Un travailleur indépendant sur 5 au chômage, 65 % face à une perte de revenus
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Un travailleur indépendant sur 5 au chômage, 65 % face à une perte de revenus

La moyenne de la perte de revenu est de 44% ; 35% des salariés ont eu une baisse de rémunération ; les foyers défavorisés sont les plus touchés par l'impact du virus

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Des passantes devant un magasin vide de Tel Aviv, le 11 août 2020 (Crédit : Flash90)
Des passantes devant un magasin vide de Tel Aviv, le 11 août 2020 (Crédit : Flash90)

Un travailleur indépendant sur cinq, en Israël, n’a plus de travail et 65 % de personnes, dans cette catégorie de la population, ont subi une perte de revenu dans le sillage de l’épidémie de coronavirus, selon une enquête publiée jeudi par l’Institut israélien de la démocratie IDI), un think-tank.

Les chiffres ont également révélé qu’au mois de juin, 13,5 % des salariés – soit environ 550 000 personnes – étaient sans travail en résultat direct de la pandémie.

Dans l’ensemble, ce sont les foyers disposant des revenus les plus bas qui ont été les plus touchés. Plus de la moitié des personnes interrogées ont dit avoir connu une perte de revenu dans le contexte de la crise économique entraînée par le coronavirus.

« Les conclusions de l’enquête mettent en lumière le coup sévère porté par la crise sanitaire à l’économie israélienne ainsi qu’à un très grand nombre de citoyens israéliens », a noté dans un communiqué l’Institut.

« Certains groupes ont été frappés plus durement que d’autres : Par exemple, les auto-entrepreneurs, si on les compare aux employés salariés. Mais c’est aussi le cas des personnes ayant des niveaux d’éducation inférieurs ou des revenus inférieurs en comparaison avec celles qui disposent de ressources bien plus importantes », a noté le communiqué.

Selon l’enquête, 20 % des autoentrepreneurs ont été dans l’obligation d’arrêter temporairement leur activité (14,4 %) ou de baisser complètement le rideau
(5,4 %).

Il y avait 100 000 autoentrepreneurs sans travail au mois de juin, précise l’enquête.

Parmi les salariés, 5,5 % étaient sans activité professionnelle et 8 % étaient placés en congé sans solde forcé – pour un total de 550 000 chômeurs pour cause de crise du coronavirus.

Rassemblés, les chiffres montrent que 650 000 personnes ont perdu leur emploi en raison de la pandémie.

En ajoutant ce chiffre à celui des Israéliens qui étaient d’ores et déjà au chômage avant l’apparition de l’épidémie, l’enquête de l’IDI estime le nombre de sans-emploi, au mois de juin, à 788 000 – ou 19,3 %.

Un homme portant un masque passe devant une affiche montrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de la Défense et Premier ministre d’alternance Benny Gantz, à gauche, avec les chiffres du chômage de ce moment-là à Tel Aviv, le 22 juillet 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Environ 82 % des autoentrepreneurs et 86 % des salariés travaillaient au mois de juin. 42 % des autoentrepreneurs travaillaient toutefois à temps partiel, contre 17% parmi les salariés.

Les deux secteurs ont subi une perte de revenus. La moyenne de cette perte est de 44 % chez les autoentrepreneurs et de 26 % chez les employés salariés.

Les jeunes travailleurs ont été davantage touchés que leurs aînés : La catégorie des 18-24 ans a rapporté une chute de 53 % de ses revenus contre 34 % pour la moyenne de l’ensemble des Israéliens.

« Ce sont les foyers défavorisés qui ont été touchés le plus durement », a estimé l’Institut de la démocratie israélienne. « Le pourcentage établissant la perte de revenu est plus élevé parmi les populations défavorisées, comme c’est également le cas des groupes présentant des niveaux inférieurs d’études et de qualifications ».

Parmi les foyers dotés d’un revenu allant jusqu’à 5 000 shekels, 54 % ont fait état d’une perte de revenu. Et plus ce dernier était élevé à la base, plus mesurée a été la baisse de revenus, indiquent les chiffres : Ainsi pour les ménages avec 5 000 à
10 000 shekels de revenus (49 %), de 10 000 à 15 000 shekels (32 %) de 15 000 à 25 000 shekels (24 %), et plus de 25 000 shekels (25 %).

S’agissant de traverser la tempête entraînée par la pandémie, 62 % des personnes interrogées ont déclaré avoir suffisamment de ressources pour pouvoir vivre encore pendant quelques temps – c’est presque le même chiffre qui avait été transmis dans un sondage qui avait été effectué au cours du mois de mars et du mois d’avril.

Ainsi, parmi les personnes qui disent avoir les moyens d’affronter l’orage, 40 % ont indiqué pouvoir encore vivre pendant deux mois et 60 % plus longtemps encore.

Mais 22 % ont noté ne pas avoir d’argent leur permettant de vivre, un chiffre qui grimpe à 33 % chez les ultra-orthodoxes.

Comptes bancaires à découvert, prêts

L’étude a également déterminé que 37 % des employés salariés et 45 % des autoentrepreneurs étaient à découvert – ou présentaient déjà des découverts qui n’ont fait qu’augmenter suite à l’épidémie. Ce sont les Arabes israéliens qui sont le plus touchés, avec 55 % d’entre eux qui ont confié avoir un compte bancaire à découvert contre 33 % de la population juive.

Parmi ceux qui ne travaillent pas, plus de la moitié – 56 % – sont à découvert et
47 % se sont endettés ou ont augmenté leur déficit suite à la crise du coronavirus.

18 % ont souscrit un prêt. Parmi les auto-entrepreneurs, 28 % ont dû emprunter de l’argent, contre 16% des salariés. Sur ceux qui se sont endettés, 42 % ont été dans l’obligation de réclamer un prêt.

Cette enquête s’est basée sur des données concernant des Israéliens qui travaillaient avant le début de la crise de la COVID-19 – une période que l’Institut de la démocratie israélienne a fixé au début des mesures de confinement, fin mars. Réalisée entre le 7 et le 11 juillet, cette enquête a servi de suivi à un sondage similaire qui avait été réalisé aux mois de mars et avril. Sur les 757 personnes qui ont été interrogées, 69 % avaient également pris part à l’enquête précédente, a noté l’IDI.

« La COVID-19 a porté un coup sévère à l’économie israélienne – et elle continue de le faire – ainsi qu’à un très grand nombre de citoyens israéliens, et c’est là l’une des préoccupations au cœur des mouvements de protestation et des manifestations qui dénoncent le gouvernement dans tout le pays », a évalué l’IDI.

L’enquête a été menée par le Centre pour la gouvernance et l’économie de l’Institut de la démocratie israélienne, en coopération avec le Centre Guttman.

Au cours des dernières semaines, des rassemblements bihebdomadaires ont été organisés aux abords de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, appelant le chef du gouvernement Benjamin Netanyahu à démissionner en raison de sa gestion de l’épidémie de coronavirus et de ses mises en examen pour corruption.

Des manifestants contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 8 août 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)

Israël avait mis en place un confinement à la mi-mars qui avait presque immobilisé l’économie et qui avait fait grimper les chiffres du chômage à plus d’un million – ou 26 % – d’Israéliens, le chiffre le plus élevé jamais enregistré dans l’histoire du pays. Les mesures de restriction ont été petit à petit levées mais le pays a depuis connu une nette hausse du nombre d’infections à la maladie.

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