Trump: Les perturbations pétrolières pourraient déclencher des frappes US plus sévères
Si le président américain a prédit que la guerre pourrait se terminer rapidement, le CGRI lui a rétorqué que la guerre s'achèverait quand l'Iran le décidera ; déçu par la nomination de Mojtaba Khamenei, Trump préfèrerait un autre candidat
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Donald Trump a déclaré lundi que la guerre contre l’Iran pourrait être de courte durée tout en évoquant la possibilité que la république islamique et son intransigeant nouveau Guide suprême ne perturbent les approvisionnements en pétrole.
Au lendemain du choix de l’ayatollah Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême – il succèdera ainsi à feu son père à la tête de l’Iran – les prix du pétrole ont brièvement atteint leur plus haut niveau depuis 2022. Les investisseurs y ont vu un signal que l’Iran s’enfonçait plus profondément dans la guerre lancée il y a de cela dix jours par les États-Unis et Israël.
Mais les prix ont ensuite baissé et les actions américaines ont grimpé – signe d’espoir que la guerre contre l’Iran ne s’éternisera pas.
« Elle va bientôt se terminer et si elle recommence, on les frappera encore plus durement », a déclaré Trump lors d’une conférence de presse en Floride, après avoir déclaré aux législateurs que la campagne serait une « déviation à court terme » par rapport à ce qu’il a qualifié « d’amélioration progressive » de la situation économique.
Interrogé sur le sens de son « bientôt » – une semaine ou autre – Trump a répondu : « Non, mais mais bientôt. »
Quelques heures plus tard, Trump a écrit sur les réseaux sociaux : « Si l’Iran fait quoi que ce soit pour bloquer la circulation du pétrole dans le détroit d’Ormuz, il sera frappé par les États-Unis d’Amérique VINGT FOIS PLUS FORT qu’il ne l’a été jusqu’à présent. »
Lors de cette même conférence de presse, Trump a menacé de s’en prendre à des sites de production d’électricité en Iran si Téhéran devait perturber les approvisionnements mondiaux en pétrole.
« Nous avons gardé des cibles majeures pour plus tard, en cas de besoin », a expliqué Trump. « Si nous les bombardons, il faudra des années pour les reconstruire. Nos objectifs sont la production d’électricité et tout un tas d’autres choses. Nous ne le ferons que si c’est absolument nécessaire. »
« Je ne laisserai pas un régime terroriste prendre le monde en otage en bloquant l’approvisionnement en pétrole. Si l’Iran fait quoi que ce soit en ce sens, il sera frappé plus durement encore. Alors je ferai éliminer les cibles… dont je parlais tout à l’heure. »
Dans ce qui s’est apparenté à une réponse aux propos de Trump, le porte-parole du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien a déclaré : « L’Iran décidera du moment où la guerre prendra fin. »
Téhéran ne laissera pas « ne serait-ce qu’un litre de pétrole » quitter la région si les attaques américaines et israéliennes se poursuivent, a averti le porte-parole du CGRI.
La guerre prive le monde d’importantes réserves de pétrole et de gaz, ce qui a fait grimper les prix du carburant aux États-Unis. Les combats ont également poussé au départ les expatriés de la région et ils ont jeté des millions de personnes aux abris au fil des bombardements des bases militaires, des bâtiments officiels, des installations pétrolières et d’eau, d’hôtels. A une reprise au moins, un établissement scolaire a subi une attaque.
Lundi toujours, Trump s’est entretenu de la guerre et d’autres questions avec le président russe Vladimir Poutine. Le conseiller aux affaires étrangères de Poutine, Youri Ouchakov, a déclaré que Poutine « lui avait fait part de ses idées pour un règlement politique et diplomatique rapide » du conflit, suite à ses propres entretiens avec des dirigeants du Golfe et avec le président iranien Masoud Pezechkian.
Discret religieux âgé de 56 ans, Khamenei n’est que le troisième Guide suprême de la République islamique. Il est très proche des paramilitaires des Gardiens de la Révolution, ceux-là même qui tirent des missiles et des drones sur Israël et sur les États arabes du Golfe depuis que son défunt père, l’ayatollah Ali Khamenei, en place depuis 1989, a été tué aux premières heures du conflit.
Des milliers de personnes se sont rassemblées sur une place du centre de la capitale, Téhéran, et ailleurs en signe d’allégeance au nouveau guide suprême, en agitant des drapeaux et en scandant des slogans tels que « À mort l’Amérique » ou « À mort Israël ».
Trump aimerait qu’un autre candidat « de l’intérieur » dirige l’Iran
Lundi encore, Trump a déclaré que les États-Unis avaient quasiment atteint leur objectif, à savoir l’élimination du stock de missiles balistiques iraniens et des capacités de production et de lancement. Sur ce point, l’administration Trump a présenté des justifications et des délais variables depuis le début du conflit et évoqué la « construction d’un nouveau pays », ce qui suggère que les États-Unis pourraient s’impliquer dans la construction d’un nouvel Iran.
Cela faisait longtemps que le fils Khamenei – que l’on n’avait pas vu en public depuis le début de la guerre – était envisagé comme un possible successeur. C’était déjà le cas avant même la mort de son père, à l’âge de 86 ans.
Devant un parterre de journalistes, Trump s’est dit « déçu » que Mojtaba Khamenei ait été choisi et qu’il caressait « l’idée » d’un chef venu « de l’intérieur », sur le modèle de ce qui s’est fait au Venezuela.
En janvier dernier, Trump avait promis d’aider les manifestants iraniens sur lesquels les autorités tiraient à balles réelles pour les punir de manifester contre le régime.
Lundi toujours, on l’a interrogé sur le risque de les trahir en cas d’accord avec un nouveau dirigeant de ce même régime.
« Est-ce que je vais les aider ? J’aimerais le faire, à la condition qu’ils se comportent correctement, mais ils ont été très menaçants », a déclaré Trump avant de rendre hommage au peuple iranien. « J’aimerais les aider, mais pour cela il faut qu’ils soient dans un système qui leur permette d’être aidés. Pour l’instant ils sont dans un système qui ne permet que l’échec. »
Interrogé sur ce qu’il attendait pour mettre fin à la guerre, Trump a répondu que l’Iran devait se doter de dirigeants qui ne tentent pas de développer l’arme nucléaire.
Le jeune Khamenei est perçu comme encore moins facile que son défunt père. En tant que guide suprême, c’est lui qui a le dernier mot sur toutes les grandes décisions politiques, et notamment sur le très polémique programme nucléaire de Téhéran.
Bien que les principales infrastructures nucléaires iraniennes soient en ruines depuis que les États-Unis les ont bombardées lors de la guerre des douze jours, au mois de juin dernier, le pays possède encore de l’uranium hautement enrichi de nature à permettre de passer à un uranium de qualité militaire. Khamenei pourrait vouloir faire ce que son père n’a jamais réussi à faire — à savoir se doter réellement de la bombe nucléaire.
Trump a déclaré aux journalistes que la guerre contre l’Iran avait commencé parce que ce pays travaillait sur un nouveau site de développement de l’arme atomique, ayant perdu dans les bombardements américains de l’an dernier celui dans lequel avaient alors lieu les recherches.
Israël a déjà fait savoir que Khamenei était une cible potentielle alors que Trump a déclaré lundi qu’il « n’était pas correct » de dire une chose pareille.
Le marché américain est secoué par les incertitudes liées à la guerre
Le marché boursier américain a connu un lundi des plus mouvementés, passant de fortes pertes, à l’ouverture, à d’importants gains à l’heure de la clôture, à mesure que les inquiétudes laissaient la place à l’espoir que la guerre contre l’Iran ne s’éternise pas. Les prix du pétrole sont passés de près de 120 $ le baril, le niveau le plus élevé depuis 2022, à 90 $.
Les attaques iraniennes dans le détroit d’Ormuz – voie maritime par laquelle transite un cinquième du pétrole mondial – empêchent presque totalement le passage des pétroliers et les drones et missiles iraniens bombardent les infrastructures pétrolières et gazières des principaux producteurs. Par ailleurs, selon l’Organisation maritime internationale, les attaques contre des navires marchands, près du détroit, ont fait sept morts parmi les marins.
Lundi, Kamal Kharazi, conseiller en politique étrangère au sein du bureau du guide suprême, a déclaré à CNN que l’Iran était prêt à une longue guerre, n’ayant plus aucun espoir « dans la diplomatie », sauf à ce que les pressions économiques n’incitent d’autres pays à intervenir et faire cesser « l’agression des Américains et des Israéliens contre l’Iran ».
Trump est pressé par ses conseillers de présenter un plan de sortie du conflit
En coulisse, les conseillers de Trump le pressent de présenter un plan de sortie de la guerre contre l’Iran, selon une information qui a été donnée lundi par le Wall Street Journal, citant des sources anonymes proches du dossier.
Ces collaborateurs aimeraient qu’il reconnaisse que l’armée a atteint l’essentiel de ses objectifs de guerre, lit-on dans le Wall Street Journal.
Il est vrai que les autorités américaines ont avancé des justifications très diverses pour ce conflit, mais ces dernières tournent plus ou moins autour de la destruction du programme de missiles et de la Marine iraniens, l’arrêt du soutien des Iraniens à ses mandataires régionaux et la fin définitive du programme de l’arme nucléaire.
L’information donnée par le Wall Street Journal a été vivement démentie par la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt.
« Cette histoire est un ramassis de bêtises provenant de sources anonymes qui, je vous le garantis, n’ont jamais été en présence du président Trump. Les principaux collaborateurs du président travaillent 24h/24 et 7j/7 pour faire en sorte que l’Opération Epic Fury soit l’immense succès que l’on a sous les yeux. La fin des opérations sera in fine décidée par le commandant en chef », a déclaré Leavitt.
Selon le Wall Street Journal, des collaborateurs de Trump lui ont fait savoir qu’une guerre longue éroderait sa base, même si les Républicains sont encore grandement favorables aux frappes contre l’Iran. Ces conseillers auraient été contactés par des Républicains inquiets des effets de ce conflit sur les prochaines élections de mi-mandat, explique le Wall Street Journal.
Les conseillers en auraient tiré la conclusion qu’il fallait présenter un plan officiel plus convaincant afin de « vendre » le principe de la guerre dans un contexte de hausse des prix de l’essence, lit-on dans le Wall Street Journal.
« La grande majorité des Américains souhaitent mettre un terme à la menace que représente le régime iranien et soutiennent la mise à mort de terroristes. C’est exactement ce que le président Trump va faire », a déclaré Leavitt en réponse à cette nouvelle.
Selon les sondages, une courte majorité d’Américains s’opposent à la guerre, avec des partis-pris partisans.
En dépit des inquiétudes de certains conseillers, l’administration Trump a déclaré au Wall Street Journal qu’il était peu probable que la guerre cesse tant que l’Iran continuera à attaquer les pays de la région et qu’Israël souhaite continuer à frapper des cibles en Iran.
Trump ne cessera les hostilités que lorsqu’il pourra revendiquer une victoire satisfaisante, d’autant que les États-Unis disposent d’un avantage militaire, a déclaré un haut responsable de l’administration au Wall Street Journal.
Selon des sources anonymes au fait des réflexions de Trump, le président serait surpris que l’Iran n’ait pas encore capitulé face aux frappes incessantes des États-Unis et d’Israël.
Interrogé lors de sa conférence de presse de lundi pour savoir s’il était d’accord avec son vice-président, JD Vance, au sujet de la guerre, Trump a admis que Vance « sur le plan philosophique… était peut-être moins enthousiaste. »
« Mais il l’était suffisamment. Et puis je sentais que c’était la chose à faire », a conclu Trump.
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