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Un cheikh connu pour sa visite à Auschwitz prononce le principal sermon du Hajj

Cheikh Mohammed al-Issa est connu pour son travail de dialogue interreligieux ; pour un analyste israélien, le choix d'un "imam sioniste" par les Saoudiens est un "signe important"

Le Dr. Mohammed bin Abdul Karim al-Issa, chef de la Ligue mondiale musulmane, prend la parole à la mosquée Nimrah à La Mecque pendant le pèlerinage annuel du Hajj, le 8 juillet 2022. (Crédit : SPA - Agence de presse de l'État saoudien)
Le Dr. Mohammed bin Abdul Karim al-Issa, chef de la Ligue mondiale musulmane, prend la parole à la mosquée Nimrah à La Mecque pendant le pèlerinage annuel du Hajj, le 8 juillet 2022. (Crédit : SPA - Agence de presse de l'État saoudien)

Un responsable religieux connu pour avoir visité Auschwitz et pour son engagement dans le dialogue interreligieux a prononcé le principal sermon du pèlerinage annuel du Hajj à la mosquée Nimrah, sur le mont Arafat, près de La Mecque, vendredi. La tâche lui avait été confiée, en début de semaine dernière, par le dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed ben Salman.

Selon Ehud Yaari, analyste des affaires arabes de la Douzième chaîne, la décision de confier cet honneur au cheikh Dr. Mohammed ben Abdul Karim al-Issa, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM), est « un signe significatif » de la part de l’Arabie saoudite concernant son attitude vis-à-vis de la normalisation avec Israël. Yaari a déclaré qu’Al-Issa, qui a invité des rabbins à venir en Arabie saoudite et qui s’est lui-même rendu à l’université Yeshiva de New York, est connu dans le pays comme « l’imam sioniste ».

Ce discours a été prononcé quelques jours avant la visite du président américain Joe Biden en Israël et en Arabie saoudite cette semaine, et alors même que des rumeurs croissantes et persistantes laissent entendre que ce voyage pourrait être l’occasion d’un nouveau réchauffement des liens entre les deux pays. Jérusalem et Riyad n’ont pas de relations officielles, mais semblent se rapprocher sur fond de préoccupations communes à l’égard de l’Iran.

Dans son sermon de vendredi, Al-Issa a évoqué les cinq piliers de l’islam et il a appelé à l’acceptation, à l’harmonie et à la compassion. Il a déclaré que les enseignements de l’islam étaient strictement humanitaires, « dont les normes ne sont pas compromises et dont les fondements ne sont pas altérés », selon la Saudi Gazette, qui a publié l’intégralité du discours.

« Parmi les valeurs enseignées par l’islam, il y a l’évitement de tout ce qui mène à la dissension, à l’animosité ou à la division, et il y a la nécessité de veiller à ce que nos interactions soient dominées par l’harmonie et la compassion », a-t-il déclaré.

« L’islam a un esprit global dont la bonté s’étend à toute l’humanité », a ajouté Al-Issa, ancien ministre saoudien de la Justice.

Des pèlerins musulmans se déplacent pour accomplir la prière du vendredi à la mosquée Nimrah à Arafat, au deuxième jour du pèlerinage annuel du Hajj, près de la ville sainte de La Mecque, en Arabie saoudite, le 8 juillet 2022. (Crédit : AP/Amr Nabil)

« Chacun parmi vous doit aimer ce qui est bon pour tous les autres, et s’efforcer de fondre son cœur dans celui des autres », a-t-il poursuivi.

Les prières sur le mont Arafat marquent l’apogée du pèlerinage annuel, qui a rassemblé cette année un million de personnes, dont 850 000 étrangers. Le Hajj, qui est généralement l’un des plus grands rassemblements religieux annuels au monde, fait partie des cinq piliers de l’islam et doit être accompli par tous les musulmans qui en ont les moyens au moins une fois dans leur vie.

Al-Issa s’est beaucoup investi dans les activités interconfessionnelles, en particulier dans un travail de sensibilisation auprès des communautés juives, et il s’est prononcé contre l’antisémitisme.

Une vue aérienne montre des pèlerins musulmans se rassemblant au sommet du Mont Arafat, également connu sous le nom de Jabal al-Rahma (Mont de la Miséricorde), au sud-est de la ville sainte de La Mecque, au point culminant du pèlerinage du Hajj, le 8 juillet 2022. (Crédit : AFP)

Al-Issa avait été salué par Israël lorsqu’il avait emmené une délégation musulmane au mémorial d’Auschwitz-Birkenau en Pologne, en janvier 2020, aux côtés du PDG de l’American Jewish Committee (AJC), David Harris.

« Être ici, parmi les enfants des survivants de l’Holocauste et les membres des communautés juive et musulmane, est à la fois un devoir sacré et un profond honneur », avait déclaré Al-Issa lors de sa visite. « Les crimes inadmissibles dont nous sommes témoins aujourd’hui sont véritablement des crimes contre l’humanité. C’est une atteinte contre nous tous, un affront fait à tous les enfants de Dieu. »

Une délégation interconfessionnelle à Auschwitz, dont le chef de la Ligue mondiale musulmane Mohammed al-Issa, au centre-droit avec un couvre-chef blanc, le 23 janvier 2020. (Crédit : Yaakov Schwartz/Times of Israel)

Le cheikh a également pris part à un événement à l’Université Yeshiva de New York en octobre dernier, intitulé « Juifs et musulmans : A Look Toward the Future », au cours duquel il a partagé la scène avec le président de l’université, le rabbin Dr. Ari Berman.

« Nous pouvons avoir des différences, mais nous devons nous aimer les uns les autres et nous rassembler », a déclaré al-Issa aux personnes présentes, avec l’aide d’un traducteur.

Lorsque le rabbin lui a demandé pourquoi un tel événement interconfessionnel n’avait pas été organisé plus tôt, le cheikh a répondu en plaisantant qu’il n’avait « pas reçu d’invitation auparavant ».

En 2019, le cheikh avait pris la parole lors d’un événement à la synagogue Park East de New York, aux côtés du rabbin Arthur Schneier, président de la Fondation Appeal of Conscience, une organisation interconfessionnelle de premier plan. Les deux hommes avaient alors convenu de coordonner les efforts de la LIM et de l’Appeal of Conscience Foundation pour protéger les sites religieux et les fidèles, toutes religions confondues, contre les attaques violentes.

Le Dr. Mohammad Abdul Karim Al-Issa, secrétaire général de la LIM, qui effectue sa toute première visite dans une synagogue américaine, s’exprime à la synagogue Park East de New York sous le regard du rabbin Arthur Schneier, président et fondateur de la Fondation Appeal of Conscience, rabbin principal de la synagogue et survivant de la Shoah, le lundi 29 avril 2019. (Crédit : Diane Bondareff/AP Images for Appeal of Conscience Foundation)

Le sermon d’Al-Issa vendredi est intervenu alors que les informations sur les liens croissants entre l’Arabie saoudite et Israël vont bon train. Le ministre de la Défense, Benny Gantz a même fait allusion à une possible « percée » lors de la prochaine visite du président américain Joe Biden.

Joe Biden devrait atterrir en Israël le 13 juillet pour une visite de deux jours, avant de s’envoler pour l’Arabie saoudite. Il a récemment déclaré que l’un des objectifs de son voyage serait « d’approfondir l’intégration d’Israël dans la région », ce qui a suscité des spéculations quant à une éventuelle normalisation des relations avec l’État du Golfe.

Malgré les espoirs de liens officiels, les analystes ont déclaré que la normalisation avec Israël ne sera pas possible tant que le roi Salman, 86 ans, régnera.

Les accords d’Abraham, une déclaration de paix conjointe initialement signée le 15 septembre 2020, avaient officiellement normalisé les relations diplomatiques entre Bahreïn, les Émirats arabes unis et Israël. En décembre 2020, le Maroc et Israël avaient signé un accord de normalisation, établissant des relations diplomatiques complètes. Puis, en janvier 2021, le Soudan avait, lui aussi, signé les accords, déclarant symboliquement son intention de faire progresser la normalisation avec Israël.

Le président Donald Trump, au centre, avec, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Khalid ben Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, Trump, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah ben Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, à Washington, le 15 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

Jeudi, les médias israéliens ont rapporté que le gouvernement somalien s’apprêtait à consulter le parlement sur la possibilité d’établir des relations diplomatiques avec Israël.

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