Un portrait du XVIe siècle revient dans une famille spoliée par les nazis
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Un portrait du XVIe siècle revient dans une famille spoliée par les nazis

La France a récemment décidé d’accélérer le processus des restitutions en s'associant à l'organisation Généalogistes de France afin de réaliser les recherches nécessaires

La ministre française de la Culture Audrey Azoulay, entourée de Hertha et Henri Bromberg lors de la restitution à Paris du "Portrait d’un homme avec fourrure", le 28 novembre 2016. (Crédit : Facebook/Ministère de la Culture et de la Communication)
La ministre française de la Culture Audrey Azoulay, entourée de Hertha et Henri Bromberg lors de la restitution à Paris du "Portrait d’un homme avec fourrure", le 28 novembre 2016. (Crédit : Facebook/Ministère de la Culture et de la Communication)

Un portrait flamand du XVIe siècle, dont les époux Bromberg avaient été contraints de se défaire en 1938 alors qu’ils fuyaient les nazis, a été officiellement rendu par la France à leurs ayants droit, un processus de restitution que le gouvernement voudrait amplifier.

Ce « Portrait d’un homme avec fourrure », une peinture sur bois attribuée à l’Ecole de Joos van Cleve, a été officiellement restitué mardi aux petits enfants du couple Bromberg, Henrietta et Rudolf Schubert, et Christopher et Talyana Bromberg, lors d’une cérémonie au ministère de la Culture.

Appartenant à l’École d’Anvers de la première moitié du XVIème siècle, Joos van Cleve est l’auteur du portrait de François Ier au musée Carnavalet et celui de Henry VIII à Hampton Court Palace à Londres.

Récupéré par les Alliés et renvoyée en France où elle avait été vendue, l’oeuvre a été attribuée au musée du Louvre en 1950, puis mystérieusement déposée au Musée des Beaux-Arts de Chambéry en janvier 1960.

Restitution du tableau « Portrait d’homme » aux ayants droit de Hertha et Henry BrombergAudrey Azoulay, ministre de la…

Posted by Ministère de la Culture on Monday, 28 November 2016

Quelque 60 000 œuvres et objets, considérés comme des biens spoliés ou vendus sous la contrainte, ont été récupérés en Allemagne et renvoyés en France. Les deux tiers d’entre eux, environ 45 000, ont été restitués à leurs propriétaires avant 1950.

La plupart des autres pièces ont été vendues par le service des Domaines, à l’exception de quelque 2 000 œuvres, sélectionnées par des commissions spécialisées et confiées à la garde de musées français en raison de leur qualité artistique.

Ces œuvres dites « MNR » (Musées Nationaux Récupération) sont placées sous la responsabilité juridique du ministère des Affaires étrangères dans l’attente de l’identification de leur propriétaire ou de ses ayants droit.

« Jusqu’au début des années 1990, le sort de ces tableaux est refoulé des préoccupations collectives », a rappelé la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, lors de la cérémonie. De fait, après une trentaine de restitutions entre 1951 et 1979, aucune n’a été réalisée jusqu’en 1994.

Nouvelle ère

« La chute du mur du Berlin marque le début d’une nouvelle ère marquée par des politiques volontaristes de restitution de certains pays », a souligné la ministre.

Audrey Azoulay, ministre française de la Culture, au Sénat, le 12 février 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube/Public Sénat)
Audrey Azoulay, ministre française de la Culture, au Sénat, le 12 février 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube/Public Sénat)

La France a décidé récemment d’accélérer le processus des restitutions. « Il n’était plus possible d’attendre uniquement des ayants droit qu’ils viennent demander la restitution qui leur est due. L’Etat a donc lancé une nouvelle démarche proactive qui nous semble la plus légitime », a dit Audrey Azoulay. Il s’agit de prendre en compte « la disparition progressive des témoins directs et le faible nombre de requêtes ».

Pour ce faire, le ministère a conclu un partenariat avec l’organisation Généalogistes de France pour réaliser les recherches nécessaires. Une méthode qui a abouti à la restitution en mai dernier d’un dessin d’Edgar Degas saisi par les nazis en France en 1940.

Son ancien propriétaire, Maurice Dreyfus, avait signalé en 1947 que « Trois danseuses en buste » (dit aussi « Trois danseuses à mi-corps »), un fusain et estompe sur papier calque, ne figurait pas parmi les œuvres qui lui avaient été rendues après la guerre.

Le dessin avait été retrouvé en 1951 dans un placard de l’ancienne ambassade d’Allemagne, mais n’avait pas été identifié comme l’œuvre recherchée par son propriétaire.

Cinq autres dossiers ont été confiés aux Généalogistes.

Dans le cas de « L’homme à la fourrure », ce sont les ayants droit qui ont fait appel au cabinet d’avocat berlinois, Von Trott zu Zolz Lammek.

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