront très liées, très proches. Elles vivront toujours côte à côte. Et elles ressentiront ensemble la joie et la douleur.

C’est pourquoi je veux vous rappeler les mots d’une grande dame originaire de Kiev, que vous connaissez très bien. Les paroles de Golda Meir. Elles sont très célèbres, tout le monde en a entendu parler. Apparemment, tous les Juifs. Beaucoup, beaucoup d’Ukrainiens aussi. Et certainement pas moins de Russes : « Nous avons l’intention de rester en vie. Nos voisins veulent nous voir morts. Ce n’est pas une question qui laisse beaucoup de place au compromis. »

Je n’ai pas besoin de vous convaincre à quel point nos histoires sont entremêlées. Les histoires des Ukrainiens et des Juifs. Par le passé, et aujourd’hui, en cette période terrible. Nous sommes dans des pays différents et dans des conditions complètement différentes. Mais la menace est la même : pour nous comme pour vous – la destruction totale du peuple, de l’État, de la culture. Et même des noms : Ukraine, Israël.

Je veux que vous ressentiez tout cela. Je veux que vous pensiez à cette date. Au 24 février. Au lancement de cette invasion. L’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le 24 février – ce jour est entré deux fois dans l’Histoire. Et les deux fois – comme une tragédie. Une tragédie pour les Ukrainiens, pour les Juifs, pour l’Europe, pour le monde.

Le 24 février 1920, le parti national socialiste des travailleurs d’Allemagne (NSDAP) a été fondé. Un parti qui a coûté la vie à des millions d’individus. Détruit des pays entiers. Qui a essayé d’exterminer des nations.

102 ans plus tard, le 24 février, un ordre criminel a été émis pour déclencher une invasion russe à grande échelle de l’Ukraine. L’invasion, qui a déjà causé des milliers de morts, a laissé des millions de personnes sans abri. Elle a fait d’eux des exilés. Sur leurs terres et dans les pays voisins. En Pologne, en Slovaquie, en Roumanie, en Allemagne, en République tchèque, dans les pays baltes et dans des dizaines d’autres pays.

Notre peuple est maintenant dispersé dans le monde entier. À la recherche de sécurité. À la recherche de moyens de de vivre en paix. Comme vous l’avez cherché autrefois.

(Le discours de Zelensky a été prononcé en ukrainien, avec une traduction en voix off en hébreu. La traduction officielle de l’ambassade d’Ukraine du texte en anglais diffère légèrement de la voix off en hébreu.)

Cette invasion russe de l’Ukraine n’est pas seulement une opération militaire, comme le prétend Moscou. C’est une guerre perfide à grande échelle qui vise à détruire notre peuple. Détruire nos enfants, nos familles. Notre État. Nos villes. Nos communautés. Notre culture. Et tout ce qui fait des Ukrainiens des Ukrainiens. Tout ce que les troupes russes sont en train de détruire. Délibérément. Devant le monde entier.

C’est pourquoi j’ai le droit à ce parallèle et à cette comparaison. Notre Histoire et votre Histoire. Notre guerre pour notre survie et la Seconde Guerre mondiale.

Écoutez ce que dit le Kremlin. Écoutez ! ll utilise la même terminologie qu’à l’époque. Et c’est une tragédie. Quand le parti nazi a envahi l’Europe et voulait tout détruire. Détruire tous les hommes. Ils voulaient conquérir les nations. Et ne rien laisser de nous, rien de vous. Ni même le nom, ni la trace. Ils ont appelé cela « la solution finale à la question juive ». Vous vous en souvenez. Et je suis certain que vous n’oublierez jamais !

Mais écoutez ce que l’on entend maintenant à Moscou. Écoutez comment ces mots sont prononcés à nouveau : « Solution finale ». Mais déjà à notre égard, au sujet, pour ainsi dire, de la « question ukrainienne ».

Ils en parlent ouvertement. C’est une tragédie. Une fois de plus, ces mots ont été prononcés lors d’une réunion à Moscou. C’est disponible sur les sites web officiels. Cela a été cité dans la presse officielle russe. Moscou le dit : sans nous faire la guerre, ils ne seraient pas en mesure d’assurer une « solution finale » prétendument pour leur propre sécurité. Exactement comme il a été dit il y a 80 ans.

Peuple d’Israël !

Vous avez vu les missiles russes frapper Kiev, Babyn Yar. Vous savez de quelle terre il s’agit. Plus de 100 000 victimes de la Shoah y sont enterrées. Il y a d’anciens cimetières à Kiev. Il y a un cimetière juif. Il a été bombardé par des missiles russes.

Peuple d’Israël !

Le premier jour de cette guerre, des missiles russes ont atteint notre ville d’Ouman. Une ville visitée par des dizaines de milliers d’Israéliens chaque année. Pour un pèlerinage sur la tombe de Nachman de Breslev. Que restera-t-il de tous ces endroits en Ukraine après cette terrible guerre ?

Je suis sûr que chaque mot de mon discours résonne avec douleur dans vos cœurs. Parce que vous ressentez ce dont je parle. Mais pouvez-vous expliquer pourquoi nous nous tournons encore vers le monde entier, vers de nombreux pays pour obtenir de l’aide ? Nous vous demandons de l’aide… Même pour de simples visas…

Mais qu’est-ce donc ? de l’indifférence ? des calculs ? ou une médiation sans choisir de camp ? Je vous laisse le choix de la réponse à cette question. Et je ne retiendrai qu’une chose : l’indifférence tue. Les calculs sont souvent faux. Et la médiation ne peut se faire qu’entre États, pas entre le Nien et le Mal.

Tout le monde en Israël sait que votre défense antimissile est la meilleure. Elle est puissante. Tout le monde sait que votre défense est puissante. Tout le monde sait que vous vous débrouillez bien. Vous savez comment défendre les intérêts de votre État, les intérêts de votre peuple. Et vous pouvez certainement nous aider à protéger nos vies, les vies des Ukrainiens, les vies des Juifs ukrainiens.

Nous pouvons toujours demander pourquoi nous n’obtenons d’armes de votre part, pourquoi Israël n’impose pas de lourdes sanctions contre la Russie, pourquoi il ne fait pas pression sur les entreprises russes. Mais la réponse est toujours la même. C’est votre choix, chers frères et sœurs. Vous devrez vivre avec cette réponse, peuple d’Israël.

Les Ukrainiens ont fait leur choix. Il y a 80 ans. Ils ont sauvé des Juifs. C’est pourquoi les Justes parmi les Nations sont parmi nous.

Peuple d’Israël, vous avez maintenant le même choix. »

Merci !

Merci pour tout.

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