Un ancien chef du Mossad accuse Netanyahu d’avoir compliqué les opérations
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Un ancien chef du Mossad accuse Netanyahu d’avoir compliqué les opérations

Efraim Halevy dénonce les auto-congratulations du Premier ministre et plaisante sur le fait qu'il se soit presque comparé à Dieu dans un récent discours

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

L'ancien chef du Mossad Efraim Halevy lors d'une conférence en l’honneur de son successeur, Meir Dagan, à Netanya, le 9 juin 2021. (Crédit : Tamir Bargig / Netanya Academic College)
L'ancien chef du Mossad Efraim Halevy lors d'une conférence en l’honneur de son successeur, Meir Dagan, à Netanya, le 9 juin 2021. (Crédit : Tamir Bargig / Netanya Academic College)

Mercredi, un ancien dirigeant du Mossad, les services de renseignement israéliens, a vivement critiqué le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu, l’accusant d’avoir mis en péril la sécurité nationale au profit de son auto-glorification.

Efraim Halevy, qui a dirigé l’agence de renseignements sous Netanyahu dans les années 1990 mais qui est depuis devenu un ardent critique à son égard, a déclaré que le penchant du Premier ministre à discuter ouvertement des questions de renseignement – en rupture avec la politique d’ambiguïté de ses prédécesseurs – avait compliqué l’organisation d’assassinats ciblés secrets par le Mossad.

« J’espère que tout Premier ministre – quelqu’il soit – saura servir de boussole pour le pays et sa sécurité, et qu’il remplira sa fonction
historique », a déclaré Halevy, s’exprimant lors d’une conférence en l’honneur de Meir Dagan, l’un de ses successeurs au Mossad.

Halevy a régulièrement critiqué Netanyahu pour avoir parlé de façon trop ouverte et publique des questions de sécurité nationale, en particulier de celles liées aux opérations d’Israël contre l’Iran. Halevy et d’autres anciens dirigeants des services de renseignement israéliens ont déclaré au fil des ans que la façon dont Netanyahu abordait la question servait ses intérêts personnels et se faisait au détriment de la liberté d’opération du Mossad.

« Pendant le deuxième mandat de Benjamin Netanyahu [en tant que Premier ministre], une nouvelle relation s’est développée avec le chef du Mossad et la façon de communiquer au sujet de questions sensibles a changé. Avec ses actions, Netanyahu a intentionnellement affaibli la politique d’ambiguïté à laquelle ses prédécesseurs se tenaient », a déclaré Halevy.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant la cérémonie pour renommer le réacteur nucléaire de Dimona d’après l’ancien président Shimon Peres, le 29 août 2018. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

L’ancien chef des renseignements, qui a également été conseiller à la sécurité nationale au début des années 2000 et qui a occupé divers autres postes de haut niveau dans la Défense et la diplomatie, a rappelé spécifiquement un incident survenu en 2018. Alors qu’il s’exprimait devant le réacteur nucléaire israélien secret de Dimona, Netanyahu a menacé clairement l’Iran et fait allusion aux capacités militaires d’Israël.

« Netanyahu a fait des remarques claires au sujet de l’Iran lors d’une intervention filmée au réacteur nucléaire de Dimona. Ce message à Téhéran était nouveau et ne laissait pas planer de doute. Au fil du temps, ses remarques ont causé des problèmes pour le Mossad au sujet des assassinats secrets, et j’admets que je n’ai pas tout compris », a déclaré Halevy.

L’ancien directeur du Mossad a également noté que Netanyahu avait mis fin à la tradition des services de renseignement d’organiser une modeste cérémonie annuelle à la résidence présidentielle venant saluer les services exceptionnels de ses membres, la remplaçant par une grande réception lors de laquelle il distribuait des médailles d’honneur.

« Lors de la dernière cérémonie des médailles d’honneur qui a eu lieu il y a quelques semaines, le Premier ministre a tenu un discours mettant l’accent sur le rôle central qu’il a joué lors d’opérations spéciales, qu’il a approuvées. Il s’est exprimé au sujet de la difficulté d’approuver ces opérations audacieuses, et a affirmé que cela est devenu plus difficile d’année en année. Le discours traitait du courage croissant du Premier ministre… qui mènerait seul un combat historique pour sauver Israël », a déclaré Halevy d’un ton sarcastique.

« Cela m’a conduit à me souvenir d’un passage du seder de Pessah : ‘Dans chaque génération, ils se lèvent contre nous pour nous détruire ; et le Saint, béni soit-Il, nous sauve de leurs mains », a-t-il ajouté avec ironie.

Halevy est l’un des nombreux anciens responsables de la Défense qui ont critiqué ces dernières années le Premier ministre, qui devrait normalement quitter ses fonctions dimanche après le vote de confiance au nouveau gouvernement érigé par Yair Lapid et Naftali Bennett.

David Barnea, nouveau directeur du Mossad, a succédé à Yossi Cohen le 1er juin dernier.

De gauche à droite : David Barnea, Benjamin Netanyahu et Yossi Cohen, lors de la passation de pouvoir entre l’ancien chef du Mossad et le nouveau que le Premier ministre a nommé le 24 mai 2021. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

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