Art loyal : une statue de Miri Regev érigée à Tel Aviv en signe de protestation
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Art loyal : une statue de Miri Regev érigée à Tel Aviv en signe de protestation

En pleine controverse sur son projet de loi qui, selon certains, consacre la censure de l’État, l'œuvre placée devant le théâtre national met en scène la ministre face à un miroir

Une statue grandeur nature à l'effigie de la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev sur la place HaBima, à Tel Aviv, le 8 novembre 2018. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Une statue grandeur nature à l'effigie de la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev sur la place HaBima, à Tel Aviv, le 8 novembre 2018. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Une statue grandeur nature à l’effigie de la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev a été érigée pendant la nuit sur une place de Tel Aviv, en signe de contestation contre le projet de loi sur l’art loyal qu’elle défend.

La statue représente Regev, dans une robe, qui se contemple dans un miroir surdimensionné. Une petite plaque comporte l’inscription #InTheHeartOfTheNation (littéralement, « au cœur de la nation »)

L’emplacement de la statue, sur la place HaBima, qui abrite le théâtre national israélien HaBima, n’est pas anodin.

Regev a fait l’objet de vives critiques de la part de la communauté artistique après avoir soumis un projet de loi qui lui permettrait de retenir les fonds publics alloués aux organisations culturelles qui « œuvrent contre les principes de l’Etat ».

La loi baptisée ‘Loi sur la loyauté culturelle’ permettrait au gouvernement de priver de toute subvention des organismes ou des événements qui portent sur cinq sujets ou thèmes : le déni que l’État d’Israël est un pays juif et démocratique ; l’incitation au racisme, à la violence ou au terrorisme ; la lutte armée ou les actes terroristes contre Israël par un État ennemi ou une organisation terroriste ; marquer la Journée d’indépendance comme un jour de deuil ; et toute action visant la destruction ou la détérioration physique du drapeau ou de tout autre symbole national.

Le projet de loi a franchi l’étape de la première lecture lundi avec 55 députés pour et 44 contre. Il faut encore deux lectures pour qu’il devienne loi.

L’artiste Itay Zalait. (Cédit : capture d’écran YouTube)

Les détracteurs de ce texte affirment que la loi consacre la censure de l’État dans le domaine artistique.

Regev a répliqué qu’elle avait « tendu un miroir au monde culturel israélien, un miroir qui a révélé l’exclusion de groupes entiers et l’arrogance de ceux qui se considéraient comme étant ‘le cœur de la nation’. »

Elle a ajouté que « le peuple… est mon miroir », paraphrasant le conte de Blanche Neige, et souligné que ses intérêts résident dans sa détermination à trouver « quelles sont les injustices les plus laides de tous ».

Selon la Dixième chaîne, l’artiste à l’origine de cette statue est Itay Zalait, qui avait, en 2016, érigé une statue dorée du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Rabin de Tel Aviv.

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev assiste à une réunion de la Commission de la Culture, des Sports et de l’Education à la Knesset, le 2 juillet 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Zalait a déclaré que son travail visait à « tester les limites de la liberté d’expression en Israël ».

La statue de Netanyahu avait été interprétée comme une référence à l’épisode du veau d’or, dans la Bible. Le peuple juif avait voué un culte à ce veau d’or quand Moïse était sur le mont Sinaï, en train de recevoir la Torah. D’autres y voyaient une allusion aux dictateurs Nicolae Ceausescu, en Roumanie, ou au cubain Fidel Castro.

La statue de Netanyahu avait été renversée par des passants quelques heures après son installation. Les inspecteurs municipaux avaient informé l’artiste que la ville la retirerait et qu’il s’exposait à une amende s’il ne l’enlevait pas.

Une statue dorée du Premier ministre Netanyahu est renversée sur la place Rabin de Tel Aviv, le 6 décembre 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

A l’époque, Regev avait réagi à la statue sur Facebook :  » À quel point un artiste peut-il être déconnecté de la réalité ? Israël est un pays démocratique, avec des libertés individuelles, des droits civiques, une sensiblité morale, un pouvoir judiciaire activiste, la liberté de presse… en clair, un pays de libertés… Mais pour les artistes, déconnectés de la réalité, ce veau d’or est une manifestation de haine à l’égard de Netanyahu. »

Sue Surkes a contribué à cet article.

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