Un rare atelier de fabrication cananéen découvert dans le sud d’Israël
Le site de Nahal Qomem, près de Kiryat Gat, qui date de l'Age de bronze ancien, présente des centaines d'artefacts - des lames en silex - qui jettent un nouvel éclairage sur la spécialisation commerciale à l'époque
Un rare atelier de fabrication de lames cananéennes – des outils distinctifs, qui étaient principalement produits à partir de silex et qui étaient essentiellement utilisés pour les tâches agricoles – a été découvert à Nahal Qomem, à proximité de la ville de Kiryat Gat, dans le sud d’Israël, a annoncé lundi l’Autorité israélienne des antiquités (IAA).
« C’est la première fois qu’un atelier cananéen est découvert dans son contexte complet », explique Dudu Biton, expert de l’histoire des outils en silex et des lames cananéennes au sein de l’Autorité lors d’un entretien téléphonique avec le Times of Israel.
« C’est vraiment extraordinaire », s’émerveille-t-il.
Datant du début de l’Age du bronze, il y a environ 5 500 ans, le site est formé de centaines de fosses souterraines, dont certaines sont tapissées de briques.
La quantité d’artefacts, ainsi que les noyaux de silex utilisés pour les produire, offrent un aperçu inestimable des premiers stades de l’urbanisation et de l’essor de la spécialisation commerciale dans l’Israël antique.
« Des lames et des noyaux cananéens avaient été découverts sur d’autres sites d’Israël mais seulement de manière isolée et hors contexte », explique Biton.
« Toutefois, cette fois-ci, nous n’avons pas découvert seulement quelques lames mais des centaines – ainsi que toute la gamme des matériaux liés à leur production », s’exclame-t-il.
Le site a été identifié pour la première fois il y a environ deux ans, lors des travaux de préparation réalisés en amont de la construction d’un nouveau quartier à Kiryat Gat.
« Je me souviens que Martin [Pasternak], le responsable des fouilles, nous avait envoyé une photo de trois noyaux de silex – nous n’arrivions pas à croire que les trois avaient été trouvés au même endroit », se souvient Biton.
« Un nombre toujours croissant d’objets est ensuite apparu à la surface, et le site n’a depuis cessé de s’élargir », fait-il remarquer.
Les spécialistes utilisent le terme « Cananéen » pour désigner la population sémite qui avait habité dans la région pendant des millénaires, développant une culture locale distincte de celle des civilisations voisines – notamment, au début de l’Age du bronze, de celle des Égyptiens qui était alors dominante. Des siècles plus tard, les Cananéens devaient être mentionnés dans la Bible et dans d’autres textes anciens.
Selon Biton, il n’existe actuellement aucune preuve que Nahal Qomem ait également abrité une implantation résidentielle.
« Il y a bien quelques vestiges de murs, de maisons et de petites installations. Mais si on parle d’une grande implantation, soit elle n’a jamais existé, soit elle avait été détruite par le développement moderne – d’autant plus que la région avait connu une importante activité agricole – soit nous ne l’avons tout simplement pas encore trouvée », commente-t-il.
Les principales structures découvertes par les archéologues sur le site sont les nombreuses fosses.
« Il y a de nombreuses fosses de tailles et de formes diverses, et elles semblent avoir eu des fonctions différentes », continue l’expert. « Certaines étaient probablement utilisées pour stocker de la nourriture et pour la conserver au frais, tandis que d’autres servaient de fosses à ordures ».
Les archéologues ont également mis la main sur une cache qui contenait des centaines de lames inutilisées qui étaient enterrées ensemble – une découverte rare.
« Ce ne sont que des hypothèses pour l’instant, mais nous étudions la possibilité qu’il s’agisse d’une sorte d’offrande rituelle », souligne Biton. « Ce qui pourrait expliquer pourquoi tant de lames inutilisées ont été intentionnellement enterrées ensemble ».
Extrêmement tranchantes, ces lames nécessitaient un savoir-faire hautement spécialisé. Elles étaient principalement utilisées comme outils de récolte – en particulier comme lames de faucilles – et elles servaient occasionnellement de couteaux de boucherie.
Pouvaient-elles également servir d’armes ? A cette question, Biton répond qu’il n’y a aucune preuve venant attester de cet usage.
« Quand la lame entre en contact avec le blé ou avec d’autres végétaux, elle développe un brillant distinctif sur son côté », explique-t-il, précisant que cette caractéristique permet d’identifier les artefacts qui ont été utilisés à des fins agricoles.
Selon Biton, ce type d’outil est resté en usage pendant encore au moins un millénaire, jusqu’à la fin de l’Age du bronze ancien, vers l’an 2000 avant l’ère commune.
Les fouilles à Nahal Qomem se poursuivent et les archéologues espèrent que d’autres travaux d’excavation, avec l’analyse des artefacts, permettront de mieux comprendre les anciens Cananéens, en particulier les relations qui avaient été tissées entre l’atelier de fabrication de lames et l’ensemble de la région.
« Cela nous intéresse tout particulièrement de déterminer si les lames produites ici étaient utilisées localement seulement ou si elles étaient échangées avec d’autres sites de la région », dit Dudu Biton.
Un géologue a déterminé que le silex utilisé pour fabriquer les artéfacts sur le site provenait de la région de Beit Guvrin, qui est située à environ 15 kilomètres.
Si les lames découvertes à d’autres endroits peuvent être rattachées à cet atelier, cela pourrait ouvrir de nouvelles perspectives sur les liens qui unissaient les implantations d’antan et les réseaux commerciaux dans l’ancienne Canaan.
« Il se peut que nous ne soyons jamais en mesure de le découvrir », fait remarquer Biton, « mais nous espérons que lorsque nous aurons terminé notre analyse de tous les résultats des fouilles, alors nous en saurons plus. »
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