Un officiel syrien impute à Israël et aux US une frappe à la frontière irakienne
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Un officiel syrien impute à Israël et aux US une frappe à la frontière irakienne

Le responsable, cité par les médias d'Etat et le Hezbollah, affirme que la base visée était en chantier et désertée ; 18 Iraniens et alliés auraient été tués

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des combattants irakiens du groupe Hachd al-Chaabi à la frontière syro-égyptienne, le 12 novembre 2018. (Crédit : AHMAD AL-RUBAYE / AFP)
Des combattants irakiens du groupe Hachd al-Chaabi à la frontière syro-égyptienne, le 12 novembre 2018. (Crédit : AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

Un responsable syrien a attribué à Israël et aux Etats-Unis une attaque sur une base appartenant à une milice chiite pro-iranienne en Syrie, près de la frontière irakienne lundi.

L’attaque est survenue avant l’aube sur une base appelée « complexe de l’Imam Ali » dans la région d’al-Bukamal à l’est de la Syrie, près de la frontière irakienne. D’après un observatoire basé à Londres, au moins 18 personnes ont été tuées, dont des combattants iraniens et alliés.

Israël estimait que cette base était un élément clé dans les efforts déployés par Téhéran pour développer un « pont terrestre » permettant à la République islamique de transférer facilement des armes, des combattants et du matériel de guerre depuis l’Iran vers l’Irak, la Syrie et le Liban.

La base appartenait au groupe Hachd al-Chaabi, une coalition paramilitaire de milices en majorité chiites, largement financées par l’Iran.

Un responsable de la milice irakienne en Syrie a affirmé qu’Israël était à l’origine de la frappe et que quatre missiles, tirés par des avions de chasse, ont frappé un poste géré par des tireurs iraniens et des membres du groupe terroriste libanais du Hezbollah.

Le responsable, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat car non autorisé à parler aux médias, a indiqué qu’aucune victime irakienne n’avait été signalée dans cette frappe survenue à 3 kilomètres de la frontière irakienne.

D’après un responsable de la sécurité syrien, cité par Central Military Media, un organe de presse syrien contrôlé par l’Etat, des avions israéliens ont ciblé un camp militaire installé par l’armée syrienne et ses alliés. Il a indiqué que la structure était vide au moment de la frappe, et que celle-ci n’avait fait aucune victime, contrairement aux autres informations rapportées dans les médias.

Le responsable a ajouté que les avions avaient emprunté l’espace aérien jordanien et été « assistées » par les forces américaines stationnées sur la base militaire d’al-Tanf, près de la frontière syro-jordanienne.

Les membres du groupe d’opposition syrien Maghawir al-Thawra reçoivent un entraînement aux armes des soldats des forces spéciales américaines à la base militaire al-Tanf en Syrie, le 22 octobre 2018 (Crédit : AP/Lolita Baldor)

« Nous tenons les Américains et les Israéliens pour responsables de ces actes d’agression, qui ont franchi les lignes rouges », a déclaré le responsable, qui n’a pas été identifié.

Les médias militaires du Hezbollah ont également cité des sources sécuritaires en Syrie accusant Israël d’avoir lancé une attaque, bien que Damas n’ait fait aucune déclaration officielle.

Des organes de presse pro-Iran ont également attribué le bombardement à l’armée israélienne.

Ni Israël, ni la coalition dirigée par Washington, qui mène des frappes aériennes contre des cellules jihadistes dormantes, n’ont commenté l’incident.

Israël, qui s’est toujours dit déterminé à affaiblir l’Iran tant que ce dernier développe des armes qui menacent l’Etat hébreu, a lancé des attaques contre de multiples cibles, et aurait fait monter d’un cran sa campagne contre les forces soutenues par l’Iran en Irak ces derniers mois.

Mardi matin, de nouvelles explosions ont été signalées dans des entrepôts utilisés par le groupe Hachd al-Chaabi, près de la ville irakienne de Hit, dans la province d’Anbar, à 200 kilomètres d’al-Bukamal.

Le complexe d’al-Bukamal a été publiquement identifié comme base contrôlée par l’Iran au début du mois par Fox News, citant des sources du renseignement occidental anonymes.

Selon des images satellites diffusées par une firme privée de renseignement israélienne, au moins huit entrepôts du complexe ont été détruits.

« S’il s’agit effectivement d’une base iranienne, il est probable que la frappe fasse partie de la lutte contre Téhéran pour l’empêcher d’établir un couloir terrestre verre ses alliés en Syrie et vers le Hezbollah au Liban », a écrit la firme d’analyse d’imagerie satellite Image Sat International.

Des images satellites montrant les dégâts après une frappe sur une base iranienne présumée dans la région d’al-Bukamal, en Syrie, le 9 septembre 2019. (Crédit : ImageSat International)

Peu après la frappe, des membres de la milice chiite en Syrie ont lancé plusieurs roquettes sur le mont Hermon, dans le plateau du Golan, depuis la périphérie de Damas, selon l’armée israélienne.

Les projectiles n’ont pas franchi la frontière et ont atterri en territoire syrien.

Ces représailles inhabituelles par la milice pro-Iran semblent montrer que Téhéran a perçu la frappe comme un sérieux coup porté à ses initiatives dans la région.

Selon l’OSDH, les frappes aériennes ont commencé dimanche soir et se sont poursuivies après minuit, touchant 18 Iraniens et combattants pro-Iran et causant d’important dégâts.

Sound and Pictures, un collectif militant de l’est de la Syrie, a fait part d’un bilan plus élevé et indiqué que 21 personnes avaient été tuées et 36, blessées. D’après le collectif, les frappes ont ciblé des positions appartenant aux milices iraniennes et au groupe Hachd al-Chaabi.

Image satellite montrant la construction d’une nouvelle base militaire iranienne dans la région d’Albukamal Al-Qaim en Irak, près de la frontière syrienne. (ImageSat International via Fox News)

Selon ImageSat, les huit entrepôts détruits ont été construits récemment ou étaient encore en construction. Plusieurs structures sont restées intactes après la frappe.

La firme de renseignement israélienne a indiqué que les entrepôts abritaient des munitions et des armes au moment de la frappe.

Depuis mi-juillet, au moins cinq entrepôts d’armes et camps d’entraînement en Irak, appartenant au groupe Hachd al-Chaabi, ont été ciblés par des frappes.

Hachd al-Chaabi a attribué à Israël et aux Etats-Unis ces récentes frappes et le survol de drone sur ses bases.

Le Pentagone, soucieux de ne pas aliéner les dirigeants irakiens et de ne pas mettre en péril sa présence militaire dans le pays, s’est nettement distancé de ces explosions mystérieuses.

De la fumée s’élève après une explosion sur une base militaire au sud-ouest de Bagdad, en Irak, le 12 août 2019. (Crédit : AP Photo/Loay Hameed)

Des responsables américains anonymes ont récemment déclaré que l’armée israélienne était à l’origine de certaines frappes sur des sites liés à l’Iran aux abords de Bagdad.

Selon le reportage de Fox News, la base d’al-Bukamal aurait pu abriter des milliers de soldats et servir d’entrepôt pour des armes sophistiquées. La chaîne câblée américaine a indiqué que la construction de la base militaire est supervisée par la puissante force iranien al-Qods et son commandant Qassem Soleimani.

Les images satellites de la base, diffusées par ImageSat International la semaine dernière, montraient ce qui ressemblait à cinq immeubles récemment construits, susceptibles d’abriter des missiles de précision.

Image satellite montrant la construction d’une nouvelle base militaire iranienne dans la région d’Albukamal Al-Qaim en Irak, près de la frontière syrienne. (ImageSat International via Fox News)

Israël considère l’Iran comme sa plus grande menace et a admis avoir mené certaines frappes en Syrie ces dernières années, notamment pour empêcher le transfert d’armes sophistiquées, dont des missiles guidés, vers le Hezbollah.

Le groupe Hachd al-Chaabi a été créé en 2014 par des groupes chiites paramilitaires et des volontaires, avec pour objectif de lutter contre le groupe Etat islamique, et fait désormais officiellement partie des forces armées irakiennes.

Les Etats-Unis et Israël craignent que certaines unités soient des extensions de l’Iran et soient équipées de missiles de précision capables d’atteindre l’État hébreu.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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