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Un juge s’oppose à l’interdiction du mont du Temple à des mineurs juifs venus prier

Le cabinet du Premier ministre insiste sur le fait que le statu quo ne changera pas ; les policiers disent que la déclaration a été prise hors contexte ; le parquet va faire appel

Un groupe de juifs ultra-orthodoxes prient près du Dôme du Rocher, où officiellement, la prière juive est interdite sur le mont du Temple, le 18 juin 2018. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ Times of Israel)
Un groupe de juifs ultra-orthodoxes prient près du Dôme du Rocher, où officiellement, la prière juive est interdite sur le mont du Temple, le 18 juin 2018. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ Times of Israel)

Une décision quasi sans précédent a été rendue lundi par le tribunal de première instance de Jérusalem en faveur de trois adolescents juifs à qui l’on avait interdit à titre temporaire l’accès à l’enceinte du mont du Temple, à Jérusalem, après qu’ils se sont prosternés et ont récité la prière du « Shema Yisrael » sur le lieu de tensions.

En priant sur le site, les adolescents ont violé un accord informel de longue date, le fameux statu quo, qui stipule que les Juifs sont autorisés à visiter le site mais pas à y prier.

Dans sa décision de dimanche, le juge Zion Saharay a déclaré qu’il ne considérait pas le fait de s’incliner et de réciter une prière comme un motif suffisant pour restreindre la liberté de culte, par crainte que cela ne provoque des troubles sur le site.

Le juge Saharay a également cité le chef de la police, Kobi Shabtai, qui avait déclaré en mai dernier que les policiers garantiraient la liberté de religion de « tous les résidents du pays et des territoires » sur ce lieu saint, souvent théâtre de tensions.

Mais des sources au sein de la police ont déclaré plus tard dimanche que le juge avait déformé les commentaires de Shabtai afin d’appuyer sa décision. Et le procureur d’État a déclaré qu’il ferait appel de cette décision.

En réponse à ce verdict, et à ses conséquences potentiellement incendiaires étant donné la sensibilité du lieu saint contesté, le bureau du Premier ministre a publié une déclaration inhabituelle précisant qu’aucun changement n’était prévu dans le statu quo sur le mont du Temple, qui abrite la mosquée Al Aqsa.

« Il n’y a aucun changement, et aucun changement n’est prévu, concernant le statu quo sur le mont du Temple », indique le communiqué. « La décision du tribunal de première instance porte exclusivement sur la question relative aux agissements des mineurs qui lui ont été présentés, et ne constitue pas une décision à portée plus générale concernant la liberté de culte sur le mont du Temple ». En ce qui concerne l’affaire pénale spécifique en question, le gouvernement a été informé que l’État déposera un appel devant le tribunal de district. »

L’accord du statu quo s’est effiloché ces dernières années, avec les visites et les prières régulières de groupes de Juifs, y compris de nationalistes religieux radicaux, sur le site. Le gouvernement israélien affirme néanmoins qu’il est déterminé à maintenir le statu quo, même si certaines informations indiquent qu’il ferme les yeux sur les Juifs qui viennent prier sur le site.

Les précédentes décisions de justice ou déclarations de responsables politiques menaçant de violer le statu quo sur le site ont souvent entraîné des affrontements avec les Palestiniens et une condamnation internationale, notamment de la part des acteurs régionaux tels que la Jordanie et la Turquie. En 2000, la visite du site par Ariel Sharon, alors chef de l’opposition, a été l’un des catalyseurs de la deuxième Intifada. L’année dernière, les changements perçus dans le statu quo ont été parmi les principales causes d’une guerre de 11 jours à Gaza.

La semaine prochaine, une « marche du drapeau » nationaliste, dont le passage dans le quartier musulman de Jérusalem a été approuvée, risquant de raviver les tensions dans et autour du mont du Temple, après un mois tendu marqué par des affrontements quasi quotidiens sur le site.

Citant le chef de la police Shabtai dans sa décision, le juge Saharay a écrit qu’une « déclaration publique faite par le chef de la police qui suggère clairement que tous les résidents du pays sont autorisés à entrer sur le mont du Temple et à y prier est une invitation pour toute personne souhaitant le faire, à y aller ».

Le chef de la police, Kobi Shabtai, assiste à une cérémonie en l’honneur des forces de l’ordre israéliennes, à la Knesset à Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le juge a noté que « dans ces conditions… Lorsque les appelants se comportent conformément à l’appel public du commissaire de police et selon la loi sur la protection des lieux saints, ils ne peuvent pas être accusés d’avoir commis une infraction pénale ».

Saharay est allé plus loin, critiquant la police pour avoir limité l’accès des adolescents au site. « Cela constitue une atteinte disproportionnée à leur liberté de mouvement, qui est un droit constitutionnel fondamental », a déclaré le juge.

Le juge a toutefois souligné que la décision ne porte que sur la possibilité de délivrer aux suspects une ordonnance restrictive leur interdisant de retourner sur le Mont du Temple. Elle ne détermine en rien l’autorisation de la prière juive en général sur le mont du Temple.

« Cette [décision] ne remet pas en cause le travail de la police en matière de maintien de l’ordre public sur le Mont du Temple, et ne détermine en rien la liberté de culte sur le Mont du Temple. Ces questions ne font en rien partie de la décision », a écrit M. Saharay.

Le jugement a été rendu après que les adolescents concernés ont fait appel d’une décision antérieure du tribunal de première instance de Jérusalem.

L’avocat Nati Rom, qui a déposé la pétition en leur nom, a remercié Saharay et a déclaré qu’il était temps que la police cesse de cibler les citoyens respectueux de la loi.

« Il est grand temps que la police israélienne commence à faire respecter la loi… et à défendre les habitants de Jérusalem, plutôt que de s’occuper de questions ésotériques, tout en violant la liberté de religion des Juifs au mont du Temple », a-t-il déclaré.

Des policiers escortent un groupe de Juifs religieux dans l’enceinte du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 juin 2019. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Selon un rapport de la Douzième chaîne, les responsables de la police ont été choqués d’apprendre la décision de Saharay, affirmant qu’elle pourrait avoir des répercussions dangereuses et accusant le juge de déformer les commentaires de Shabtai.

« La décision du tribunal est basée sur des déclarations faites par le commissaire de police, alors qu’en fait, il ne parlait pas du mont du Temple », aurait déclaré un responsable de la police sous couvert d’anonymat.

« Lorsque le commissaire parle de liberté de culte, il ne fait pas référence au mont du Temple, où le statu quo déterminé par la politique du gouvernement et les décisions de la Haute Cour au fil des ans est maintenu », a ajouté le responsable de la police. « Il s’agit d’un cas d’interprétation erronée de ses propos ».

Le rapport indique que l’accusation fera appel à la décision de Saharay.

Une ordonnance rendue en octobre dernier en faveur d’un juif qui priait en silence sur le mont du Temple a menacé de compromettre le fragile statu quo qui prévaut sur le site en suscitant de vives critiques de la part des autorités musulmanes du pays.

La décision concernait Aryeh Lippo, un homme juif qui s’était vu interdire l’accès au site pendant 15 jours, après avoir été surpris par la police en train d’y prier discrètement.

La décision a toutefois été rapidement révoquée par le tribunal de district de Jérusalem, le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, ayant averti qu’une telle décision pourrait raviver la violence.

Le mont du Temple, connu des musulmans sous le nom de Haram al-Charif, est le site le plus sacré pour les Juifs et le troisième lieu de culte le plus sacré de l’islam. Il s’agit de l’épicentre émotionnel du conflit israélo-palestinien, et les tensions qui y règnent ont contribué à déclencher la guerre de 11 jours à Gaza en mai.

Des Palestiniens affrontent la police israélienne sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 avril 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Un reportage de la Douzième chaîne datant de juillet dernier a suggéré qu’en dépit des tensions répétées sur le site et du statu quo, Israël autoriserait de de manière limitée les prières juives sur le site, la police fermant les yeux. Cette accusation a été a officiellement démentie par la police.

Le mois dernier, pendant la convergence du mois sacré musulman du Ramadan et de la fête juive de la Pâque, le site a été le théâtre d’affrontements quasi quotidiens entre les forces de sécurité israéliennes et des émeutiers palestiniens.

Les tensions accrues dans la capitale ont suscité une réponse sévère de la Jordanie, dont le premier ministre a utilisé un langage inhabituellement hostile pour condamner les « sympathisants sionistes » et ce qu’il a appelé le « gouvernement d’occupation » d’Israël. Le roi Abdallah de Jordanie a critiqué l’État hébreu pour avoir autorisé les pèlerins juifs à pénétrer sur le site et a appelé le gouvernement israélien à respecter « le statu quo historique et juridique ».

La Jordanie soutient depuis longtemps que ses traités avec Israël lui confèrent la garde des lieux saints chrétiens et musulmans de Jérusalem. Israël n’a jamais accepté cette revendication, mais il a néanmoins confié l’administration quotidienne du mont du Temple au Waqf, qui est financé par la Jordanie.

Entre-temps, le député d’extrême droite Itamar Ben Gvir a annoncé dimanche qu’il avait l’intention de se rendre sur le mont du Temple à l’occasion de Yom Yeroushalayim, qui aura lieu la semaine prochaine, en réponse aux menaces proférées par le chef du Hamas Ismail Haniyeh, qui a proféré des menaces à l’encontre d’Israël en raison de la marche nationaliste prévue.

Le politicien d’extrême droite MK Itamar Ben Gvir après avoir visité le Mont du Temple, au Mur occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 31 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Les menaces de l’ennemi ne nous dissuaderont pas d’atteindre le lieu le plus saint du peuple juif. Au contraire, elles nous renforceront et nous aideront à concrétiser la souveraineté d’Israël à Jérusalem », a déclaré M. Ben Gvir dans un communiqué.

Lors d’une visite du site en mars, le politicien extrémiste a qualifié de « terroristes » les autorités musulmanes du Waqf qui administrent les sites religieux du mont, et a déclaré que « quiconque contrôle le mont du Temple contrôle l’État d’Israël. L’ennemi a également compris cela ».

« Le message de ma visite est simple : Je ne me rends pas et je ne plie pas », a-t-il déclaré lors de son bain de foule. « L’État d’Israël ne doit pas céder à ces terroristes qui veulent tous nous assassiner ».

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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