Trump ne déplace pas encore l’ambassade à Jérusalem : réactions
Rechercher

Trump ne déplace pas encore l’ambassade à Jérusalem : réactions

A droite, on évoque la “déception” que le président américain n'ait pas tenu sa promesse électorale ; Herzog espère que “Netanyahu a appris une leçon”

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)
Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

Le président américain Donald Trump a signé jeudi une exemption qui permet au gouvernement américain de ne pas déplacer son ambassade à Jérusalem. Pendant sa campagne électorale, il avait pourtant promis à plusieurs reprises de déplacer l’ambassade dans la « capitale éternelle du peuple juif, Jérusalem », avait-il dit.

Les réactions israéliennes et palestiniennes ont été immédiates. L’ONU un peu plus tard.

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré dans un communiqué que « la position constante d’Israël est que l’ambassade américaine, comme les ambassades de tous les pays avec qui nous avons des relations diplomatiques, devrait être à Jérusalem, notre capitale éternelle. »

« Maintenir les ambassades ailleurs que dans la capitale éloigne encore la paix en maintenant le fantasme palestinien selon lequel le peuple juif et l’Etat juif n’ont pas de connexion à Jérusalem », a-t-il ajouté.

Le président Donald Trump et le Premier ministre  Benjamin Netanyahu à l'aéroport Ben Gurion, à la fin de la visite de Trump en Israël, le 23 mai 2017. (Crédit : Koby Gideon/GPO)
Le président Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’aéroport Ben Gurion, à la fin de la visite de Trump en Israël, le 23 mai 2017. (Crédit : Koby Gideon/GPO)

« Même si Israël est déçu que l’ambassade ne soit pas déplacée pour l’instant, nous apprécions l’expression d’amitié envers Israël du président Trump d’aujourd’hui [jeudi] et son engagement à déplacer l’ambassade dans le futur », a conclu le communiqué de Netanyahu.

Nir Barkat, le maire de Jérusalem, a lui aussi exprimé sa déception, tout en se disant « certain » que le président américain tiendra sa promesse électorale.

« Je regrette la décision du président Trump de signer l’exemption diplomatique, mais je suis certain qu’il tiendra sa promesse et fera venir l’ambassade américaine dans son emplacement légitime : Jérusalem, la capitale d’Israël. Je continuerai à fournir de l’aide à l’administration américaine, et à faire tout ce que je peux pour garantir que le déplacement se produise dès que possible. »

Zeev Elkin, le ministre des Affaires de Jérusalem, a déclaré jeudi qu’il était déçu que Trump ne tienne pas une importante promesse électorale.

« Je suis déçu de la décision du président Trump, qui a promis à ses électeurs qu’il déplacerait l’ambassade à Jérusalem, mais n’a pas tenu [sa promesse], a-t-il déclaré dans un communiqué. Toutes les ambassades devraient être dans notre capitale, Jérusalem. »

Elkin a appelé le président américain à annoncer le déplacement de l’ambassade à la prochaine opportunité, soulignant qu’Israël marquait cette année le 50e anniversaire de la guerre des Six Jours.

« Déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem et reconnaitre Jérusalem unifiée comme capitale d’Israël, comme l’a affirmé le Congrès, non seulement ne nuit pas aux chances d’une paix réelle avec les Palestiniens, mais indique aux Palestiniens ce que la vaste majorité des Israéliens savent déjà, qu’Israël n’acceptera jamais de diviser Jérusalem », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué de son porte-parole, Naftali Bennett, ministre de l’Education et président du parti HaBayit HaYehudi, a lui aussi déclaré qu’ « il n’y a pas de paix fondée sur la division de Jérusalem. »

Zeev Elkin arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Olivier Fitoussi/Pool)
Zeev Elkin arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Olivier Fitoussi/Pool)

« Reporter le déplacement de l’ambassade américaine aurait en fait un effet opposé et nuit aux perspectives d’une paix durable en nourrissant de fausses attentes parmi les Palestiniens en ce qui concerne la division de Jérusalem, ce qui n’arrivera jamais », a-t-il ajouté.

« Seule la reconnaissance d’une Jérusalem unifiée sous souveraineté israélienne mettra fin aux illusions et ouvrira la voie à une paix tenable avec nos voisins », a-t-il dit.

Yariv Levin, ministre du Tourisme, a exprimé sa déception. « Le président Trump est un réel ami d’Israël, a dit Levin. C’est précisément pourquoi la déception après l’absence de transfert de l’ambassade est si grande. »

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a déclaré que la signature par Trump de la fameuse exemption devrait apprendre à Netanyahu qu’il n’y a pas de raccourci en diplomatie.

Isaac Herzog, chef de l'opposition, à la Knesset, le 17 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Isaac Herzog, chef de l’opposition, à la Knesset, le 17 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Netanyahu a appris une autre leçon aujourd’hui : il n’y a pas de raccourci, a-t-il dit. Quiconque cherche une reconnaissance internationale doit conclure un accord politique courageux, et ce que Trump comprend, j’espère qu’après 50 ans, Netanyahu le comprendra. »

Des responsables palestiniens ont salué jeudi comme un « pas positif et important » la décision du président américain Donald Trump de ne pas encore déménager pour le moment l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

L’ambassadeur de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) aux Etats-Unis a pour sa part affirmé que la décision de Trump posera les fondations de la paix.

« [La décision] est conforme à la politique américaine de longue date et au consensus international, et elle donne une chance à la paix », a déclaré le Dr Husam Zomlot dans un communiqué.

Le docteur Husam Zomlot, nouvel envoyé de l'Organisation de libération de la Palestine aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)
Le docteur Husam Zomlot, nouvel envoyé de l’Organisation de libération de la Palestine aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)

« Nous sommes prêts à commencer le processus de consultation avec l’administration américaine. Nous sommes sérieux et sincères sur la conclusion d’une paix juste et durable », a-t-il ajouté.

En ne mettant pas à exécution une de ses promesses de campagne, M. Trump a pris une décision qui « renforce les chances de parvenir à la paix », a estimé le porte-parole de la présidence palestinienne Nabil Abou Roudeina.

La décision du président américain est « une sage décision », a estimé jeudi le porte-parole de l’ONU Stephane Dujarric.

Il a rappelé que pour l’ONU « le statut de Jérusalem est un problème essentiel qui ne peut être résolu que par un règlement politique négocié » du conflit israélo-palestinien.

« Le secrétaire général (Antonio Guterres) espère que cette décision peut contribuer à faciliter la reprise d’un véritable processus de paix », a-t-il ajouté.

J Street, qui se présente comme un lobby américain pacifique pro-israélien, a salué la décision de Trump de ne pas déplacer l’ambassade pour l’instant, conformément à la tradition bipartisane.

« Nous sommes ravis que l’administration ait entendu les conseils de responsables historiques des communautés diplomatiques et sécuritaires, et ait décidé de maintenir la prudente politique de ses prédécesseurs sur le sujet », a déclaré l’association dans un communiqué.

J Street prévient que déplacer l’ambassade avant un accord de paix final « porte le risque de déclencher de potentielles violences. »

Le consulat américain de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Magister/CC BY-SA/WikiMedia)
Le consulat américain de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Magister/CC BY-SA/WikiMedia)

Israël a conquis Jérusalem Est et la Cisjordanie à la Jordanie pendant la guerre des Six Jours de 1967, avant d’annexer Jérusalem Est, ce qui n’a jamais été reconnu par la communauté internationale. Israël a déclaré la ville sa capitale indivisible, mais les Palestiniens revendiquent Jérusalem Est comme capitale d’un futur état.

Les pays qui ont des relations avec Israël installent généralement leurs ambassades à Tel Aviv, et certains ont des consulats à Jérusalem.

Une loi du Congrès adoptée en novembre 1995 (Jerusalem Embassy Act) stipule que la représentation diplomatique de Washington dans l’Etat hébreu doit se trouver à Jérusalem, reconnaissant ainsi de facto cette ville comme la capitale d’Israël.

Mais depuis deux décennies, une clause dérogatoire à cette loi permet à l’exécutif américain de bloquer son application et tous les présidents américains successifs ont depuis la fin des années 1990 signé tous les six mois cette clause.

Cela a permis à Washington, comme la plupart des autres puissances, de maintenir son ambassade à Tel Aviv.

La dernière fois que la clause fut activée, ce fut en décembre par le président démocrate Barack Obama, un mois avant de céder le bail de la Maison Blanche au républicain Donald Trump.

L’échéance pour M. Trump tombait ce jeudi, une minute avant minuit (heure de la côte est), soit vendredi à 03H59 GMT.

Après l’annonce du voyage en Israël de Trump, des rumeurs ont laissé entendre qu’il pourrait utiliser cette visite, à la veille de Yom Yeroushalayim, qui commémorait le cinquantenaire de la réunification de Jérusalem pendant la guerre des Six Jours, pour annoncer le déplacement.

Il a été annoncé que ses conversations avec différents dirigeants arabes, notamment le roi Abdallah II de Jordanie en février, avaient été cruciales dans sa décision de repousser le sujet.

Le roi Abdallah II de Jordanie en conférence de presse avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 5 avril 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Le roi Abdallah II de Jordanie en conférence de presse avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 5 avril 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Les dirigeants arabes auraient dit à Trump, ainsi qu’à plusieurs membres de son administration, qu’un déplacement de l’ambassade dans le contexte actuel pourrait enflammer toute la région et empêcherait ces pays de jouer un rôle utile dans le processus de paix.

Quelques jours avant de quitter la région, un responsable de l’administration avait confirmé au Times of Israël que Trump ne tiendrait pas « immédiatement » sa promesse de campagne, mais qu’une « décision finale n’a pas été prise ».

Un autre responsable avait dit à Bloomberg que « nous ne pensons pas qu’il serait sage de le faire pour l’instant. Nous avons été très clairs sur notre position et sur ce que nous aimerions voir réalisé, mais nous ne cherchons à provoquer personne. »

Le 24 mai, au lendemain du départ d’Israël de Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait répété son appel aux Etats-Unis et aux autres pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël à déplacer leurs ambassades à Jérusalem. Netanyahu juge qu’il est « absurde » que les ambassades étrangères soient à Tel Aviv.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...