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Opinion

Troisième jour de guerre Israël contre le Hamas : La suffisance n’est plus de mise

Qu'Israël ait ignoré les avertissements concernant le Hamas est impardonnable mais notre peuple est uni face à ce désastre et nos dirigeants se doivent d'assurer la victoire

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Une roquette tirée de la bande de Gaza par des terroristes palestiniens a touché un bâtiment et des voitures dans la ville d'Ashkelon, dans le sud d'Israël. Le 9 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Une roquette tirée de la bande de Gaza par des terroristes palestiniens a touché un bâtiment et des voitures dans la ville d'Ashkelon, dans le sud d'Israël. Le 9 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

L’avertissement du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux Israéliens annonçant des « jours difficiles » se concrétise à mesure que les heures passent depuis l’incursion de centaines de terroristes armés du Hamas à travers la frontière avec Gaza, samedi matin.

1. La suffisance : Les comparaisons avec les échecs qui ont précédé la guerre du Kippour il y a 50 ans, invoquées immédiatement après le retentissement des sirènes samedi matin, sont devenues non seulement inévitables mais, à bien des égards, un euphémisme.

Comme en 1973, Israël a sous-estimé et mal interprété ses ennemis. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas des forces conventionnelles des armées arabes, mais des terroristes de Gaza, avec le soutien de l’Iran, cet État qui promeut le terrorisme.

Israël s’était en effet convaincu que les préparatifs de guerre affichés du Hamas – formation d’hommes armés, construction de tunnels souterrains, subversion de tous les matériaux pouvant servir à la fabrication d’armes, amélioration et test de ses roquettes et de ses drones, préparatifs d’infiltration par la mer et par deltaplane, déploiement d’engins explosifs à la barrière frontalière, et bien d’autres encore – ne présageaient pas ce que, de toute évidence, ils annonçaient et qui s’est maintenant concrétisé : une attaque transfrontalière massive visant à tuer un très grand nombre d’Israéliens, à prendre le contrôle de zones du sud d’Israël proches de la frontière et à enlever des Israéliens pour les emmener à Gaza.

Tous les signes étaient là, bien visibles ; ils ont été ignorés.

2. Une réponse tardive : L’invasion du Hamas a sérieusement déstabilisé Tsahal. La barrière frontalière entre Israël et Gaza, construite à grand-peine, très sophistiquée, et conçue pour empêcher les terroristes de Gaza de creuser des tunnels vers Israël, a été détruite en plusieurs endroits, permettant à des centaines d’hommes armés d’envahir Israël.

Face aux nombreux barrages de roquettes tirés simultanément sur le sud et le centre d’Israël et au ciblage des bases de Tsahal dans la zone frontalière, dont le siège de la division de Tsahal situé à proximité, l’armée a mis un temps inconcevable à intégrer ce qui se passait et à réagir.

Le nombre de soldats déployés sur le terrain dans la région était insuffisant et, selon certaines sources d’information, l’armée était accaparée par ses responsabilités en Cisjordanie. Les raisons pour lesquelles l’aviation israélienne a été si lente à réagir efficacement, même si le Hamas a comme il est suggéré, bloqué les systèmes de communication et autres, devront faire l’objet de nombreuses enquêtes dont l’armée saura tirer les leçons.

« Ce qui s’est passé ici est impardonnable », a déclaré dimanche l’ancien chef de l’armée de l’air, Eitan Ben Eliyahu. « Comment avons-nous pu être aussi surpris [par l’assaut] ? (…) Et où était l’armée de l’air [une fois que celui-ci a commencé] ? »

Shye Weinstein (à gauche) et un présumé agent de sécurité à la fête de la nature du kibboutz Reim avant le début de la fusillade, le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation/Shye Weinstein)

Au moment où Tsahal est intervenu pour repousser les tireurs à la frontière, des centaines d’entre eux étaient déjà sur le territoire israélien et avaient pénétré dans les villes, les kibboutzim et les moshavim, où ils se sont mis à massacrer nos concitoyens.

De nombreuses informations indiquent que le Hamas avait connaissance de la gigantesque rave-party organisée près du kibboutz Reim, qui avait fait l’objet de beaucoup de publicité. Un nombre impensable d’Israéliens ont été massacrés lors de cette fête. De nombreuses sources ont également fait état du fait que les hommes armés qui se sont infiltrés dans les villes et communautés frontalières savaient exactement où se trouvaient les synagogues et s’y sont rendus ; l’attaque a eu lieu le jour du Shabbat, tombant cette année le même jour qu’une fête importante, Simchat Torah.

Samedi, pendant des heures interminables, des civils israéliens, qui se trouvaient dans une multitude d’endroits où les terroristes du Hamas et du Jihad islamique tuaient sans retenue, ont supplié par tous les moyens de communication l’armée d’intervenir et de les sauver. Dans d’innombrables cas, ces appels ont été vains. Dans de nombreux cas, les civils ont héroïquement combattu les terroristes ou ont trouvé le moyen de survivre, et ce, dans des circonstances souvent à peine concevables.

Capture d’écran de la vidéo de Rachel décrivant comment elle a subrepticement indiqué à la police le nombre de terroristes qui la retenaient prisonnière dans sa maison d’Ofakim, le 8 octobre 2023. (Crédit : Treizième chaîne. Utilisé conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

3. Les terroristes sont toujours là : N’ayant pas compris ce qui était sur le point de se produire et ayant été excessivement lente à réagir, Tsahal vient d’annoncer, au troisième jour de cette guerre, qu’elle a repris le « contrôle » des zones résidentielles situées à la frontière de Gaza – tout en estimant qu’il reste des terroristes en liberté à l’intérieur du territoire israélien – et qu’elle continue à se battre contre des terroristes armés à la frontière, laquelle n’a pas encore été bouclée.

L’hypothèse véhiculée par les hauts responsables politiques et les responsables de la sécurité depuis la fin de la journée de samedi, qui affirmaient que la menace posée par les hommes armés du Hamas dans le territoire israélien était écartée, ou qu’elle le serait très bientôt, et que l’accent avait déjà été mis sur la riposte au Hamas afin d’éviter toute récidive, s’est avérée être amèrement prématurée.

Les tirs de roquettes se poursuivent de manière soutenue, avec son lot de sirènes et de bruits sourds audibles ici même, au centre de Jérusalem, à l’heure où j’écris ces lignes, et une grande partie du sud et du centre d’Israël a reçu l’ordre de se mettre à l’abri de ces tirs de barrage.

Une pelleteuse israélienne enlevant les décombres du poste de police qui a été envahi par les terroristes du Hamas la veille, à Sderot, en Israël, le 8 octobre 2023. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP Photo)

4. Offensive terrestre : Israël a déjà commencé à frapper des cibles terroristes à Gaza, avec un effet considérable – des centaines d’hommes armés tués et d’infrastructures détruites, même si le Hamas reste manifestement puissant.

Pour que Tsahal rétablisse un sentiment de sécurité dans le sud d’Israël, pour que les Israéliens commencent à reprendre confiance dans les capacités de leurs chefs militaires et de leurs dirigeants politiques, et pour dissuader d’autres ennemis encore plus puissants sur d’autres fronts, il faudra faire ce que Netanyahu a promis : détruire les capacités militaires du Hamas, ce qui équivaut, bien sûr, à détruire le Hamas.

Comme l’ont montré des années de conflit intermittent, il est tout simplement impossible d’atteindre cet objectif depuis les airs. C’est pourquoi, tout en continuant à combattre le Hamas à l’intérieur du pays, l’armée israélienne est en train de regrouper ses forces et de se préparer à une offensive terrestre de grande envergure. Les gouvernements israéliens ont été très réticents, ces dernières années, à envoyer des forces terrestres dans la bande de Gaza, conscients que le Hamas les attendait sur son territoire et que le prix à payer en termes de vies de soldats serait élevé. Ce calcul a été revu à la lumière du nombre croissant de victimes à l’intérieur d’Israël, dont une proportion incroyablement élevée de civils parmi les morts.

5. Des fronts multiples : Une offensive israélienne puissante à Gaza comporte également le risque que cette guerre s’étende à un ou plusieurs autres fronts. Le Hamas a encouragé les Palestiniens de Cisjordanie, les Arabes de Jérusalem-Est et les citoyens arabes israéliens à prendre les armes. La question principale est de savoir si le Hezbollah, véritable armée dotée d’un immense arsenal de roquettes, entrera dans le conflit. On peut craindre que ce soit le cas si Tsahal réussissait sa mission déclarée de neutraliser complètement le Hamas ; elle pourrait aussi décider de le faire si Tsahal ne se montrait pas capable de réaffirmer sa force de dissuasion.

Des membres du Hezbollah s’approchant de la frontière entre Israël et le Liban, avant que l’armée israélienne ne déclenche une explosion pour les faire fuir, le 12 juillet 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Dans ce contexte, il est important de noter que le Hezbollah se prépare ouvertement à des incursions transfrontalières, avec des forages ayant pour but de percer la frontière et de prendre le contrôle des communautés adjacentes à la frontière.

Des officiers supérieurs de Tsahal à la retraite ont toutefois mis en garde contre le lancement trop rapide d’une offensive terrestre, soulignant la nécessité d’une préparation minutieuse et réfléchie. Comme l’a souligné dimanche l’ancien chef du renseignement militaire de Tsahal, Amos Yadlin, cette offensive nécessite une grande préparation logistique et pratique, ainsi qu’un « changement esthétique » de Gaza avant l’entrée des troupes, en référence aux frappes de l’armée de l’air sur des cibles terroristes dans la bande de Gaza.

Israël doit également porter la guerre à l’ennemi à Gaza et lui infliger les coups les plus durs, et cela malgré la présence sans précédent d’une centaine d’Israéliens – soldats et civils – captifs du Hamas et du Jihad islamique.

6. Une crise de confiance : Après des mois marqués par une fracture nationale sans précédent face au programme de refonte intransigeant du gouvernement Netanyahu, Israël a retrouvé une unité indispensable pour faire face aux événements : les réservistes se sont présentés pour participer aux missions d’urgence, les organisateurs de manifestations ont réorienté leurs efforts vers des dispositifs de soutien, destinés notamment aux habitants du sud, d’innombrables initiatives locales ont été lancées pour venir en aide aux soldats et aux civils, et les responsables politiques ont, dans une large mesure, évité de tenir tout discours clivant et critique.

Des Israéliens emballant des dons de nourriture et d’autres produits de première nécessité pour les soldats et les civils israéliens dans le sud, à Tel Aviv, le 9 octobre 2023. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mais la guerre – ce qui l’a précédée et la manière dont elle s’est déroulée – continuera à mettre à l’épreuve la cohésion nationale. Le pire de ce qui est arrivé à tant de civils israéliens, et à tant de nos protecteurs, n’a pas encore été entièrement révélé, et encore moins intériorisé.

Il a été dit à juste titre que samedi a été le jour le plus terrible pour les Juifs depuis la Shoah. Ce jour a vu le plus grand nombre de Juifs tués en une seule journée depuis cette époque sombre et vulnérable. Et c’est précisément pour veiller à ce que cela ne se reproduise jamais que ce pays a été créé et qu’il est défendu avec autant d’acharnement et de détermination.

De multiples sources d’informations indiquent que certaines communautés proches de Gaza ont vu 10, voire 20 % de leurs habitants se faire tuer. Les heures sont rythmées par la publication des noms de nos concitoyens assassinés. Les familles des morts ne s’en remettront jamais complètement. Celles des disparus et des enlevés sont désespérées et, après deux jours au cours desquels certains sont allés d’hôpital en hôpital à la recherche de leurs proches, d’autres ne commencent que tardivement à obtenir des réponses de la part des autorités.

Des familles de civils enlevés par l’organisation terroriste Hamas tiennent une conférence de presse à Kfar Maccabiades, Ramat Gan, le 8 octobre 2023 (Crédit : Miriam Alster/Flash9)

Il y a, pour le dire avec des pincettes, une sorte de crise de confiance entre le peuple et ceux qui ont la responsabilité de le protéger, une obligation fondamentale de tout gouvernement. Les dirigeants d’Israël ont failli à cette obligation.

Et il y aurait également une crise de confiance entre certains membres du gouvernement et les services de sécurité, chacun ayant le sentiment que l’autre l’a abandonné. Les politiciens estiment que les responsables de la sécurité n’ont pas réalisé le danger que représentait le Hamas et ne l’ont pas mis en garde ; les responsables de la sécurité estiment que les dirigeants ne les ont pas écoutés, et qu’ils ont notamment ignoré les avertissements selon lesquels le clivage national autour de la refonte du système judiciaire portait atteinte à l’armée et enhardissait les ennemis d’Israël.

7. La victoire : Jusqu’à présent, toutefois, les reproches ont été contenus dans une large mesure.

Il nous faut gagner cette guerre qui ne fait probablement que commencer. Israël doit être uni dans ses objectifs au niveau politique et militaire, et mobiliser judicieusement ses moyens sans égal pour vaincre le Hamas et d’autres ennemis potentiellement actifs. Ses dirigeants se doivent de mettre de côté toute autre considération et de protéger le pays, en gardant à l’esprit l’obligation primordiale qui leur incombe vis-à-vis de notre peuple.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, rencontrant le ministre de la Défense Yoav Gallant, au centre, et les chefs militaires au quartier général de Tsahal, à Tel Aviv pour une évaluation de la sécurité, le 8 octobre 2023. (Crédit : GPO)

Aussi inconcevable que soit cette période, Israël se doit d’en sortir sain et sauf et plus fort. Et il y parviendra, tant qu’il reste uni et cesse de se reposer sur ses lauriers.

« Tsahal n’a pas réussi à protéger [Israël] », a déclaré l’ancien chef des opérations de Tsahal, Yisrael Ziv, dans une interview télévisée dimanche soir. « Nous n’avons pas réussi à empêcher les terroristes de prendre des otages à Gaza. Nous n’avons pas réussi à soutenir la population dans sa lutte contre eux ».

Mais aujourd’hui, a déclaré l’ancien chef du renseignement de Tsahal, Tamir Heyman, dans le même studio de télévision, « nous devons regarder vers l’avant. Et nous devons gagner. »

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