Un an après un attentat terroriste meurtrier, Beit Horon lutte pour empêcher une nouvelle attaque
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Un an après un attentat terroriste meurtrier, Beit Horon lutte pour empêcher une nouvelle attaque

Se souvenant de Shlomit Krigman, tuée lors d’une attaque au couteau alors que deux terroristes étaient parvenus à entrer au sein de l’implantation, les habitants disent que le gouvernement traîne les pieds pour empêcher une nouvelle tragédie

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une stèle érigée sur un terrain de jeux aux abords d'un jardin d'enfants de l'implantation de Beit Horon , près de Jérusalem, là où Shlomit Krigman avait été poignardée à mort un an auparavant. Photo prise le 12 février 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Une stèle érigée sur un terrain de jeux aux abords d'un jardin d'enfants de l'implantation de Beit Horon , près de Jérusalem, là où Shlomit Krigman avait été poignardée à mort un an auparavant. Photo prise le 12 février 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Les nuages bas se sont regroupés dans le ciel de cette petite implantation située sur le bord d’une autoroute, menaçant de mouiller les douzaines de personnes réunies pour inaugurer une stèle en pierre. “Ses mots étaient la vérité, et elle symbolisait la joie et la beauté”, indiquent les mots en hébreu gravées sur le roc, en dessous d’un nom : Shlomit.

Un an auparavant, au même endroit, les nuages dans le ciel annonçaient la neige. Shlomit Krigman, 23 ans, était étendue sur le sol, dernière victime d’une série d’attaques au couteau qui avait marqué le pays – cette fois dans ce lieu apparemment exempt de tout danger que représentait Beit Horon, son foyer d’adoption.

Les amis et la famille se sont réunis pour inaugurer cette pierre du souvenir, le 12 février : souvenir de Krigman la poète, de Krigman la jeune conseillère, de Krigman la fille adorée par ses parents. Une année entière venait de s’écouler depuis sa mort.

Mais au cours de ce temps passé, déplorent les locaux, peu de choses ont été réalisées pour régler les défaillances sécuritaires – au sens propre comme au sens figuré – qui avaient permis à deux Palestiniens d’infiltrer l’implantation et de tuer une jeune femme à coups de couteau.

Dans l’année qui a suivi l’attaque, les gouvernements locaux et nationaux ont consolidé certaines des défenses de l’implantation : les « points faibles », dans la barrière, ont été renforcés et un gardien de sécurité privé a été recruté pour protéger un jardin d’enfants situé à proximité du lieu de l’attentat.

Mais les requêtes faites par les habitants de Beit Horon, demandant davantage de mesures de sécurité, ont été mises de côté – en majorité, semble-t-il, en raison de difficultés bureaucratiques.

En deuil de Krigman, les habitants de la communauté indiquent que de simples mesures visant à empêcher des tragédies similaires à l’avenir – comme l’expansion de la barrière de sécurité à proximité du jardin d’enfants, le recrutement d’un gardien supplémentaire – se sont retrouvées bloquées par la bureaucratie ou rejetées par les ministères concernés.

Après la brève cérémonie en plein air, les habitants de Beit Horon, qui se situe à 30 minutes environ de Jérusalem en voiture sur la Route 443, une autoroute majeure reliant Jérusalem à Tel Aviv, se sont réunis au centre communautaire de l’implantation pour assister à un service organisé en mémoire de la jeune fille aux côtés des amis et de la famille de Krigman.

Sur le chemin qui la mène vers le centre, Yehudit Tayar, habitante et bénévole dans les services médicaux d’urgence et qui a été l’une des premières à arriver sur les lieux de la tragédie après l’attentat terroriste, explique que « peu importe le nombre de chaises qu’il y aura dans la salle, il n’y en aura pas suffisamment ».

Shlomit Krigman, 23 ans, a été tuée dans une attaque au couteau dans l'implantation de Beit Horon (Crédit : Facebook)
Shlomit Krigman, 23 ans, a été tuée dans une attaque au couteau dans l’implantation de Beit Horon (Crédit : Facebook)

Elle a raison. Les amis et la famille occupent les 150 sièges mis à disposition dans la pièce et un nombre presque égal de personnes se tiennent contre le mur. A un moment du service, les portes latérales seront ouvertes pour permettre à plus de gens d’assister à la cérémonie.

Krigman était née à Beit Horon mais elle avait grandi à Shadmot Mehola, une implantation de la vallée du Jourdain. Elle était revenue après le lycée, faisant son service national comme conseillère auprès du groupe local des jeunes de Bnei Akiv. Elle vivait avec des grands-parents et avec des familles d’adoption.

Durant le service, son souvenir a été évoqué en rappelant ses contradictions – une jeune fille simple mais réfléchie, accommodante mais profondément engagée dans les causes auxquelles elle croyait, une femme solitaire mais qui pouvait parler pendant des heures à ses amis, un esprit joyeux qui pouvait soudainement faire preuve de gravité.

Ses amis ont lu des poèmes de Krigman. Parmi eux, un poème écrit sur le froid hivernal de Jérusalem 18 heures avant qu’elle ne soit poignardée à mort.

Tzachi Krigman évoque sa fille Shlomit une année après sa mort lors d'un attentat terroriste au sein de l'implantation Beit Horon, à proximité de Jérusalem. Photo prise le 12 février 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Tzachi Krigman évoque sa fille Shlomit une année après sa mort lors d’un attentat terroriste au sein de l’implantation Beit Horon, à proximité de Jérusalem. Photo prise le 12 février 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

L’une de ses mères adoptives se souvient d’elle comme une « amatrice de pommes de terre, qui n’aimait pas le riz ou les spaghettis – Qui n’aime pas les spaghettis ? »

« Si belle, et vous ne le saviez pas. Si modeste, et vous ne le saviez pas. Si talentueuse, et vous ne le saviez pas. Si prophétique, et vous ne le saviez pas », ajoute sa mère adoptive.

Les mains tremblantes, le père de Krigman, Tzachi, a évoqué sa fille, cette artiste qui n’allait nulle part sans son carnet à dessin et des crayons de couleur, et cette auteur, qui avait écrit deux romans et en avait commencé en troisième. L’un d’eux a été publié et sera bientôt vendu en librairie, a-t-il expliqué.

‘Une série de miracles’

Le 25 janvier 2016, juste avant 17 heures, Ibrahim Al’an et Hussein Abu Ghosh ont grimpé la colline située derrière l’implantation, ont franchi en rampant un tuyau d’écoulement et sont entrés dans Beit Horon à un endroit situé à proximité d’un parc, près du jardin d’enfants de la communauté.

Une fois à l’intérieur, ils se sont dirigés vers Krigman et Adina Cohen, l’une des éducatrices du jardin d’enfants âgée de 58 ans.

Krigman a été mortellement touchée. Elle est morte aux premières heures de la matinée suivante. Cohen, présente lors de la cérémonie, a été grièvement blessée. Elle est dorénavant guérie – physiquement tout du moins. Selon ses amis, elle souffre encore d’un syndrome post-traumatique.

A l’époque, les résidents avaient estimé que seule « une série de miracles » avait permis de faire en sorte que l’attentat terroriste ne soit pas beaucoup plus grave.

Scène de l'attaque au couteau à Beit Horon le 25 janvier 2016 (Crédit : Yonathan Sindel/Flash 90)
Scène de l’attaque au couteau à Beit Horon le 25 janvier 2016 (Crédit : Yonathan Sindel/Flash 90)

C’était Tu B’shevat – une sorte de fête des arbres juives – et, en même temps, des douzaines d’enfants auraient dû se trouver dans ce parc, plantant des arbres pour la fête. Mais ils n’étaient pas là. Cette activité avait été annulée car la météo prévoyait des chutes de neige – cette neige qui n’est finalement jamais tombée.

Si Al’an et Abu Ghosh avaient fait leur apparition au sein de l’implantation dès 16 heures 30, ils auraient trouvé les enfants hors de l’école. Mais cela n’a pas été le cas. Ils auraient apparemment été retardés par le sol mouillé, glissant à cause des pluies récentes.

Les bombes artisanales qu’ils avaient apportées avec eux n’avaient pas non plus fonctionné correctement, dit Tayar.

Les habitants citent ces éventualités et ce qui est finalement advenu pour justifier leurs appels en faveur d’une sécurité supplémentaire.

Mais Beit Horon est dans une position étrange. La petite et étroite implantation de seulement un peu plus de 1 200 personnes côtoie la Route 443 qui relie Jérusalem à Modiin. Elle est située en Cisjordanie mais du “côté israélien” de la barrière de sécurité qui entoure une grande partie de la Cisjordanie.

Beit Horon en 2010 (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israel)
Beit Horon en 2010 (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israel)

Et donc, tandis que sa sécurité relève – au niveau technique – du ministère de la Défense (ainsi que toutes les autres implantations cisjordaniennes), en pratique, dans la mesure où la barrière de sécurité a été montée pendant la Deuxième intifada, ce sont la police israélienne et le ministère de la Sécurité intérieure qui ont la responsabilité de protéger Beit Horon.

Avant que la barrière de sécurité ne soit montée, des soldats de l’armée israélienne gardaient l’implantation. Ensuite, des agents frontaliers ont pris leur place. Mais ces postes ont été supprimés il y a deux ans approximativement, explique Efi Gilad, du bureau des représentants de Beit Horon.

Sa position du « côté israélien de la barrière » n’a pas empêché la zone d’être frappée par le terrorisme. Avant l’assassinat de Krigman, un soldat israélien avait également été poignardé à mort dans une station-service avoisinante.

Les jets de cocktail Molotov et de pierres sont fréquents le long de l’autoroute 443.

La barrière de sécurité à proximité de l'implantation de Beit Horon sur la Route 443 (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
La barrière de sécurité à proximité de l’implantation de Beit Horon sur la Route 443 (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Beit Horon paie ses propres gardiens -— Ehsan, qui travaillait la nuit de l’attaque à l’arme blanche et qui a tiré sur les deux terroristes, les blessant à mort. Mais suite à l’attaque, les résidents se sont tournés vers le gouvernement, demandant qu’il leur apporte une aide sécuritaire supplémentaire.

Suite à de longues discussions, le ministère de la Défense a accepté de prendre en charge les frais inhérents à l’embauche d’un gardien supplémentaire à Beit Horon à partir du 27 janvier, indique Gilad.

‘Nous nous sommes battus pour ça. Nous avons obtenu un engagement. Nous espérons seulement que le gouvernement le tiendra’

Mais à la fin du mois de janvier, le ministère a reporté la date convenue au 1er mars.

A la mi-février, explique Gilad, les habitants ont redouté que cette date soit encore une fois ajournée.

« Nous nous sommes battus pour ça. Nous avons obtenu un engagement. Nous espérons seulement que le gouvernement le tiendra », a-t-il déclaré.

Interrogé sur ce gardien, le ministère de la Défense a renvoyé le Times of Israel vers le commandement central de l’armée israélienne qui a déclaré que « le poste sera pourvu le mois prochain ».

En même temps, les habitants de Beit Horon ont tenté de trouver « toutes les manières possibles » d’obtenir le passage de patrouilles à proximité de l’implantation.

Ils ont « mis à disposition des rafraîchissements et des soupes » afin d’inciter les unités militaires de la zone à s’arrêter dans l’implantation, dit Gilad.

Les habitants ont également demandé au ministère l’installation de caméras de sécurité sur la section de route aux abords de l’implantation. Des centaines de caméras ont d’ores et déjà été disposées le long de l’autoroute 443.
Cette demande a été rejetée, ajoute Gilad.

Le ministère de la Défense, interrogé sur ce refus, a une fois encore renvoyé le Times of Israel aux autorités militaires. L’armée a indiqué ne pas avoir eu connaissance de la demande – ce qui est compréhensible dans la mesure où elle a été soumise au ministère.

La protection du jardin d’enfants

En plus d’un gardien pour l’implantation, les habitants ont également cherché à renforcer la sécurité sur le lieu de l’attentat lui-même : au jardin d’enfants.

Pendant des années, le jardin d’enfants avait été installé dans la partie nord de l’implantation où il était entouré d’autres habitations.

Il y a environ deux ans, toutefois, Beit Horon a fait construire une bâtisse permanente pour l’école, le long d’une petite parcelle de terrain au point le plus étroit de l’implantation coincé entre un oued et la route principale, qui court le long de la barrière de sécurité de Cisjordanie.

L’arrière du jardin d’enfants se situe directement contre la barrière qui entoure l’implantation.

L'école maternelle de Beit Horon. Dans le jardin adjacent à l'école, Shlomit Krigman a été poignardée à mort et une femme a été grèvement blessée. Photo prise le 1er février 2016 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
L’école maternelle de Beit Horon. Dans le jardin adjacent à l’école, Shlomit Krigman a été poignardée à mort et une femme a été grèvement blessée. Photo prise le 1er février 2016 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Gilad et d’autres parents de l’implantation ont demandé au ministère de la Défense d’étendre la barrière qui entoure l’école.

Cela nécessiterait le coût de la main d’oeuvre uniquement, car il reste du matériel (poteaux, panneaux et fils barbelés) qui avait été abandonné par les militaires lors des travaux réalisés sur la barrière.

« C’est déjà là », dit Gilad.

C’est le cas, au sens propre. Ces matériaux sont empilés et enroulés à l’extérieur de l’école.

Depuis l’attentat terroriste de l’année dernière, le gardien chargé de la sécurité de l’établissement a été payé par le Conseil régional de Binyamin local. Mais depuis le début, il avait été décidé que cet accord ne durerait qu’un an, selon Gilad.

Il reste encore des rouleaux entiers de fil de fer barbelé qui avaient été utilisés pour renforcer la barrière de sécurité à proximité du jardin d'enfants de l'implantation Beit Horon, près de Jérusalem, où Shlomit Krigman avait été poignardée à mort un an auparavant. Photo prise le 12 février 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Il reste encore des rouleaux entiers de fil de fer barbelé qui avaient été utilisés pour renforcer la barrière de sécurité à proximité du jardin d’enfants de l’implantation Beit Horon, près de Jérusalem, où Shlomit Krigman avait été poignardée à mort un an auparavant. Photo prise le 12 février 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Cette année est terminée mais le conseil local paie encore le gardien les jours d’école. Pour Gilad, ce n’est qu’un sursis.

Ensemble, le ministère de l’Education et la police israélienne sont les responsables de la sécurité à l’école. Selon leurs règlements, toute institution accueillant plus de 100 élèves a le droit d’avoir un gardien.

Il y a environ 120 élèves au jardin d’enfants de Beit Horon mais ils sont répartis dans deux bâtiments, qui sont environ à 300 mètres l’un de l’autre. Et donc, aux yeux de la police, Beit Horon a deux institutions avec 60 élèves chacun au lieu d’un seul avec 120 élèves.

Gilad, qui a travaillé avec le ministère de l’Education et la police sur cette question, indique qu’il s’agit tout simplement de désigner les deux bâtiments comme faisant partie de la même entité.

« Ce n’est qu’une question de bureaucratie », dit-il.

La police a refusé de commenter les demandes faites par les habitants.

« Nous n’avons pas de problème à nous protéger nous-mêmes », dit Gilad. « Nous avons une équipe d’urgence mais parfois, je dois aller travailler pour gagner ma vie. Et c’est à ce moment-là que le gouvernement devrait intervenir ».

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