Trump veut vite remplacer la juge Ruth Bader Ginsburg, la campagne bousculée
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Trump veut vite remplacer la juge Ruth Bader Ginsburg, la campagne bousculée

Le président semble décidé à s'engager dans une désignation au pas de charge d'un nouveau juge qui ferait basculer le temple du droit américain dans le camp conservateur

La juge Ruth Bader Ginsburg est accueillie sur scène par des membres du Congrès et leur personnel lors d'une réception annuelle du Mois de l'histoire des femmes au Statuary Hall sur Capitol Hill à Washington, le 18 mars 2015. (AP Photo / Pablo Martinez Monsivais)
La juge Ruth Bader Ginsburg est accueillie sur scène par des membres du Congrès et leur personnel lors d'une réception annuelle du Mois de l'histoire des femmes au Statuary Hall sur Capitol Hill à Washington, le 18 mars 2015. (AP Photo / Pablo Martinez Monsivais)

Le président américain Donald Trump s’est prononcé samedi pour un remplacement rapide de la juge à la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, icône décédée de la gauche américaine, un choix politique susceptible d’enflammer la fin de campagne présidentielle.

Nommer les magistrats du temple du Droit est « la décision la plus importante » pour laquelle un président est élu, a-t-il dit sur Twitter. « Nous avons cette obligation, sans délai. »

Il semble décidé à s’engager dans une désignation au pas de charge d’un nouveau juge qui ferait basculer le temple du droit américain dans le camp conservateur pour plusieurs décennies.

La juge « RBG », comme elle était surnommée, s’est éteinte vendredi des suites d’un cancer du pancréas à l’âge de 87 ans. Sa mort a suscité une vague d’émotion dans le pays et aussi une immense inquiétude dans le camp démocrate, doublée d’un tir de barrage politique.

La juge de la Cour suprême américaine Ruth Bader Ginsburg. (Crédit : Autorisation du gouvernement américain)

45 jours

À 45 jours de l’élection présidentielle, le candidat démocrate Joe Biden et l’ex-président Barack Obama ont immédiatement mis en garde Donald Trump.

« Les électeurs doivent choisir le président, et le président doit proposer un juge au Sénat », a dit Joe Biden. Barack Obama a appelé son successeur républicain à s’abstenir alors que « des bulletins de vote sont déjà déposés » pour le scrutin du 3 novembre, par anticipation ou par correspondance.

Les neuf juges de la Cour suprême sont nommés à vie, et Donald Trump a déjà procédé à deux nominations, celles des conservateurs Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Son camp dispose actuellement de cinq juges.

L’enjeu est considérable puisque la Cour tranche les principales questions de société, comme l’avortement, le droit de porter des armes ou les droits des homosexuels, qui sont souvent aussi les lignes de fracture d’une société américaine plus divisée que jamais. La haute cour a aussi le dernier mot sur les litiges électoraux, comme lors de la présidentielle de 2000 finalement remportée par George W. Bush face à Al Gore. 

Sur le papier, rien n’empêche en effet Donald Trump de nommer un nouveau juge. La santé de la juge Ginsburg était chancelante et les républicains se préparaient à cette vacance. Le président avait présenté début septembre une liste de 20 noms de personnalités qu’il pourrait présenter en cas de vacance à la Cour. Parmi eux, deux sénateurs ultra-conservateurs, Ted Cruz et Tom Cotton.

Le chef de la majorité au Sénat Mitch McConnell a prévenu dès vendredi soir qu’il était disposé à aller de l’avant dans le processus de nomination. Dans des circonstances comparables, il y a quatre ans, il avait pourtant bloqué la désignation d’un juge par Barack Obama.

La juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg au Kennedy Center Honors à Washington, le 6 décembre 2015. (Crédit : Chris Kleponis/AFP/Getty Images)

Trump en campagne

Les Républicains estimaient alors qu’on ne change pas un juge en année électorale. Le président de la commission judiciaire de Sénat Lindsey Graham a pris acte samedi du souhait de Donald Trump, dont il est très proche. « Je comprends parfaitement » le président, a-t-il dit.

Donald Trump était samedi en campagne dans l’Etat très disputé de Caroline du Nord.

Il y a donné en fin de journée un meeting devant ses supporteurs, à qui il rappelle régulièrement que son objectif est de nommer le plus possible de juges conservateurs à tous les échelons de l’appareil judiciaire.

Il dispose d’une majorité républicaine de 53 contre 47 au Sénat, mais une poignée de sénateurs modérés pourraient faire défaut, notamment ceux confrontés à des réélections difficiles dans des Etats modérés. L’équation politique est donc complexe.

Le lancement d’une bataille parlementaire sur la Cour suprême changerait complètement la physionomie de la campagne, aujourd’hui dominée par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences.

Donald Trump est pour l’instant en retard dans les sondages par Joe Biden, et sévèrement critiqué par les Américains pour sa gestion du coronavirus.

De son côté, la Première dame Melania Trump s’est associée à l’émotion dans le pays. La mort de RBG est « une immense perte », a-t-elle dit, rappelant « la ténacité et la force » ainsi que « l’intellect et la compassion » de la juge.

Dès vendredi soir, une foule de plusieurs centaines de personnes s’était rassemblée devant la Cour suprême pour s’incliner devant la mémoire de RBG, née en 1933 à Brooklyn dans une famille juive américaine et morte le jour de Rosh HaShana, le nouvel an juif.

« Je suis venu ici car j’estime que RBG représente tout ce pour quoi l’Amérique devrait se mobiliser », expliquait Erin Dunn, étudiante de 19 ans.

La candidate démocrate à la vice-présidence Kamala Harris et son mari, Douglas Emhoff, s’arrêtent devant la Cour suprême des États-Unis à Washington, le 19 septembre 2020, alors que les États-Unis pleurent le décès de Ruth Bader Ginsburg. (Camille Camdessus / AFP)

Une pionnière

Samedi matin de nouveau, de nombreux Américains affluaient devant le bâtiment de marbre blanc. Parmi eux, la colistière de Joe Biden, Kamala Harris, venue se recueillir avec son mari.

« RBG était pour moi une pionnière, une icône, une combattante. Elle était une femme à tous les sens du terme », a-t-elle confié à une journaliste de l’AFP.

Candidate à la vice-présidence mais aussi membre éminente de la commission judiciaire du Sénat, Kamala Harris jouera un rôle déterminant dans les prochains mois.

Ruth Bader Ginsburg gardera une place à part dans l’histoire de la conquête des droits et de la lutte contre les discriminations. 

Avocate, elle obtint de la Cour suprême le démantèlement des lois discriminatoires à l’encontre des femmes. Entrée à la Cour suprême il y a 27 ans sur nomination de Bill Clinton, elle fait l’objet d’un culte aux Etats-Unis.

Sa vie a inspiré des films, des documentaires et même des livres pour enfants. Sa petite silhouette frêle, et son visage mince barré de grandes lunettes étaient connus de tous les Américains. Dans les magasins de souvenirs de la capitale fédérale, les T-shirts ou les tasses à son effigie s’arrachent depuis l’annonce de sa mort.

Aucun détail n’était connu samedi sur l’organisation de ses obsèques.

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