Un survivant de la Shoah compare Regev et sa loi sur l’art loyal, à Hitler
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Un survivant de la Shoah compare Regev et sa loi sur l’art loyal, à Hitler

L'acteur Yaacov Shapira a comparé la loi soutenue par la ministre de la Culture aux autodafés nazis avant d'ajouter : "peut-être veut-elle également une petite moustache"

Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, assiste à une réunion du comité de la Culture, des Sports et de l'Education à la Knesset, le 2 juillet 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, assiste à une réunion du comité de la Culture, des Sports et de l'Education à la Knesset, le 2 juillet 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Un acteur israélien et survivant de la Shoah a comparé la ministre de la Culture Miri Regev au dictateur nazi Adolf Hitler, jeudi, en raison de son appui apporté à une législation conditionnant le financement des arts au soutien à Israël.

Selon les critiques, le projet de loi dit de « loyauté dans les arts » qui permettrait au ministère de la Culture de ne pas financer des groupes « qui œuvrent contre les principes de l’Etat « permettrait une censure gouvernementale de la culture ».

S’exprimant lors d’une rencontre d’une commission de la Knesset, l’acteur et musicien Yaacov Shapiro a appelé les députés à s’opposer au texte. Il a expliqué que ce dernier lui rappelait la censure qui avait été mise en place par les nazis lorsqu’ils ont accédé au pouvoir en Allemagne.

« Ce qui est arrivé en Europe a commencé avec les autodafés [des livres]. C’était une loi similaire à celle qu’on veut adopter ici », a-t-il estimé jeudi.

Ces propos coïncident avec les commémorations du 80e anniversaire de la Nuit de cristal, un pogrom durant lequel des synagogues et d’autres bâtiments juifs ont été incendiés. Cet événement symbolise pour de nombreuses personnes le début de la Shoah.

« On a l’impression que [Regev] veut être Première ministre et qu’elle veut peut-être elle aussi avoir une petite moustache », a-t-il accusé.

« Au nom de tous ceux qui sont morts, au nom des six millions de juifs, je demande que cette loi ne soit pas adoptée », a-t-il continué.

Shapiro est né en Pologne. Il a échappé à la Shoah après que ses parents l’ont jeté d’un train en partance vers un camp de concentration. Il est finalement parti en Israël.

L’acteur et survivant de la Shoah Yaacov Shapiro lors d’une réunion de la commission d’Education de la Knesset, le 8 novembre 2018 (Crédit : capture d’écran Hadashot TV news)

En réponse, Regev a fait savoir qu’elle « respecte les survivants de la Shoah » et qu’elle s’abstiendrait donc de commenter les propos de Shapiro.

Regev est sous le feu d’intenses critiques de la part de la communauté artistique pour sa défense du texte qui, selon elle, est nécessaire pour empêcher l’utilisation des fonds gouvernementaux dans des œuvres de dénigrement de l’Etat et de ses symboles.

La loi permettra au gouvernement de ne plus verser de fonds à des organisations ou à des événements se prêtant à la négation du caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël ; à l’incitation au racisme, à la violence ou au terrorisme ; apportant un soutien au combat armé ou aux actes terroristes contre Israël – de la part d’un Etat ennemi ou d’un groupe terroriste ; célébrant la Journée de l’Indépendance comme un deuil, et affichant tout acte de destruction ou de dégradation physique du drapeau de l’Etat ou de tout symbole l’incarnant.

Le texte a passé le stade du premier vote à la Knesset dans la soirée de lundi après un débat enflammé qui a duré plusieurs heures.

Cette comparaison faite par Shapiro entre Regev et Hitler arrive après qu’une statue grandeur nature de la ministre du Likud a été placée dans la nuit sur la place Habima de Tel Aviv, qui accueille le théâtre national éponyme, en signe de protestation contre la loi.

Cette statue présente Regev, en robe blanche, se regardant dans un miroir surdimensionné. Une petite plaque porte le hashtag « #InTheHeartOfTheNation » (« au cœur de la nation »).

Une statue de Miri Regev placée par un artiste aux abords du théâtre national Habima de Tel Aviv, le 8 novembre 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Regev a expliqué en réponse qu’elle a en effet « présenté un miroir au monde de la culture israélien, un miroir qui a révélé l’exclusion de groupes entiers et l’arrogance de ceux qui se considèrent comme étant ‘le cœur de la nation’. »

Elle a ajouté que « les individus…sont mon miroir » et, paraphrasant le conte de fées de Blanche-Neige, elle a noté qu’elle s’intéressait aux « injustices les plus atroces ».

A l’origine de la statue, Itay Zalait, le même artiste qui avait érigé une statue dorée du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Rabin, à Tel Aviv.

Zalait a expliqué que son oeuvre avait pour objectif de « tester les limites de la liberté d’expression en Israël ».

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