Une « banque » israélienne propose des crédits de relance aux petites entreprises
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Une « banque » israélienne propose des crédits de relance aux petites entreprises

Ogen, un organisme à but non lucratif, prend le risque de permettre aux coiffeurs, guides touristiques et autres d'obtenir des prêts pour les relancer face à la crise

Une image d'un billet de banque illustrant la récession et le ralentissement économique alors que la crise sanitaire met à mal les économies à travers le monde. (Crédit : spukkato / iStock by Getty Images)
Une image d'un billet de banque illustrant la récession et le ralentissement économique alors que la crise sanitaire met à mal les économies à travers le monde. (Crédit : spukkato / iStock by Getty Images)

Alors que les entreprises israéliennes font face à des difficultés pour obtenir des crédits et que les banques et le gouvernement ne semblent pas trouver de terrain d’entente sur le montant des garanties qui devraient être accordées aux fonds de crédit spéciaux pour les petites et moyennes entreprises, un organisme qui octroie des crédits aux petites entreprises et aux organisations non gouvernementales tente de tirer son épingle du jeu

Ogen est une organisation à but non lucratif qui offre des crédits sans intérêt aux nouveaux immigrants et aux segments marginalisés de la société. Elle a également récemment obtenu une licence du régulateur des marchés de capitaux israélien pour commencer à proposer des prêts à faible taux d’intérêt, via son Fonds de prêt social Ogen, aux petites entreprises, aux primo-accédants et aux groupes à but non lucratif.

Anciennement connue sous le nom d’Israel Free Loan Association (IFLA), Ogen a été fondée par le professeur Eliezer Jaffe, un immigrant américain. Il a créé l’organisation au début des années 1990, quand Israël a accueilli de nombreux immigrants, principalement issus des pays de l’ex-Union soviétique et d’Éthiopie. Elle est rapidement devenue un espoir pour les personnes à faible revenu en recherche de fonds.

L’entreprise se transforme désormais en banque d’investissement à but non lucratif. Son financement provient de dons et d’investisseurs à impact social – des particuliers comme des fondations des États-Unis, d’Israël, du Canada et du Royaume-Uni, entre autres.

Un officier de police israélien porte un masque et des gants à un barrage routier suite aux mesures prises par le gouvernement pour aider à stopper la propagation du coronavirus, à Tel Aviv, le 9 avril 2020. (Crédit : AP Photo / Oded Balilty)

Maintenant, avec la pandémie de coronavirus, qui a conduit le taux de chômage en Israël à atteindre des records alors que les entreprises sont fermées suite à la mise en place de mesures de distanciation sociale, Ogen reçoit un déluge de demandes de petites opérations, dont les instigateurs cherchent une once d’oxygène financier pour survivre.

Le fonds de prêts sociaux Ogen a assoupli ses critères d’octroi de prêts et peut désormais fournir jusqu’à 100 000 shekels (25 500 euros) aux petites entreprises, à condition qu’elles disposent d’une courte recommandation d’une page de la part d’un conseiller d’affaires qui indique qu’elles ont la possibilité de rembourser leurs prêts.

Alors que d’autres institutions, comme les banques, rendent plus difficile l’obtention de prêts en raison des risques plus élevés dans l’économie, « nous ouvrons nos portes », a déclaré Sagi Balasha, PDG d’Ogen, lors d’une interview téléphonique. « C’est à notre tour d’aider. »

Les refus des banques d’octroyer des prêts peuvent être totalement justifiés dans la mesure où elles s’assurent qu’elles prennent toutes les garanties pour n’accorder que des prêts qui seront remboursés, car elles doivent verser des dividendes à leurs actionnaires, a déclaré Balasha. Mais étant donné qu’Ogen est une organisation à but non lucratif, elle peut assumer un risque plus important afin d’aider les gens dans le besoin.

Sagi Balasha, le PDG d’Ogen, anciennement connu sous le nom d’Israel Free Loan Association (IFLA). (Autorisation)

« Nous devons garantir la sécurité de nos prêts », a déclaré Balasha. « Mais parce que nous sommes un organisme sans but lucratif, nous devons également aider les gens à se relever en cette période de crise. Nous prévoyons d’augmenter le nombre de prêts que nous accordons, même si cela signifie augmenter le niveau de risque que nous prenons. »

Étant donné que les fonds dont dispose Ogen pour les prêts sont en partie de l’argent philanthropique – qui n’a pas besoin de générer des rendements – et provient en partie d’investisseurs à impact – et nécessitent des rendements pour les investisseurs – les fonds d’origine philanthropique seront ceux qui permettront à Ogen d’absorber les défauts de paiement, s’il y en a, a expliqué David Angel, directeur des partenariats stratégiques chez Ogen.

C’est ce modèle financier « semi-philanthropique » qui différencie Ogen des autres prêteurs, dit-il, permettant aux organisations à but non lucratif de prendre plus facilement des risques.

Ogen a également mis en place un fonds de 30 millions de shekels avec un filet de sécurité philanthropique d’environ 3 millions de shekels pour aider les groupes à but non lucratif à traverser la crise du coronavirus, a-t-il déclaré. La Fédération UJA de New York et l’Agence juive ont contribué à la création de ce filet de sécurité.

Image illustrant la récession et l’effondrement des marchés boursiers. (Crédit : SARINYAPINNGAM / iStock by Getty Images)

Le mois dernier, Israël a annoncé un plan de sauvetage économique à hauteur de 80 milliards de shekels, le plus important de l’histoire israélienne, pour soutenir son économie alors que le chômage a atteint des niveaux record, environ 25 %, par rapport à un niveau record minimum de 3,6 % avant la pandémie. Ce programme de sauvetage a ensuite été porté à 90 milliards de shekels.

Une partie du programme de sauvetage comprend un fonds réservé aux petites et moyennes entreprises. Ces entreprises sont le moteur qui maintient les économies en route, mais sont les plus vulnérables aux politiques de distanciation sociale et à la quarantaine.

Ce fonds dit « coronavirus » se compose de 8 milliards de shekels qui seront mis à la disposition des entreprises via les banques et seront soutenus par des garanties gouvernementales.

Les prêts seront accordés à des entreprises dont le chiffre d’affaires annuel peut atteindre 400 millions de shekels et qui ont été frappées par la crise du coronavirus. Il n’y aura aucun intérêt pour la première année, et un taux préférentiel de 1,5 % pour les années suivantes – mieux que les conditions du marché. Les prêts seront accordés pour une période de cinq ans. Les demandes seront traitées par les banques dans un délai de sept jours, a promis le ministère des Finances, en charge du dispositif.

L’argent garanti par le gouvernement n’est pas de l’argent neuf. Les fonds proviendront des banques, le gouvernement garantissant 15 % des pertes globales sur le total des prêts accordés dans le cadre du programme.

Ainsi, les banques, submergées par une énorme demande pour ces prêts, ont été réticentes à distribuer les fonds, appelant le gouvernement à fournir des garanties qui correspondent aux risques de défaut de paiement plus élevés auxquels elles sont confrontées, à la lumière de la crise économique qui fait rage. Les 15 % de garanties offerts par Israël se comparent aux 90 % fournis par le gouvernement allemand, 85 % en Suisse et 80 % en Espagne, affirment les banquiers, qui exigent des conditions similaires.

Le plan de relance du gouvernement a de bonnes conditions « sur le papier », explique Angel d’Ogen. « Mais le système de distribution de ces fonds n’est pas destiné aux plus petites entreprises. »

Les banques qui sont chargées de distribuer ces fonds sont « débordées » et choisissent d’accorder des crédits aux entreprises qui leur fourniront une marge de bénéfices plus importante, a déclaré Angel.

« Mais il existe de nombreuses petites entreprises, comme des barbiers, des esthéticiennes, des guides touristiques », avec un revenu annuel pouvant aller jusqu’à 5 millions de shekels et quatre ou cinq employés, qui n’attireront pas les banques, a déclaré Angel. C’est sur ce secteur qu’Ogen espère prendre place.

David Angel, directeur des partenariats stratégiques chez Ogen. (Autorisation)

Depuis la mi-mars – lorsque la crise a éclaté en Israël –, Ogen a accordé 40 prêts à de petites entreprises, à un taux d’intérêt fixe de 5 %, et six prêts à des organisations à but non lucratif, à un taux d’intérêt fixe de 3 %, ont déclaré Balasha et Angel. L’organisation a également octroyé plus de 100 prêts personnels depuis le début de la crise. Sur un fonds de quelque 160 millions de shekels, 4 millions restent disponibles. Ces prêts personnels s’élèvent à 30 000 shekels par ménage, et sont sans intérêt, ont-ils déclaré.

« Nous avons vu une augmentation de 30 % de la demande pour ces prêts sans intérêt », a déclaré Balasha. Le fonds de 4 millions de shekels permettra à Ogen de fournir quelque 20 000 à 30 000 shekels par famille, sans intérêt, ce qui leur offrira une « bouée de sauvetage », a-t-il déclaré.

Ogen est également en pourparlers avec le gouvernement pour obtenir des garanties sur les fonds qu’il mettra à la disposition des petites entreprises. « Nous pensons que les banques ne devraient pas être les seules à obtenir ces garanties », a déclaré Angel, et que des garanties devraient également exister pour les prêts aux très petites entreprises, qui courent des risques plus élevés en raison du coronavirus.

« Tout le monde est très positif », a-t-il déclaré. « Je suis optimiste que cela se produira. Mais nous n’attendons pas le gouvernement. Nous donnons déjà à ceux qui en ont besoin. »

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