Tsahal ne confirme pas les propos de Liberman sur la mort du journaliste
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Tsahal ne confirme pas les propos de Liberman sur la mort du journaliste

Pour le ministre de la Défense, Yasser Murtaja a été abattu parce qu'il pilotait un drone pendant les affrontements de vendredi à Gaza

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des manifestants aident le journaliste palestinien blessé Yasser Murtaja lors d'affrontements avec les forces de sécurité israéliennes, à la suite d'une manifestation près de la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 avril 2018. Il a succombé à ses blessures. (AFP PHOTO / DIT KHATIB)
Des manifestants aident le journaliste palestinien blessé Yasser Murtaja lors d'affrontements avec les forces de sécurité israéliennes, à la suite d'une manifestation près de la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 avril 2018. Il a succombé à ses blessures. (AFP PHOTO / DIT KHATIB)

L’armée israélienne a refusé de confirmer les commentaires du ministre de la Défense Avigdor Liberman, samedi, qui indiquait qu’un photojournaliste palestinien avait été abattu la veille parce qu’il manœuvrait un drone au-dessus des soldats israéliens.

Vendredi, Yasser Murtaja, qui a fondé la société de médias Ain à Gaza, a été tué alors qu’il couvrait les manifestations violentes le long de la frontière de Gaza. Il aurait été abattu alors qu’il revêtait une veste portant la mention « presse » et filmait dans une zone recouverte d’une épaisse fumée noire provoquée par des manifestants mettant le feu à des pneus, pour bloquer la visibilité des tireurs d’élites.

Des centaines de personnes ont assisté aux funérailles de Murtaja dans la ville de Gaza. Sa mort a suscité un tollé international, notamment de la part de Reporters sans frontières, groupe de surveillance des médias, qui a accusé Israël de l’avoir abattu « délibérément ».

La foule et des journalistes portent le corps du journaliste palestinien Yasser Murtaja, lors de ses funérailles dans la ville de Gaza le 7 avril 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

L’armée a nié cette accusation samedi, déclarant dans un communiqué : « Tsahal ne cible pas délibérément les journalistes. Les circonstances dans lesquelles le journaliste aurait été touché par les tirs de l’armée israélienne ne sont pas connues et font l’objet d’une enquête ».

Cependant, plus tard dans la journée, lorsqu’on lui a posé des questions sur l’affaire, Liberman a laissé entendre que Murtaja avait été délibérément pris pour cible, en particulier pour avoir piloté un drone lors de la manifestation.

« Je ne sais pas qui est ou n’est pas photographe. Quiconque fait voler des drones au-dessus des soldats israéliens doit comprendre qu’il se met lui-même en danger », a déclaré le ministre de la Défense.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)

« Nous avons vu des douzaines de cas où des terroristes du Hamas ont utilisé des ambulances, se sont déguisés en membres du Croissant-Rouge et se sont déguisés en journalistes. Nous ne prendrons aucun risque », a ajouté Liberman.

L’armée israélienne a refusé à plusieurs reprises de commenter l’affirmation de Liberman, se contentant de dire que l’affaire faisait l’objet d’une enquête, sans toutefois la réfuter explicitement.

Même s’il avait utilisé un drone, il n’est pas sûr que cela ferait de lui une cible légitime pour être abattu. Ces minuscules avions sont utilisés par les militaires du monde entier pour recueillir des renseignements et, dans certains cas, comme armes, s’ils ont été équipés d’explosifs, ce qui ferait de leurs opérateurs des cibles légitimes.

Cependant, comme la technologie est devenue beaucoup moins chère et plus accessible ces dernières années, les drones ont trouvé une utilisation importante parmi les civils, en particulier les photographes, ce qui rend plus difficile pour Tsahal de dire que toute utilisation de ces drones est intrinsèquement malveillante.

Murtaja était en effet connu pour ses drones, bien qu’il soit illégal de les importer à Gaza. Cependant, des membres de sa famille, des témoins oculaires et d’autres journalistes ont nié à maintes reprises qu’il pilotait un de ces appareils le vendredi lorsqu’il a été abattu.

Les photos de la scène le montrent utilisant un appareil photo sophistiqué pendant la manifestation, mais pas un drone.

« Il a utilisé une caméra vidéo classique toute la journée », a déclaré à l’AFP le photographe Ashraf Abu Amraf Abu Amra.

Abu Amra a également déclaré que Murtaja se trouvait à plusieurs centaines de mètres de la frontière lorsqu’il a été touché.

Ce n’est pas la première fois que le ministre de la Défense fait des déclarations qui ne sont pas confirmées par l’armée.

En octobre, Liberman a déclaré que les roquettes qui ont frappé le plateau du Golan ont été tirées intentionnellement sur Israël par le groupe terroriste du Hezbollah en Syrie. L’armée, quant à elle, a déclaré qu’elle n’était pas au courant de ces renseignements.

Dans cette affaire, le ministre de la Défense a précisé par la suite qu’il s’agissait de sa propre opinion et non de la position de Tsahal.

Quelque 20 000 Gazaouis ont participé vendredi à la deuxième « Marche du retour » soutenue par le Hamas à la frontière de Gaza. L’armée a déclaré que les manifestants ont brûlé des pneus et lancé des bombes, des cocktails Molotov et des pierres sur les soldats israéliens.

Plusieurs tentatives ont été faites pour franchir la clôture de la frontière. Les soldats ont répondu avec des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et, dans certains cas, des tirs réels. Les Palestiniens ont déclaré que neuf Gazaouis, dont Murtaja, ont été tués et plus de 1 000 autres blessés lors des affrontements.

Des manifestants palestiniens brûlent des pneus lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à la frontière entre Gaza et Israël, à l’est de la ville de Gaza, le 6 avril 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Les manifestations font partie d’une « Marche du retour » planifiée sur six semaines qui doit se terminer à la mi-mai avec la « Journée de la Nakba », marquant le départ des Arabes après la création d’Israël, et le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem – un plan qui a rendu furieux les dirigeants palestiniens.

Les militants palestiniens ont insisté sur le fait que les manifestations sont dirigées par des civils et sont non violentes, tandis qu’Israël a déclaré qu’elles servent de couverture pour les tentatives de violence contre les troupes israéliennes et les franchissements de la frontière. Les analystes de la défense disent que les marches sont une nouvelle tactique du Hamas, qui dirige Gaza, pour mener des opérations terroristes dans la confusion des manifestations, car les roquettes du groupe sont contrées par le Dôme de fer d’Israël et ses tunnels sont contrecarrés par la construction d’une nouvelle barrière souterraine autour de Gaza.

Yahya Sinwar, leader du Hamas dans la bande de Gaza, durant une manifestation à l’est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 avril 2018 (Crédit : AFP/Said Khatib)

L’armée a indiqué avoir repéré de multiples tentatives de terroristes visant à installer des engins explosifs le long de la frontière de Gaza, une attaque par balles contre les soldats de Tsahal par deux Palestiniens bien armés envoyés par le Hamas, ainsi qu’une tentative d’infiltration par un homme armé portant un gilet de kamikaze.

Les manifestations se sont largement atténuées samedi, mais trois Palestiniens ont été blessés par les forces israéliennes lors d’un petit affrontement à l’est de la ville de Gaza dans l’après-midi, l’un d’entre eux sérieusement, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas.

Dimanche, l’état-major général de Tsahal a annoncé qu’il ouvrait une enquête sur les ripostes de l’armée face aux manifestations de Gaza, parallèlement aux enquêtes internes menées par le Commandement du Sud.

Israël est confronté à une condamnation internationale croissante concernant le nombre de Palestiniens tués lors de la « Marche du retour ».

Dimanche soir, le procureur en chef de la Cour pénale internationale a averti que les mesures prises par l’armée israélienne et par le Hamas au cours des deux dernières semaines de manifestations à la frontière de Gaza pourraient constituer des crimes de guerre.

Un manifestant palestinien blessé est transporté par d’autres manifestants lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes près de la frontière avec Israël, à l’est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 avril 2018. (AFP/Said Khatib)

« La violence contre les civils – dans une situation comme celle qui prévaut à Gaza – pourrait constituer un crime au regard du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (« CPI » ou « la Cour »), de même que l’utilisation de civils comme boucliers dans le cadre d’activités militaires », peut-on lire dans son communiqué.

L’Union européenne a déclaré samedi que la mort de manifestants palestiniens le long de la frontière de Gaza « soulève de sérieuses questions sur l’utilisation disproportionnée de la force » par Israël.

L’ambassadeur de la Ligue arabe auprès de l’ONU, Maged Abdelaziz, a déclaré que les ministres arabes discuteraient des options pour poursuivre la question palestinienne lors d’une réunion à Riyad, capitale de l’Arabie saoudite, le 12 avril, avant le sommet des dirigeants arabes qui se tiendra dans le pays le 15 avril.

En 2007, le Hamas, groupe terroriste islamiste, a pris par la violence le contrôle de Gaza au détriment du Fatah de Mahmoud Abbas, deux ans après qu’Israël a retiré sa présence militaire et civile de la bande de Gaza. Israël et l’Égypte maintiennent un blocus de sécurité à Gaza. Israël affirme que c’est indispensable pour empêcher le Hamas – qui a mené trois guerres contre Israël depuis qu’il s’est emparé de Gaza, a tiré des milliers de roquettes sur Israël et a creusé des dizaines de tunnels d’attaque sous la frontière – d’importer des armes.

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