Tôt ou tard, l’armée entrera à Rafah et elle pourrait aussi devoir se battre au nord
En ce moment même, l'armée a déployé plus de soldats prêts à passer à l'action contre le Hezbollah au Liban qu'il n'y a de militaires impliqués dans les combats à Gaza
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

1. La guerre à Gaza est loin d’être terminée. Le potentiel d’une guerre dans le nord ne cesse de croître, jour après jour.
Le chef d’état-major Herzi Halevi a indiqué mardi que les réservistes avaient été rapatriés de Gaza et qu’ils avaient été renvoyés à leur quotidien habituel – ajoutant toutefois que leur présence serait encore nécessaire dans les rangs de l’armée. Et il pensait à ce moment-là à deux fronts. L’armée israélienne, a-t-il précisé, « se prépare à la guerre » contre le groupe terroriste libanais du Hezbollah.
Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a raillé les propositions variées qui ont été soumises par des pays étrangers qui l’obligeraient à faire reculer ses forces de la frontière et il renforce graduellement ses attaques – avec des tirs de barrage de roquettes, parfois une trentaine de projectiles, ces derniers jours ; avec des frappes intermittentes sur un poste militaire déterminant, avec des tirs de roquette qui ont fait deux blessés graves, une mère et son fils de quinze ans, mardi à Kiryat Shimona et avec des tirs meurtriers à Safed, mercredi matin, qui ont entraîné de « larges » représailles, a précisé l’armée.
Il est difficile de dire quelle ligne rouge le Hezbollah devrait franchir pour entraîner une escalade significative de la réponse de Tsahal. Des chefs militaires et des responsables politiques ont laissé entendre qu’une frappe lancée contre un site stratégique, une agression qui entraînerait un nombre majeur de victimes civiles, ou un tir de barrage substantiel en direction de Haïfa pourraient marquer un point de rupture.
Il y a aussi une possibilité, celle où Israël chercherait plutôt à éviter la guerre sur le front nord et ce aussi longtemps que le pays accordera son attention à Gaza. Mais il y en a également une autre, alors que trois divisions sont actuellement déployées dans le nord – il n’y en a qu’une seule habituellement – et que l’armée a davantage de forces prêtes à passer à l’action sur la frontière nord qu’elle n’en a à Gaza en ce moment même.
2. Les pressions du monde en faveur d’une fin de la campagne militaire visant à démanteler le Hamas deviennent croissantes, jour après jour.
Dix-huit des 24 bataillons du Hamas ne sont plus fonctionnels mais les unités de combat du groupe terroriste qui restent se trouvent largement à Rafah. Une grande partie de la communauté internationale, même parmi les alliés d’Israël, fait part de façon de plus en plus bruyante de son opposition à une opération majeure dans la ville, craignant que l’armée ne tue un nombre inadmissible de civils en tentant de vaincre le Hamas, alors que les déplacés surpeuplent actuellement le secteur.
L’Afrique du sud, le proxy du Hamas et de l’Iran en matière de guerre juridique, recommande vivement à la Cour internationale de Justice d’intervenir. Le responsable des Affaires étrangères de l’Union européenne, Josep Borrell, encourage les alliés d’Israël à simplement cesser d’envoyer les armes dont l’État juif a besoin pour continuer sa campagne militaire. Une Cour néerlandaise empêche le gouvernement des Pays-Bas de transférer à Israël des pièces détachées de F-35 américain qui ont été entreposées en Hollande. Le secrétaire aux Affaires étrangères David Cameron et les responsables de l’administration du président Joe Biden, depuis le sommet de la hiérarchie, mettent en garde Tsahal contre toute entrée dans la ville du sud de Gaza jusqu’à ce qu’un plan de protection des civils gazaouis, clair et efficace, ait été établi – une protection qui, le Secrétaire d’État américain Antony Blinken l’a dit de manière particulièrement nette, n’a pas été suffisamment assurée dans les 130 jours de guerre qui se sont écoulés jusqu’à présent.
Halevi, lors de sa conférence de presse de mardi, a sèchement fait part de son « appréciation » face aux conseils donnés par les alliés d’Israël mais il a dit de manière catégorique que l’armée était en capacité d’isoler l’ennemi. Des informations récentes ont fait savoir que Tsahal avait l’intention d’installer des campements, sur la côte, où les civils évacués de Rafah pourront s’abriter, hébergés sous des tentes. Des rumeurs contradictoires laissent entendre depuis des semaines que l’armée aurait l’intention, au contraire, de déplacer les civils qui ont trouvé un refuge à Rafah vers Khan Younès, une fois que la phase majeure des combats sera terminée dans ce secteur.
D’une manière ou d’une autre, les chefs politiques et militaires affirment que Tsahal s’attaquera au Hamas à Rafah – le dernier bastion encore largement intact du groupe terroriste et le lieu où se cacherait le dirigeant du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, et où se trouverait la majorité des otages.
3. L’opération qui a permis, lundi, le rapatriement en Israël des otages Louis Har et Fernando Marman a été une réussite extraordinaire qui a démontré, a-contrario, combien ce type de sauvetage était difficile, presque impossible.
Elle a nécessité des niveaux de renseignement hautement spécifiques et un raid des soldats, sur le terrain, où il n’y avait aucune marge d’erreur. Si seulement une once de cette expertise avait pu être utilisée avant le 7 octobre…
Ce sauvetage, le seul à avoir été couronné de succès depuis le retour en Israël d’Ori Megidish, à la fin du mois d’octobre, rendra toute nouvelle tentative de mener une opération de ce genre un peu plus dure, le Hamas ayant été humilié et étant dorénavant amené à prendre, sans aucun doute, de nouvelles précautions contre la possible répétition d’un tel camouflet.
Si le ministre de la Défense Yoav Gallant a affirmé que l’opération marquait « un tournant » dans la guerre contre le Hamas, il a reconnu, lundi – c’est tout à son honneur – que la libération de la majorité des captifs se ferait par le biais d’un accord négocié et non par le biais d’actions héroïques de la part des soldats.
Les discussions portant sur ce possible accord sont encore une fois en cours au Caire, et Biden espère finaliser les arrangements nécessaires pour mettre en place une trêve initiale de six semaines et un échange de détenus – prisonniers condamnés pour atteinte à la sécurité nationale en Israël contre otages – qui permettrait ensuite de pouvoir avancer vers un cessez-le-feu permanent.
Halevi, de son côté, emploie des termes très différents. Il a souligné, mardi, que l’armée se concentrait, bien sûr, sur l’objectif de la libération des captifs, à Gaza, mais qu’une fois qu’un processus négocié portant sur leur remise en liberté serait terminé, alors l’armée serait en mesure de reprendre sa campagne contre le Hamas avec toutes ses forces – et qu’elle le ferait.
Ses maîtres politiques, avec à leur tête le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Gallant et le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz, partagent ce point de vue avec conviction. Après des années de préparation résolue, le Hamas a envahi Israël le 7 octobre, et ses terroristes ont commis un véritable carnage. Le groupe fait dorénavant tout ce qui est en son pouvoir – notamment en marchandant la vie des otages qu’il a enlevés ce jour-là – pour tenter de survivre et ainsi, pour pouvoir se reconstruire et massacrer des Israéliens, encore et encore. Si le Hamas peut faire connaître à cette guerre une fin prématurée, les Israéliens ne seront pas en capacité de retourner dans leurs habitations de l’Ouest du Neguev ou de dormir, l’esprit tranquille, partout ailleurs pour cette raison – sûrement pas avec des ennemis triomphants, enhardis. Ce qui signifierait le point final de ce pays.
De manière cruciale, l’administration Biden offre encore largement son soutien à la campagne militaire israélienne et notamment – dans son principe – à l’opération majeure que pourrait mener l’armée israélienne à Rafah.
« Nous n’avons jamais dit que les Israéliens ne pouvaient pas aller à Rafah pour faire partir le Hamas », a dit John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche en réponse à une question posée lundi pendant une conférence de presse. « Le Hamas reste une menace pour les Israéliens. Et absolument, les Israéliens et l’armée israélienne vont continuer leurs opérations contre les dirigeants et contre les infrastructures du groupe terroriste comme ils doivent le faire. Nous ne voulons pas voir se répéter le 7 octobre. »
« Ce que nous disons », a-t-il continué, « c’est que nous ne pensons pas que cela soit conseillé de s’aventurer à Rafah pour un raid majeur sans un plan approprié, exécutable, efficace et crédible qui visera à assurer la protection du plus d’un million de Palestiniens qui se sont réfugiés à Rafah. Ils étaient partis pour le nord et ils sont certainement partis vers le sud pour tenter de fuir les combats. Israël, en conséquence, a l’obligation de garantir que l’armée saura les protéger ».
Le défi militaire que doit relever Israël est exacerbé par l’inconséquence de certains membres au sein de la communauté internationale, et par l’hostilité évidente à Israël dont témoignent d’autres acteurs ; par l’ignorance paresseuse qui caractérise une opinion publique internationale très cruelle et par les divisions et les frictions qui entourent Netanyahu et ses alliés d’extrême-droite, au sein de la coalition – c’est une exacerbation qui se retrouve dans le pays comme dans le monde entier et notamment, ce qui est crucial, dans les relations avec un président Joe Biden dorénavant exaspéré et ne le dissimulant pas.
Mais il faut gagner la guerre et ramener les otages.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
- Israël et Ses Voisins
- Opération Épées de fer
- Bande de Gaza
- Hamas
- Relations Israël-Hamas
- Armée israélienne
- Soldats israéliens
- Liban
- Hezbollah
- Relations Israël-Hezbollah
- Relations Israël-Liban
- Herzl Halevi
- Rafah
- Etats-Unis
- Relations États-Unis-Israël
- Administration Biden
- Antony Blinken
- Joe Biden
- Benjamin Netanyahu
- Premier ministre israélien
- Gouvernement israélien
- Prise d'otages
- Terrorisme palestinien
- Terrorisme
la Communauté du Times of Israël !







