Twitter bloque 61 faux comptes visant Israël
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Twitter bloque 61 faux comptes visant Israël

343 ‘campagnes de manipulation étrangère’ bloquées par le réseau social jusqu’à présent en période électorale, selon le ministère des Affaires étrangères

Le logo de Twitter est affiché au-dessus d'un comptoir commercial à la Bourse de New York, le 8 février 2018. (AP Photo/Richard Drew, Dossier)
Le logo de Twitter est affiché au-dessus d'un comptoir commercial à la Bourse de New York, le 8 février 2018. (AP Photo/Richard Drew, Dossier)

Twitter a suspendu 61 autres comptes, disposant d’un total de 28 041 abonnés, liés à des campagnes de manipulation étrangère avec la diffusion de fausses informations destinées au public israélien, a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères.

Cela porte à 343 le nombre de faux comptes ciblant Israël qui ont été suspendus par le réseau social depuis la fin décembre, alors que des élections ont été annoncées pour le 9 avril, a déclaré Elad Ratson, chef de la R&D basée à Londres du ministère, sur son compte Twitter lundi.

La plupart des faux comptes étaient rédigés en anglais, avec trois en arabe et un en allemand.

Le plus populaire, avec presque 16 000 abonnés, avait pris le nom de Fille à galons.

Une source proche du dossier a déclaré au Times of Israël plus tôt ce mois que Twitter avait de bonnes relations avec des officiels du gouvernement, des forces de l’ordre et des ONG d’Israël. Si Twitter ne peut pas être un « arbitre de la vérité », il surveille le trafic en ligne et les faux comptes dangereux et va « faire plus de travail » alors que les élections approchent.

Au niveau mondial, Twitter supprime chaque jour le nombre astronomique de 10 millions de compte problématiques et contrôle plus d’un demi-million de connexions suspectes quotidiennement, a déclaré la source.

En octobre, l’entreprise a présenté au public ce qu’elle a déclaré être les archives totales de tweets et de contenus médiatiques qui venaient de l’Agence de Recherche sur Internet, liée au gouvernement russe, et des sources en Iran depuis 2016.

Les bots sont des petits codes informatiques qui ressemblent à des comptes de personnes réelles et qui apparaissent en grands nombres pour soutenir ou délégitimer des cibles. Ils servent aussi à diffuser des fausses informations afin de semer le trouble dans l’opinion publique, de susciter de la défiance vis-à-vis des gouvernements, des médias ou d’autres institutions.

Ils reprennent souvent des biographies de personnes réelles et des photos de profil de Google. Pour une personne non-entraînée, il est extrêmement difficile de repérer ces faux profils.

A cause de leur capacité à attaquer, défendre, aimer, commenter, partager ou retweet en très grand nombre, ils sont capables d’amplifier des messages et de convaincre des électeurs de « leur » point de vue. En effet, un internaute aura plus de chance de croire un message qui a des centaines ou des milliers de likes.

L’utilisation de bots et autres outils en ligne pour diffuser des fausses informations – en particulier sur Facebook – est d’abord apparue après des accusations que la Russie les avait utilisés pour se mêler dans les élections présidentielles américaines de 2016 – une accusation rejetée par les Russes.

Un faux communiqué de presse, publié sur le site internet de canulars, cherchait à ressembler à un article du Centre Belfer de l’Université d’Harvard, le 14 novembre 2018 (Copie d’écran).

Cette élection a mis en lumière le travail de l’entreprise britannique Cambridge Analytica, qui a fait l’acquisition des données de dizaines de millions d’utilisateurs Facebook et ensuite développé des algorithmes pour micro-cibler les électeurs par des messages politiques personnalisés de la part de faux comptes.

Cela a mis l’accent sur le volume gigantesque d’informations collectées par des entreprises de réseaux sociaux sur ses utilisateurs.

La transparence de Facebook – trop peu, trop tard pour cette élection ?

Lundi, Facebook a annoncé qu’il allait faire preuve de plus de transparence sur les publicités politiques à l’approche des élections israéliennes.

Pourtant, la nouvelle mesure entrera en vigueur seulement en mars, autrement dit dans les dernières semaines de la campagne. Le siège de Facebook en Israël n’a pas précisé la date exacte en mars pour la mise en application de la mesure. Dans un communiqué mondial, Facebook a dit que de tels outils seraient mis en place en Europe « à la fin mars » et en Israël « avant » les élections.

Un porte-parole de Facebook Israël a souligné que la décision était appliquée « tôt, et non pas tard » dans la campagne électorale étant donné le travail de préparation nécessaire, qui implique des vérifications sur la loi du pays. Selon l’entreprise, les mesures seront appliquées au niveau mondial à la fin juin.

L’entreprise imposera à toutes les publicités concernant des questions nationales ou politiques d’indiquer clairement qui a payé la publicité, et que l’identité et le lieu de chaque personne ou groupe derrière le message devra être vérifié. Ceux qui refuseront de fournir les informations nécessaires n’auront pas le droit de faire des publicités.

Les publicités seront conservées jusqu’à sept ans dans un catalogue accessible librement.

Une politique de transparence sur les publicités du même genre a été introduite aux Etats-Unis et ensuite au Royaume-Uni dans le sillage du fiasco électoral américain.

Mais après l’annonce de Facebook sur la mise en place de la mesure en Israël, le professeur Karine Nahon, présidente de l’Association Internet d’Israël et professeur associé à l’Université de Washington à Seattle et au centre interdisciplinaire d’Herzliya, a prévenu que si l’entreprise allait fournir une base de données des publicités payantes, Facebook continue à empêcher des universitaires de mener des recherches, sous le prétexte de vouloir protéger les utilisateurs.

Le professeur Karine Nahon, présidente de l’Association Internet d’Israël et professeur associé à l’Université de Washington à Seattle et au centre interdisciplinaire d’Herzliya (Copie d’écran).

« En pratique, cela signifie que la transparence publique est limitée et la capacité de comprendre les données est minimale », a tweeté Nahon lundi. Et qui déciderait de ce qui est « politique », a-t-elle demandé rhétoriquement.

Nahon, qui en août – bien avant l’annonce des élections – a prévenu le juge de la Cour Suprême Hanan Melcer, l’actuel président du Comité central des élections, sur les tentatives d’influence de l’issue des élections en Israël. Elle a ajouté que la base de données allait seulement contenir des informations sur les publicités payantes.

Les publicités électorales israéliennes en ligne non régulées

On ne sait pas clairement si ceux qui publient de fausses informations sur Facebook ou ailleurs en ligne pourront faire l’objet de poursuites judiciaires. Et cela parce que la loi israélienne sur la propagande électorale ne s’applique actuellement pas à Internet.

La protection actuelle contre les fausses informations et la désinformation se base principalement sur la Loi des Elections (Méthodes de propagande) de 1959, qui a été écrite avant l’arrivée d’internet. Cette loi encadre surtout les publicités sur des panneaux, à la radio, dans les avions et des bateaux. Depuis lors, des amendements ont élargi la loi à la télévision, aux chaînes régionales de radio et aux sondages électoraux publiés, mais toujours pas à Internet.

En novembre 2017, un comité présidé par l’ancien président de la Cour Suprême Dorit Beinisch et avec pour mission de revoir les règles électorales et de campagne a proposé l’idée non seulement d’étendre cette loi à internet, mais aussi de donner le pouvoir légal au Comité central des élections d’empêcher la manipulation en ligne.

L’ancienne présidente de la Cour suprême Dorit Beinisch à la résidence du président à Jérusalem, le 21 novembre 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Un projet de loi basé sur cette proposition est actuellement bloqué au niveau du comité de la Knesset par le Likud. Des sources au fait du processus législatif ont déclaré au Times of Israël que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait personnellement ordonné qu’il soit mis de côté.

Le projet de loi, qui a seulement besoin d’un vote en séance plénière pour devenir une loi, contrôlerait spécifiquement les fausses informations en imposant aux auteurs de n’importe quel contenu politique payé, y compris des commentaires, à s’identifier publiquement – une décision qui s’appliquerait à la fois à Internet, aux outils de campagne plus traditionnels, comme des affiches.

Plus tôt ce mois, le Comité central des élections a ordonné au Likud de soutenir le vote du texte pour élargir les lois actuelles contre la propagande électorale afin d’inclure les contenus en ligne. Il s’agit de trouver un accord entre tous les partis afin de les forcer à clairement indiquer l’auteur de tous les contenus de campagne publiés en ligne.

En présentant un recours au comité, Shachar Ben Meir a dit que le vote de la loi fournirait un service vital aux électeurs avant les élections, en leur donnant les outils pour repérer les fausses informations et les campagnes de propagande.

« Nous voulons simplement que le public puisse savoir quand on lui présente des éléments de campagne électorale et qu’il puisse savoir d’où vient le message. Nous ne demandons pas à être impliqués dans le contenu, seulement de savoir clairement qui se cache derrière », a-t-il déclaré.

Shachar Ben Meir (Facebook).

Alors que les représentants de tous les principaux partis politiques ont dit qu’ils soutiendraient immédiatement le vote de la proposition pour donner au comité de tels outils, Avi Halevy, le conseiller juridique en chef du Likud, a déclaré qu’il « n’était pas réaliste » de faire passer une loi aussi large « sous la contrainte ».

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