Une autre explosion aurait endommagé une centrale électrique en Iran
Rechercher

Une autre explosion aurait endommagé une centrale électrique en Iran

Cet incident survenu à Ahvaz, dans le sud-ouest du pays, suit des explosions mystérieuses sur un site nucléaire - entraînant des mises en garde de Téhéran à Israël et aux US

Image d'une vidéo qui montre un incendie qui aurait été causé par une explosion dans la centrale électrique d'Ahvaz, en Iran, le 4 juillet 2020 (Capture d'écran/Twitter)
Image d'une vidéo qui montre un incendie qui aurait été causé par une explosion dans la centrale électrique d'Ahvaz, en Iran, le 4 juillet 2020 (Capture d'écran/Twitter)

Une explosion aurait endommagé une centrale électrique dans la ville iranienne d’Ahvaz, samedi, la dernière d’une série d’explosions mystérieuses dans le pays – des incidents qui avaient amené l’Iran à lancer un avertissement à Israël et aux Etats-Unis au début de la semaine.

Les médias perses et arabes ont fait savoir qu’il y avait eu une explosion à la centrale électrique Zargan, suivie d’un incendie. Cette centrale se situe à Ahvaz, au sud-ouest de l’Iran, à proximité du Golfe persique et de la frontière iranienne.

Des vidéos postées sur internet ont montré une colonne de fumée s’élevant de la structure et des employés défilant devant un camion de pompiers.

L’agence de presse iranienne IRNA a ultérieurement fait savoir que l’incendie, dans la centrale, avait été maîtrisé. Elle a précisé que le feu était né de l’explosion d’un transformateur.

Mohammad Hafezi, responsable de la sécurité et des risques posés à la santé au sein de la centrale, a fait savoir qu’une enquête avait été ouverte sur la cause de l’incendie.

Quelques heures plus tard, dans la journée de samedi, l’IRNA a fait savoir qu’une fuite de chlore, dans un centre pétrochimique du sud-est de l’Iran, avait indisposé 70 employés.

La majorité des travailleurs du centre pétrochimique Karun, dans la ville de Mahshahr, située dans la province de Khuzestan, au sud-est du pays, ont pu rentrer chez eux après avoir été pris en charge à l’hôpital.

Ces deux incidents ont eu lieu après une explosion qui a endommagé l’usine nucléaire Natanz, en Iran, jeudi. La semaine dernière, c’est une forte déflagration qui a eu lieu à Téhéran, apparemment causée par une explosion survenue au sein du complexe militaire Parchin qui, selon les analystes de la défense, contiendrait un système de tunnels souterrains et une usine de production de missiles.

Un reportage diffusé vendredi soir par la télévision israélienne a indiqué qu’Israël s’attendait à de possibles représailles de la part de la république islamique. Les responsables, à Téhéran, ont en effet laissé entendre que l’incendie et l’explosion mystérieux survenus à Natanz pouvaient avoir été causés par une cyber-attaque israélienne.

Le reportage a noté que l’attaque avait « détruit » un laboratoire où l’Iran développe des centrifugeuses avancées pour enrichir plus rapidement l’uranium et un article paru au Koweït a cité une source – qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat – qui a estimé que la frappe avait retardé le programme nucléaire iranien de deux mois.

Trois responsables iraniens ont fait savoir à l’agence de presse Reuters qu’ils pensaient que l’incident arrivé, jeudi dans la journée, à la structure d’enrichissement de Natanz était le résultat d’une cyber-attaque, et deux d’entre eux ont expliqué qu’Israël pouvait en être à l’origine, sans pour autant apporter de preuves.

Interrogé sur l’incident lors d’une conférence de presse qui a eu lieu jeudi soir, le Premier ministre a écarté la question qui lui était posée d’un revers de main, disant que « je ne parle pas de ces sujets ».

Mais Amos Yadlin, chef de l’Institut d’études de sécurité nationale et ancien responsable des renseignements militaires de l’armée israélienne, a écrit vendredi sur Twitter que « selon des sources étrangères, il semble que le Premier ministre se soit davantage concentré sur l’Iran cette semaine que sur son plan d’annexion en Cisjordanie ».

« Et c’est la politique que je prône ces dernières semaines », a-t-il ajouté dans son post.

« Si Israël est accusé par des sources officielles, alors nous devons être prêts au niveau opérationnel à la possibilité d’une réaction iranienne – que ce soit par le biais d’une cyber-attaque, de tirs de missiles depuis la Syrie ou d’un attentat terroriste à l’étranger », a-t-il poursuivi.

Officiellement, l’Iran a fait savoir qu’un « accident » avait eu lieu jeudi au complexe nucléaire de Natanz, dans le centre de la république islamique, soulignant qu’il n’y avait pas eu de victime ou de pollution radioactive. Mais les généraux israéliens ont noté que l’Iran était susceptible de répondre s’il s’avérait que l’incident résultait d’une cyber-attaque.

L’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran montre un bâtiment endommagé par un incendie à l’usine d’enrichissement de l’uranium de Natanz, à 322 kilomètres au sud de Téhéran, le 2 juillet 2020 (Crédit : Organisation de l’Energie atomique via l’AP)

L’analyste militaire de la Treizième chaîne israélienne Alon Ben-David a expliqué vendredi que l’attaque avait frappé « l’usine où l’Iran développe ses centrifugeuses les plus avancées – ce qui est la phase suivante du programme nucléaire, la production d’uranium enrichi bien plus vite. La structure, hier, a essuyé une frappe significative et l’explosion a détruit ce laboratoire ».

« Il s’agissait de centrifugeuses qui devaient être installées dans les souterrains de l’usine de Natanz : elles devaient remplacer les vieilles centrifugeuses et produire un uranium bien plus enrichi, et bien plus rapidement », a-t-il ajouté. « Ils ont pris un coup. Et il faut se préparer à ce qu’il y ait des représailles à un certain moment », a-t-il poursuivi.

Ben-David a déclaré qu’Israël avait conscience d’une possible riposte iranienne, probablement par le biais d’une cyber-attaque. Au cours d’une cyber-attaque de ce type survenue au mois d’avril et qui avait été attribuée à la république islamique par les services de renseignement occidentaux, des pirates avaient tenté d’augmenter le niveau de chlore dans les eaux destinées aux zones résidentielles de l’Etat juif.

Quelques heures après l’incendie et l’explosion présumée à Natanz, jeudi, l’agence de presse iranienne IRNA a publié une mise en garde statuant que « si des signes semblent indiquer que des pays hostiles sont prêts à franchir les lignes rouges de l’Iran et en particulier le régime sioniste (Israël) et les Etats-Unis, la stratégie déployée par l’Iran pour affronter cette situation nouvelle devra être fondamentalement réexaminée ».

L’IRNA a également fait savoir que des comptes israéliens sur les réseaux sociaux – qu’elle n’a pas identifiés – avaient affirmé que l’Etat juif endossait la responsabilité de ces « tentatives de sabotage ». Elle a souligné que la république islamique avait tenté de « prévenir une escalade et des situations imprévisibles tout en défendant ses positions et ses intérêts nationaux ».

Natanz, situé à environ 250 kilomètres au sud de Téhéran, comprend des structures souterraines enterrées sous environ 7,6 mètres de béton, ce qui les protège en cas de frappes aériennes.

Il n’y avait « aucun matériel nucléaire (dans l’entrepôt endommagé) et aucun potentiel de pollution », a déclaré le porte-parole de l’Organisation de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, à la télévision d’Etat.

Kamalvandi a expliqué qu’aucun matériel de type radioactif et aucun employé n’étaient présents au sein de l’entrepôt.

L’Organisation de l’énergie atomique iranienne a diffusé une photo qui, selon elle, montre le site, avec un bâtiment d’un étage dont le toit a essuyé des dégâts, des murs noircis par le feu et des portes sorties de leurs gonds, comme si elles avaient subi le souffle d’une explosion à l’intérieur.

L’agence de presse Fars, qui est proche des ultra-conservateurs dans le pays, avait initialement indiqué que l’explosion de Parchin, la semaine dernière, avait été entraînée par « l’explosion d’un réservoir industriel de gaz » à proximité d’une structure appartenant au ministère de la Défense. Elle avait cité une « source informée » et noté que le site où avait eu lieu l’incident n’était pas militaire.

Toutefois, ces propos ont été largement mis en doute par les analystes de la Défense avec des photographies par satellite du complexe militaire Parchin, qui ont révélé d’importants dommages.

Ces photo du 26 juin 2020 du satellite Sentinel-2 de la Commission européenne montre le site d’une explosion, avant, à gauche, et après, à droite, qui a secoué la capitale iranienne. Les analystes avancent que l’explosion est survenue dans une zone des montagnes orientales de Téhéran qui abrite un système de tunnels souterrains et des sites de production de missiles. L’explosion semble avoir carbonisé des centaines de mètres de garrigue. (Commission européenne via AP)

Le porte-parole du ministère de la Défense iranien, Davood Abdi, avait ultérieurement attribué l’explosion à une fuite de gaz qu’il n’avait pas identifié, ajoutant que personne n’avait été tué dans cette explosion.

Des photos par satellite du secteur, qui est localisé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Téhéran, avaient montré des centaines de mètres de broussailles carbonisées qui n’étaient pas visibles dans les semaines qui avaient précédé l’incident. La bâtiment situé à proximité ressemblait à la structure aperçue dans le reportage diffusé par la télévision d’Etat.

La zone de stockage du gaz est installée aux abords de ce que les analystes décrivent comme l’usine de fabrication de missiles de Khojir. L’explosion semble ainsi avoir touché un bâtiment du groupe industriel Shahid Bakeri Industrial Group, qui fabrique des roquettes à propergol solide, selon Fabian Hinz, chercheur à l’Institut Middlebury d’études internationales à Monterey.

Pour le centre d’études stratégiques et internationales, basé à Washington, il y a, à Khojir, « de nombreux tunnels, dont certains pourraient être utilisés pour l’assemblage des armes ».

Les grands bâtiments industriels présents sur le site et visibles sur des photographies prises par satellite suggèrent également que des missiles pourraient y être assemblés.

Les responsables iraniens eux-mêmes ont également identifié le site comme étant une base militaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique avait fait savoir, dans le passé, qu’elle soupçonnait l’Iran d’y faire des tests d’explosifs susceptibles d’être utilisés pour des armes nucléaires.

Cela fait longtemps que l’Iran dément vouloir se doter de l’arme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique a, dans le passé, déclaré que l’Iran avait œuvré « en faveur de l’ajout d’une dimension militaire possible dans son programme nucléaire » qui avait cessé largement à la fin de l’année 2003.

Les inquiétudes des Occidentaux concernant le programme nucléaire iranien avaient entraîné des sanctions et, finalement, la signature d’un accord avec les puissances mondiales en 2015. Les Etats-Unis, sous l’autorité du président Donald Trump, se sont retirés de ce pacte de manière unilatérale au mois de mai 2018, ce qui a mené à une escalade entre les Américains et le régime des Mollahs. Téhéran a depuis abandonné les limites de production qui étaient imposées à la république islamique dans le cadre de l’accord.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...