Trump peut-il tirer des leçons du vieux scandale de la vidéo qui impliquait Netanyahu ?
En 1993, le leader israélien avait reconnu une affaire extra-conjugale, faisant acte de contrition lui permettant d'avancer. Le candidat républicain, pour sa part, a redoublé le malaise
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

WASHINGTON (JTA) — Une cassette vidéo, un scandale sexuel et une élection imminente. Israël a vécu tout ça – ou peut-être pas tout à fait, parce que dans ce scandale à la cassette vidéo, il s’est avéré que cette fameuse cassette n’existait pas.
Cet épisode, qui a eu lieu en 1993 alors que Benjamin Netanyahu était favori à la course à pour la direction du Likud, devrait pouvoir donner une leçon au candidat républicain Donald Trump qui fait face, lui-même, à sa propre histoire de cassette.
Au mois de janvier de cette année-là, Netanyahu était passé dans une émission de télévision programmée dans la soirée pour répondre à une allégation anonyme selon laquelle une vidéo existait et qui prouvait qu’il trompait son épouse.
En contraste avec Trump, Netanyahu n’a pas fait en sorte d’affaiblir sa renommée, comme l’a fait Trump. Netanyahu a préféré reconnaître les choses, s’est affligé et il a avancé – jusqu’à finalement devenir le chef de l’opposition en Israël et enfin devenir Premier ministre.
A première vue, l’approche adoptée par Netanyahu, dans la soirée de ce jeudi-là, paraissait malheureuse et désespérée. Un correspondant anonyme avait déclaré à sa troisième femme, Sara, qu’une vidéo prouvant l’adultère de son mari existait et qu’il menaçait de la rendre publique. Et dans cette émission, Netanyahu a choisi de confesser l’affaire.
Ce fut une confession bizarre : Israël était (et est encore, d’une certaine façon) un petit pays, et le badinage adultérin des politiciens y est connu de tous, à l’exception des émissions ou des gros titres d’information. (Nous avons tendance à oublier que la toute première alliance occidentale d’Israël, et la première influence qu’a subi le pays, était celle de la France. Parmi les autres effets secondaires – avec la tradition des chansonniers – une relative nonchalance face aux politiciens et au sexe). Peu ont d’ailleurs pensé que ce “hakaletet halohetet,” la vidéo brûlante, pourrait avoir un impact en premier lieu sur les primaires du parti.
Comme l’avait dit le correspondant de JTA à ce moment-là, c’est l’amusement qui avait caractérisé les réactions d’un grand nombre d’Israéliens.
Netanyahu avait confié au cours de l’émission – et s’en était suivie une plainte à la police – que c’était son adversaire de l’époque à la direction du parti, David Levy, ministre des Affaires étrangères d’hier et d’aujourd’hui, qui était à l’origine de cette tentative de chantage. Levy avait furieusement démenti ces propos.
En fin de compte, aucune vidéo n’a émergé, malgré les rumeurs persistantes attestant de son existence – la radio publique rapporta ainsi de façon erronée qu’une copie avait été délivrée à Israel TV. Un chauffeur (on en revient toujours à l’aide) qui avait un pied dans le camp de Levy et l’autre dans celui de Netanyahu (c’est-à-dire qu’il avait été chauffeur des deux hommes) avait raconté avoir inventé l’histoire pour dorer le blason de Netanyahu. (Cf. la note ci-dessus concernant la nonchalance sur le sexe et les politiciens.) Personne ne l’a cru alors.
Il y a des différences entre les scandales de Trump et de Netanyahu. Dans le cas de Netanyahu, le sexe – filmé ou non – était consensuel – la révélation a mené l’époux trompé à demander le divorce. Trump, pour sa part, a été filmé en 2005 pour ce qui ressemble bien à une agression sexuelle non consentie.
Il y a une équation de classe dans les deux scandales également, mais elle est inversée. Le conflit opposant Netanyahu à Levy a permis d’amener au premier plan les tensions anciennes entre la classe établie des fondateurs ashkénazes du Likud, comme le père de Netanyahu, et les nord-africains laissés pour compte, comme Levy.
Refusé par l’establishment du parti travailliste, un “Mizrahi” comme Levy trouva un siège moins confortable auprès du Likud. Netanyahu continua à faire des allusions aux “liens mafieux” de ses maîtres-chanteurs présumés, message subliminal que d’autres Juifs ashkénazes israéliens devaient probablement interpréter comme étant anti-Mizrahim. Trump, pour toute sa richesse héritée, a été adopté par les Républicains de la classe ouvrière se soulevant contre l’establishment.
Et Netanyahu a opportunément remporté les primaires et a été élu Premier ministre en 1996. On en saura davantage sur Trump après le 8 novembre.
Mais il y a une leçon à tirer pour Trump sur la manière dont Netanyahu a géré son affaire : Que la vidéo ait été réelle ou non, il s’est dirigé vers un scandale potentiel. Il a reconnu la malhonnêteté de son action, il s’en est affligé, puis il s’est re-consacré à sa famille (Netanyahu est encore marié à Sara). Plus : Son portrait de Levy en tant que maître-chanteur mafieux a fonctionné. La meilleure chance qu’avait Levy d’être en mesure de diriger le pays s’est définitivement éloignée lorsque Netanyahu a remporté les primaires.
Megyn Kelly, la présentatrice de Fox News, a tenté de faire en sorte que Donald Trump fasse un spectacle à la Netanyahu lors du premier débat des primaires républicaines en août 2015 lorsqu’elle lui a demandé quelle était son histoire avec les femmes.
Au lieu de considérer sa question comme une bouée de sauvetage – lui donnant l’opportunité de neutraliser une ligne d’attaque que devait nécessairement adopter Hillary Clinton et ses soutiens — Trump traita la jeune femme avec dédain, ne faisant que renforcer sa réputation d’homme méprisant les femmes.
Si “hakaletet halohetet” doit un jour émerger dans une espèce de splendeur granuleuse, les Israéliens hausseront les épaules – histoire ancienne, Next, s’il-vous-plaît. Trump est condamné à être hanté par une réputation de goujaterie parce qu’il n’y a jamais vraiment renoncé. Et le cas échéant, il l’aura doublée.
Alors lorsque est apparue la vidéo de 2005 la semaine dernière, la réaction collective n’a pas été “Et alors ?” Mais bien « Ça suffit ».
Les Républicains, en fait, devraient faire preuve de courage : Le Likud, tel qu’il était dirigé en 1993, n’a jamais implosé. En 1998, Netanyahu nomma Levy une deuxième fois ministre de l’Intérieur. Et Orly Levy, sa fille si “glamour”, fait maintenant partie de la coalition au pouvoir de Netanyahu.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







