Tollé après qu’une romancière anti-Israël crée un personnage israélien
Rebecca "R. F." Kuang est accusée de "normaliser Israël" après la fuite d’un extrait de "Taipei Story" - dans lequel un musicien est présenté comme israélien ; certains fans ont annulé leurs précommandes de l'ouvrage
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JTA — Une autrice à succès fait actuellement face à une vague de colère de la part de ses fans après que des exemplaires en avant-première de son prochain roman ont révélé la présence, dans l’ouvrage, d’un personnage israélien — une décision qui, selon ses détracteurs, favorise la « normalisation » d’un pays auquel ils s’opposent avec férocité.
Rebecca « R. F. » Kuang, l’auteure sino-américaine du roman satirique « Yellowface » (2023) et de la trilogie « The Poppy War », s’apprête à publier son septième roman, « Taipei Story », qui sortira au mois de septembre. Une version préliminaire du livre, dont un extrait a fuité sur les réseaux sociaux dans la journée de dimanche, comprend une courte scène en présence d’un musicien israélien.
Le nom du musicien, un pianiste à succès dont la prestation suscite une ferveur quasi-religieuse chez l’un des personnages du récit, n’est pas nommé – et le texte le décrit comme « un homme au visage renfrogné, qui n’a pas esquissé le moindre sourire pendant que nous étions en train de l’applaudir ».
Ce qui a suffi à entraîner des réactions furieuses de la part de certains lecteurs et lecteurs potentiels qui ont estimé que Kuang « blanchissait » l’image d’Israël au lendemain de la guerre avec le Hamas à Gaza — alors même que la romancière est connue pour apporter son soutien au mouvement de boycott d’Israël.
« RF Kuang avait le choix entre plus de 190 pays pour décrire la nationalité d’un personnage, et elle a quand même choisi celui qui commet activement un génocide à l’encontre des Palestiniens depuis des années », a écrit alltoowellreads, un usager des réseaux sociaux, sur X – un commentaire représentatif de l’état d’esprit des lecteurs, qui a été partagé à un millier de reprises et qui a utilisé une version en ligne du mot « génocide » destinée à contourner la censure. Une accusation très répandue qui n’a jamais été prouvée.
D’autres se sont insurgés contre cet extrait paru sur Threads, où une communauté florissante d’internautes discute de littérature. Certains ont même déclaré avoir annulé leur précommande de l’ouvrage.
Kuang et ses attachés de presse n’ont pas répondu à nos demandes de réactions. L’autrice a par ailleurs désactivé les commentaires sur ses récentes publications sur Instagram, ne répondant pas aux critiques qui ont pu être formulées.
La polémique suscitée par l’inclusion d’un personnage israélien par Kuang reflète une tendance dans le monde littéraire, où même les mentions les plus anodines d’Israël ou des Israéliens suffisent à placer les auteurs sur la liste noire des boycotts.
Une tendance qui a été antérieure à la dernière guerre à Gaza : Casey McQuiston, l’autrice d’un roman d’amour intitulé « Red, White, and Royal Blue », qui était sorti en 2019, avait ainsi initialement inclus une scène où le président américain plaisantait en disant qu’un ambassadeur « a dit quelque chose d’idiot sur Israël, et maintenant je dois appeler Netanyahu pour m’excuser personnellement ».
En 2021, McQuiston a fait savoir qu’elle supprimerait la référence faite au Premier ministre Benjamin Netanyahu dans les prochaines éditions du livre.
Les choses se sont encore accélérées après le pogrom qui avait été lancé par le Hamas, le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre à Gaza et qui avait placé Israël au centre du débat – notamment dans le milieu culturel. Une liste parue sur la Toile, intitulée « Votre auteur préféré est-il sioniste ? » et qui était devenue virale en 2024, avait appelé au boycott des auteurs pour lesquels la réponse était affirmative.
Certains auteurs se sont retrouvés sur cette liste sans jamais s’être exprimés publiquement sur la question d’Israël ou de Gaza. Le nom de Gabrielle Zevin, par exemple, y figure, en partie parce que son roman à succès de 2024, « Tomorrow and Tomorrow and Tomorrow » – qui était consacré à des concepteurs de jeux vidéo juifs – avait suscité des réactions négatives pour avoir inclus un personnage israélien, même s’il était présenté sous un jour défavorable. (Zevin avait également été critiquée pour avoir pris la parole lors d’un événement organisé par Hadassah, au mois de février 2023.)
Le silence de Kuang dans le cadre de cette polémique a amené certains lecteurs à s’interroger sur les raisons expliquant ce choix de faire du pianiste un Israélien dans « Taipei Story », un roman de fiction sur une jeune femme sino-américaine qui prend part à un programme intensif de cours de langue à Taïwan.
Kuang, dont l’œuvre traite principalement de la diaspora asiatique dans une perspective anticoloniale, a toujours soutenu le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions à l’encontre d’Israël. Au mois de décembre, elle avait renoncé à apparaître à un festival littéraire qui était organisé à Dubaï, invoquant un appel lancé par le mouvement BDS.
Un passé qui a amené certains de ses fans à avancer que le personnage israélien avait peut-être été inclus sous la forme d’une critique subtile d’Israël. D’autres ont laissé entendre, sans apporter de preuve, que Kuang avait pu être payée pour mentionner Israël dans le livre, tandis que d’autres ont simplement exprimé leur perplexité ou leur colère face à ce choix de mentionner un État qu’ils considèrent comme une entreprise coloniale.
« Faire en sorte que vos livres parlent de colonisation tout en normalisant Israël, c’est de la folie pour moi, je ne sais pas, je suis très déçu », a écrit un utilisateur dont le message a recueilli 1 million de vues sur le réseau social X.
Pour les Juifs qui suivent de près les tendances de l’édition depuis le 7-Octobre, les réactions à l’extrait de Kuang sont sources d’inquiétude – même si leur impact final reste incertain. Meg Keene, une écrivaine qui a affirmé que les données révélaient une marginalisation des contenus juifs dans les nouveaux contrats d’édition, a résumé cette polémique dans une publication désabusée sur X : « Voilà où nous en sommes aujourd’hui ».
Même certains Juifs qui ne se disent pas sionistes ont confié percevoir quelque chose de préoccupant dans la controverse qui a été suscitée par Kuang.
« Les gens qui annulent une précommande à cause de l’unique mention d’un pianiste israélien qui est programmé dans une salle de concert dans le nouveau livre de R.F. Kuang manquent tellement de nuance, putain. Il n’y a littéralement aucune mention du sionisme, mais vous semblez incapables de faire la différence », a écrit une utilisatrice juive de Threads qui se fait appeler Axis of Anarchy.
Après avoir essuyé quelques critiques, elle a ajouté : « Arrêtez aussi avec ce truc du ‘vous tous’ à propos de la normalisation d’Israël. C’est exactement le problème et j’ai toujours dénoncé haut et fort les sionistes pour leurs conneries, alors Dieu m’en préserve, je le signale quand vous allez trop loin », a-t-elle ajouté.
Si Kuang a désactivé les commentaires sur la majorité de ses récentes publications sur Instagram, ses lecteurs ont continué de commenter les anciennes qui sont encore ouvertes, interrogeant l’autrice sur son choix d’inclure un personnage israélien.
Certains blogueurs littéraires ont affirmé que l’appel immédiat au boycott du dernier livre de Kuang s’apparentait à de la censure — et qu’il détournait l’attention de l’analyse littéraire.
« Une indignation réactionnaire comme celle-ci ne fait que servir de forme de censure dans la mesure où elle décourage l’analyse », a écrit emily.isliterate, une utilisatrice, en commentaire d’une vidéo très vue qui était consacrée à la polémique. « De ce que je comprends, je pense que Kuang (en très peu de mots) parvient à critiquer la manière dont les gens traitent les musiciens en provenance de certains endroits par rapport à d’autres (à savoir les États colonisateurs). Peut-être que les gens ont arrêté de lire après le mot ‘Israël’ ou qu’ils ne parviennent tout simplement pas à saisir le sous-texte et le thème, mais quoi qu’il en soit, je trouve toute cette situation très problématique ».
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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