Un député arabe démissionne pour protester contre la loi de l’Etat-nation
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Un député arabe démissionne pour protester contre la loi de l’Etat-nation

Zouheir Bahloul a remis sa lettre de démission 3 mois après avoir annoncé qu'il ne pouvait pas cautionner une loi discriminatoire, empochant 100 000 shekels durant les congés d'été

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Zouheir Bahloul (à droite) remet sa lettre de démission au président de la Knesset Yuli Edelstein, le 16 octobre 2018. (Crédit : Knesset)
Zouheir Bahloul (à droite) remet sa lettre de démission au président de la Knesset Yuli Edelstein, le 16 octobre 2018. (Crédit : Knesset)

Le député de l’Union sioniste a officiellement démissionné de la Knesset mardi, trois mois après avoir annoncé qu’il quitterait son poste en signe de protestation contre la loi sur l’Etat-nation récemment adoptée, qui, dit-il est discriminatoire contre la minorité arabe israélienne.

Le député arabe israélien a rencontré le président de la Knesset Yuli Edelstein pour lui remettre sa lettre de démission, au lendemain de la rentrée parlementaire pour la session d’hiver.

Bahloul a annoncé sa démission en direct à la télévision durant une interview avec Hadashot au mois de juillet après l’adoption d’une loi qu’il a décrite comme « raciste et extrême’, la loi sur l’Etat-nation adoptée quelques jours auparavant par la Knesset.

« Je ne peux pas rester neutre, je vais devoir répondre à mes petits-enfants qui me demanderont ce que j’ai fait et je leur dirais ‘j’ai démissionné à cause de cette loi qui aurait du faire monter au créneau tous les Israéliens, et on se demande pourquoi cela n’a pas été le cas' », avait déclaré Zouheir Bahloul en juillet.

Zouheir Bahloul, député arabe de l’Union sioniste, à la Knesset, le 5 décembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Interrogé sur l’aspect drastique de sa décision, Bahloul, ancien commentateur sportif, a déclaré que « ce qui est drastique, c’est la loi sur l’Etat-nation qui, officiellement, constitutionnellement, écarte la population arabe des mesures égalitaires en Israël ».

Bahloul n’a pas donné davantage d’explications après son entretien de mardi avec Edelstein.

Il n’a également pas souhaité expliquer pourquoi il a décidé de ne démissionner qu’après les congés d’été de la Knesset. Ce choix lui a permis d’engranger plus de 100 000 shekels aux frais du contribuable, sur la base du salaire mensuel d’un député, qui s’élève à 41 432 shekels.

La loi sur l’État-nation adoptée par la Knesset en juillet consacre Israël en tant que « foyer national du peuple juif » et stipule que « le droit d’exercer l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif ». Elle a été vivement critiquée par les minorités, par l’opposition, par la communauté internationale et par les groupes juifs à l’étranger.

Les dirigeants druzes israéliens, dont trois députés, ont déposé des pétitions à la Cour suprême contre cette loi, qu’ils jugent « extrême » et discriminatoire contre les minorités du pays. Dimanche, ils ont soumis une proposition d’amendement à la loi, qui reconnait que la « contribution unique à Israël » de la communauté druze.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre Sheikh Muafak Tariff, leader spirituel de la communauté druze d’Israël, le ministre des communications Ayoub Kara, à gauche, et d’autres leaders druzes à son bureau de Jérusalem pour évoquer la loi sur l’Etat-nation, le 27 juillet 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Les partisans de la loi sur l’Etat-nation assurent qu’elle place les valeurs juives et démocratiques sur un pied d’égalité. Ses détracteurs, en revanche, rétorquent qu’elle discrimine les Arabes israéliens et autres communautés minoritaires.

La loi déclare également que Jérusalem est la capitale d’Israël, fait du calendrier hébraïque le calendrier officiel de l’Etat, et reconnaît Yom HaAtsmaout, Yom HaZikaron et les fêtes juives comme jours fériés. Une clause rétrograde la langue arabe à un « statut spécial’, mais stipule que « cette cause n’affecte pas le statut octroyé à la langue arabe avant l’entrée en vigueur de cette loi ».

Bahloul sera remplacé par l’ancien député Moshe Mizrahi, qui a été chef de l’unité de criminalité de la police nationale avant d’être élu à la Knesset en 2013. Il a perdu son siège lors des élections de 2015.

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