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Analyse

Ukraine: avec le gouvernement sur la corde raide, l’opposition attend le dérapage

Les députés des deux côtés n'ont rien à gagner politiquement à s'impliquer dans la guerre en Europe, disent les experts - à moins que les critiques US ne deviennent plus fortes

Le Premier ministre Naftali Bennett pendant une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 27 février 2022. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/Pool)
Le Premier ministre Naftali Bennett pendant une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 27 février 2022. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/Pool)

Les factions d’opposition à la Knesset sont restées relativement silencieuses concernant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, adoptant une approche attentiste.

« Ils n’ont rien à gagner à dire quelque chose », estime l’ancien député du parti Koulanou, Michael Oren, qui a été ambassadeur à Washington quand Benjamin Netanyahu était Premier ministre.

« Ils attendent une erreur du gouvernement – en fait, c’est ce qu’ils font toujours », continue-t-il.

Netanyahu lui-même – qui, quand il était Premier ministre, avait aidé à réchauffer la relation de l’État juif avec la Russie – s’est abstenu de toute déclaration publique concernant le conflit en Ukraine, ce qui est notable en soi.

Pour sa part, le député Yariv Levin, membre de la formation du Likud de Netanyahu, aurait rejeté une proposition soumise par le président de la Knesset, Mickey Levy, demandant le rétablissement de la commission pour l’Immigration, l’Intégration et les Affaires de la Diaspora afin de mieux prendre en charge la possibilité d’un afflux de réfugiés juifs ukrainiens.

Cette commission ne s’est pas réunie depuis la formation du nouveau gouvernement en raison des plaintes émises par l’opposition, insatisfaite des nominations en leur sein.

Pour sa part, le cabinet s’est rencontré, dimanche soir, pour discuter du conflit. Des informations ont fait savoir qu’il aurait été question des préparations nécessaires à l’accueil d’une vague inattendue d’immigrants ukrainiens.

Craignant de nuire à la bonne relation entretenue par Israël avec la Russie et avec l’Ukraine, le Premier ministre Naftali Bennett a cherché à positionner Jérusalem en tant que présence calme, modératrice, dans le conflit. En réponse à une demande soumise par l’Ukraine, Bennett a appelé dimanche le président russe Vladimir Poutine, lui proposant d’intervenir comme négociateur entre les deux parties en guerre.

Le compte-rendu russe de cet entretien téléphonique n’a pas indiqué quelle avait été la réponse faite par Poutine à la proposition de Bennett même si la chaîne Kan a fait savoir, dimanche soir, que l’homme fort du Kremlin avait décliné cette offre.

Le président russe avait proposé que des discussions soient organisées en Biélorussie, un pays qui est un allié proche de Moscou et dont le territoire a été utilisé par l’armée russe pour le lancement de la campagne militaire contre l’Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté, dimanche, d’envoyer une équipe de négociateurs sur la frontière biélorusse.

Le Premier ministre Naftali Bennett rencontre le président russe Vladimir Poutine à Sochi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Si le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a explicitement condamné l’agression russe, Bennett a fait preuve d’une modération et d’une prudence extrêmes dans ses déclarations sur l’agression russe, choisissant de ne pas nommer la Russie dans sa condamnation du conflit en cours et concentrant ses propos sur l’inquiétude entraînée par la guerre en matière humanitaire.

Ce qui entrerait dans le cadre d’une tactique qui, selon le ministère des Affaires étrangères, pourrait permettre à Israël d’avoir sa place à la table des négociations si son offre devait in fine être acceptée.

« Il y a des choses que nous continuons à faire discrètement », a expliqué Gary Koren, qui dirige le bureau Eurasie au ministère des Affaires étrangères, au micro de la station de radio Kan dimanche – expliquant qu’Israël a mis en place un espace qui lui permet de faire la liaison entre les deux parties au conflit.

Bennett aurait demandé dimanche aux ministre de faire « profil bas » et la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked aurait déclaré que « l’intérêt d’Israël est de garder le silence ».

La situation du pays est difficile et délicate alors que de fortes communautés juives vivent en Ukraine et en Russie et que les Russes sont militairement impliqués en Syrie, au nord d’Israël.

Mais selon Oren, si le spectre russe pèse lourd en Syrie, il y a des raisons stratégiques et morales de soutenir l’Ukraine.

« Oui, nous avons tout intérêt à préserver notre liberté d’action en Syrie. Mais nos relations avec les États-Unis et l’Europe ne sont pas seulement faites de diplomatie agréable, il y a également des intérêts stratégiques à prendre en compte », note-t-il, ajoutant que « nous devons les préserver également ».

Michael Oren, député de Koulanou, lors d’une conférence organisée par NGO Monitor, intitulée « 15 ans de la conférence de Durban », tenue à la Knesset le 20 juin 2016. (Miriam Alster/Flash90)

Oren maintient que la réprobation des États-Unis concernant la neutralité d’Israël – avec notamment le refus opposé par l’État juif de coparrainer une résolution condamnant l’invasion russe devant le Conseil de sécurité des États-Unis – est sous-estimée à Jérusalem.

« En ce moment même, nous commençons à être critiqués par les États-Unis et ces critiques vont devenir plus fortes », dit-il. « Personne n’écoute Yair Lapid : on écoute le Premier ministre et le Premier ministre n’a rien condamné. Les gens font attention à ça ».

« Et Israël n’est pas qu’un État parmi d’autre : Israël est l’État juif et démocratique. En tant qu’État juif et démocratique, je ne crois pas que nous puissions rester à ne rien faire alors que toute une population placée sous la direction d’un Juif sioniste et fier de l’être [Zelensky] combat pour sa liberté à l’aide de fusils et de cocktails Molotov ».

Oren suggère de réfléchir à une assistance humanitaire supplémentaire et à l’adoption de sanctions choisies.

Israël va faire parvenir à l’Ukraine cent tonnes d’aide humanitaire dans les prochains jours – notamment des systèmes de purification de l’eau, des équipements médicaux, des tentes, de couvertures et des sacs de couchage, a indiqué Bennett dimanche.

Mais s’agissant d’une assistance militaire, que les nations occidentales envoient en masse en Ukraine, Bennett s’en est tenu à son positionnement neutre – refusant, selon des informations, une requête explicite qui lui avait été soumise par Zelensky vendredi et assurant à Poutine, dimanche, que l’avion affrété pour envoyer l’assistance israélienne à l’Ukraine, cette semaine, ne comporterait rien d’autre que des produits humanitaires.

Lazar Berman a contribué à cet article.

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