Une compagnie israélienne espère sauver la vie de milliers de femmes
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Une compagnie israélienne espère sauver la vie de milliers de femmes

Illumigyn développe un système qui pourrait révolutionner les soins de santé et réduire les décès dus au cancer du col de l'utérus

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Le produit phare d'Illumigyn, le Gynescope, est un appareil d'imagerie de pointe qui rentre à l'intérieur de la poignée d'un spéculum standard utilisé par les gynécologues (Crédit : Autorisation)
Le produit phare d'Illumigyn, le Gynescope, est un appareil d'imagerie de pointe qui rentre à l'intérieur de la poignée d'un spéculum standard utilisé par les gynécologues (Crédit : Autorisation)

Une petite équipe de chercheurs basée dans les collines à l’extérieur de Jérusalem est en train de concevoir une technologie qui pourrait potentiellement sauver la vie de milliers de femmes chaque année. La compagnie derrière ce projet, Illumigyn, utilise la technologie d’imagerie de pointe provenant de l’armée israélienne pour développer un matériel médical que les gynécologues pourraient utiliser pour mieux identifier et traiter le cancer du col de l’utérus et d’autres maladies lors des examens de routine.

« Le produit est prêt, c’est une expérience qui change la donne pour le patient, pour la qualité du service et pour la capacité de traiter les femmes, non seulement à la source de la blessure ou du problème, mais aussi pendant toute leur vie », a déclaré Ran Poliakine, l’entrepreneur qui finance le projet.

La société travaille sous la direction de Poliakine dans le campus près de son domicile à Neve Ilan, un petit moshav à environ 20 minutes à l’ouest de Jérusalem. Le campus abrite 12 entreprises soutenues par Poliakine, qui s’est fait un nom grâce à la compagnie Powermat Technologies, qu’il a fondée en 2006.

La plupart des employés sur le campus sont des vétérans israéliens de l’industrie de la haute technologie avec une expérience dans des entreprises comme Intel et Microsoft.

« Ici, nous ne sommes plus jeunes », a déclaré Poliakine. « Cela apporte beaucoup de nuances à ce que nous faisons et comment nous le faisons ».

Cinq des entreprises basées à Neve Ilan, y compris Illumigyn, concernent le domaine de la santé.

Years of Water produit un système destiné à purifier jusqu’à 30 000 litres d’eau pour les ménages, que Poliakine décrit comme une solution pour avoir une eau propre pour la famille moyenne africaine. QinFlow chauffe les liquides pour qu’ils atteignent la température du corps en quelques secondes pour permettre des transfusions en cas d’urgence, sans courir le risque d’hypothermie. Wellsense utilise des fibres conductrices tissées dans les textiles pour donner aux infirmières et aux médecins des informations sur les patients immobiles et pour les aider à prévenir les escarres.

Ran Poliakine, qui soutient Illumigyn dans un campus près de son domicile à Neve Ilan (Crédit : Autorisation)
Ran Poliakine, qui soutient Illumigyn dans un campus près de son domicile à Neve Ilan (Crédit : Autorisation)

Outre les entreprises spécialisées dans la santé, il y a Planet of the Apps, qui conçoit des jeux pour mobile, la société de nanotechnologie japonaise NanOx Imaging et Tap Systems, qui va lancer le clavier portable à une main cette semaine. Une technologie que la société a développée tranquillement au cours de ces 18 derniers mois.

Powermat a également un bureau sur le campus. Son logiciel est maintenant répandu mais la société est aux prises avec des conflits internes, et Poliakine occupe maintenant le poste de directeur et de vice-président.

Il voit l’industrie de la recharge sans fil aller vers la monétisation et utiliser l’Internet des objets, a-t-il expliqué. Il prévoit un modèle de monétisation similaire à Facebook ou Google, où les gens vont obtenir le pouvoir, gratuitement, en échange d’autre chose que de l’argent, comme des informations sur la localisation des utilisateurs. Il pense que la recharge sans fil sera intégrée à la maison et fournira des données et des analyses à l’Internet des objets.

Poliakine et ses partenaires se sont impliqués dans le projet Illumigyn il y a environ trois ans lorsque Lior Greenstein, le fondateur et directeur de la technologie de l’entreprise qui a déjà travaillé avec Wellsense, lui a présenté cette idée. Poliakine a admis que c’était un risque énorme, a-t-il expliqué, mais il a également vu qu’il y avait le potentiel de changer les soins de santé des femmes. Ils ont mené une enquête sur le terrain, consulté les gynécologues et les oncologues et ont estimé que l’idée pourrait se concrétiser.

« Ils m’ont convaincu qu’avec moins de 5 millions de dollars, nous pourrions y arriver », a déclaré Poliakine. « Ces entreprises, celles qui selon nous iront jusqu’au bout, nous les finançons ».

Le produit phare de la société, le Gynescope, est un appareil d’imagerie compact qui utilise les technologies de vision des machines conçues à l’origine par l’armée israélienne pour permettre aux gynécologues à la fois de travailler et de voir d’une manière qui n’était pas possible avant. Il sera utilisé pour effectuer des colposcopies, des examens du col de l’utérus, des biopsies et d’autres examens.

La technologie de vision de la machine capture les images et les analyse automatiquement pour des applications industrielles et d’autres applications pratiques. Le programme reconnaît les caractéristiques pré-programmées dans l’image, un peu comme la technologie de reconnaissance vocale, mais cette fois-ci appliquées à l’information visuelle. Lorsque ces caractéristiques sont identifiées, le programme peut déclencher différentes actions.

La voie empruntée par Illumigyn qui est passé de la technologie de Tsahal à une start-up spécialisée en haute technologie est similaire à celle empruntée par d’autres sociétés israéliennes. La société spécialisée en cyber-sécurité Check Point et la société de gestion de messagerie vocale Comverse ont leurs racines dans les corps des renseignements et du besoin de l’unité 8200 de surveiller, par exemple.

« Check Point, et de nombreuses autres entreprises ont été créées en raison du besoin de l’armée israélienne d’entendre, d’écouter », a déclaré Poliakine. « Israël avait le besoin d’entendre mais aussi de voir et de voir sur différentes longueurs d’onde ».

La technologie s’est ensuite intéressée à la ligne de production, où elle peut être utilisée pour la garantie de qualité. En vérifiant les produits avec une longueur d’onde spécifique, les systèmes peuvent repérer les faiblesses. L’une des raisons pour lesquelles Intel est devenu si important en Israël est que les processus de garantie de qualité utilisés par la société sont fondés sur certaines de ces technologies de vision industrielles, a expliqué Poliakine.

Les systèmes de vision industriels sont devenus des produits à faible coût, en particulier en Chine.

Les fondateurs d’Illumigyn font maintenant entrer cette technologie chez les gynécologues. Ils ont développé une caméra qui examine la zone cervicale avec différentes longueurs d’onde de lumière pour identifier les tissus anormaux.

Le Gynescope, ici, utilisé sur une fleur comme cible pour illustrer la capture microscopique et la vidéo haute définition (Crédit : Luc Tress / Times of Israel)
Le Gynescope, ici, utilisé sur une fleur comme cible pour illustrer la capture microscopique et la vidéo haute définition (Crédit : Luc Tress / Times of Israel)

Le cancer du col de l’utérus est le quatrième cancer le plus fréquent chez les femmes, bien que l’introduction des frottis ait considérablement réduit le taux de mortalité dû à cette maladie, en particulier dans les pays développés. En 2012, environ 266 000 femmes sont mortes de cette maladie, selon le rapport mondial sur le cancer de 2014 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). La maladie est particulièrement mortelle dans les pays en développement où la détection précoce et le traitement sont plus difficiles.

Poliakine est persuadé qu’un bon nombre de ces décès pourraient être évités. Les spéculums utilisés aujourd’hui par les gynécologues pour effectuer des examens sont généralement jetables, en plastique, et équipé d’une lumière à fibres optiques qui permet aux médecins de voir, mais de loin, et seulement ce qui est visible à la lumière.

« La plupart des cancers du col utérin, la plupart des motifs irréguliers des tissus qui indiquent qu’il y a un cancer ou d’autres maladies peuvent être facilement distingués grâce à la lumière fluorescente, ou ultraviolette ou infrarouge, et l’œil humain ne peut pas les voir, a déclaré Poliakine. « C’est totalement subjectif et il y a un taux de dépistage très faible chez les femmes pour le cancer du col utérin et d’autres maladies et pour beaucoup d’autres choses qui peuvent réellement mettre les vies en danger ».

Le Gynescope d’Illumigyn recherche les maladies alors qu’elles sont encore en développement, en utilisant différentes longueurs d’onde de lumière. La société a utilisé les technologies déjà existantes, y compris les systèmes de vision industriels, et a créé une caméra optique sophistiquée qui rentre à l’intérieur de la poignée d’un spéculum standard utilisé par les gynécologues.

La vidéo est en haute définition, jusqu’à un niveau microscopique, avec un appareil photo qui capture des images avec différentes longueurs d’onde de lumière. Chaque longueur d’onde permet d’analyser les différents motifs irréguliers. Par exemple, le cancer du col de l’utérus pourrait être repéré dans ses premiers stades juste sous le tissu de surface mais est invisible à l’œil nu, cependant, il est visible à la lumière infrarouge, a expliqué Poliakine. Les femmes iraient chez le gynécologue et passeraient les examens de la même manière qu’elles le font maintenant.

Ils ont l’intention de construire une base de données d’images qui sera comparée à l’image que les gynécologues voient en temps réel et qui pourrait leur suggérer où il pourrait y avoir un problème. Ils seront en mesure de comparer les images de leur patiente avec une banque d’images de milliers d’autres images. Le processus sera basé sur la technologie de reconnaissance des formes existantes.

« L’image visible à la lumière aidera le médecin à voir ce qui se passe, mais en réalité l’information est comparée à une base de données qui dira : ‘hey, vous avez peut-être une zone suspecte ici, ou peut-être que vous devriez faire une biopsie de cette zone et non celle-là’ », a précisé Poliakine.

Le Gynescope utilise différentes longueurs d'onde de lumière, y compris la lumière infrarouge et ultraviolette, pour scanner les tissus potentiellement dangereux et anormaux (Crédit : Luc Tress / Times of Israel)
Le Gynescope utilise différentes longueurs d’onde de lumière, y compris la lumière infrarouge et ultraviolette, pour scanner les tissus potentiellement dangereux et anormaux (Crédit : Luc Tress / Times of Israel)

Une petite équipe a développé l’équipement avec la participation des chefs de file dans les domaines de l’obstétrique et de la gynécologie, la plupart basés aux Etats-Unis. Ils travaillent à partir d’un petit bureau sur le campus de Neve Ilan et comprennent des experts en physique, en optique, en électronique, en algorithmes, en logiciel et en mécanique. La société est dirigée par le PDG Ariel Katz, qui a également travaillé avec Powermat et Comverse.

La technologie qu’ils utilisent a mûri dans d’autres domaines et est le plus souvent âgée de 5 à 10 ans, a déclaré le Dr Gilad Davara, l’un des fondateurs de l’entreprise et son chef de la physique. L’équipe a été en mesure d’apporter un savoir-faire depuis d’autres arènes et de tout combiner d’une manière qui n’avait pas encore été possible jusqu’à présent, quand la technologie était plus volumineuse et plus coûteuse.

L’électronique est compliquée, mais pas chère et n’utilise pas trop d’énergie, a précisé Davara. Trop d’énergie, a-t-il noté, ferait trop chauffer l’équipement et serait inadapté aux procédures médicales.

Pour obtenir une bonne image, la caméra a besoin de trouver la bonne zone et cette caméra peut automatiquement corriger sa position et son focus, ce qui est important parce que les patientes bougent souvent pendant les procédures et les femmes sont physiologiquement différentes, selon leur taille, si elles ont donné naissance, ou d’autres facteurs, a indiqué Davara.

Poliakine dit qu’il y aura quatre principaux avantages pour la santé des femmes. Les gynécologues seront en mesure de voir pendant qu’ils procèdent à l’examen d’une manière entièrement nouvelle. Ils vont construire une base de données d’images pour chaque femme, afin de pouvoir comparer ses images actuelles à celles de ses précédentes visites. Ils seront en mesure de proposer une solution quand il pourrait y avoir un problème, et ils seront en mesure de guider les médecins grâce à ces procédures.

Une équipe en Inde est déjà en train de construire une base de données d’images. L’équipement a passé le stade des essais cliniques mais cela ne constitue pas un obstacle pour un dispositif de surveillance, a précisé Poliakine. Le défi viendra au moment où ils vont affirmer qu’ils pourront prévenir les maladies. Ils ne vont pas diagnostiquer les problèmes, a-t-il souligné, mais vont suggérer quand il pourrait y avoir des problèmes, et où. Les médecins ne peuvent faire un diagnostic officiel qu’après avoir effectué une biopsie et examiné les cellules sous un microscope.

Aujourd’hui, par exemple, un gynécologue qui a besoin de faire une biopsie pour vérifier s’il y a un cancer du col de l’utérus doit prélever plusieurs échantillons de tissus. Illumigyn est persuadé que sa technologie sera en mesure de dire aux médecins l’endroit précis où ils devraient prélever un échantillon et le médecin sera en mesure à la fois de voir clairement et d’effectuer la biopsie, ce qui n’était pas possible auparavant. Ils seront en mesure de conseiller les médecins sur les procédures en temps réel.

Ils espèrent fournir les caméras aux cliniques gratuitement. Un modèle commercial possible serait de vendre aux cliniques seulement les spéculums stériles personnalisés pour les utiliser avec leur équipement. Poliakine appelle cela le modèle commercial « Gillette », semblable à un rasoir qu’un client achète bon marché mais qui doit ensuite investir pour acheter les lames. Les spéculums sont déjà un poste de dépense pour les cliniques de sorte que le matériel n’entraînerait pas de frais supplémentaires. Ils envisagent également de mettre à disposition l’information de la base de données aux chercheurs pour une somme modique.

Du côté de la technologie, Illumigyn a fait le travail qu’il doit faire, ont-ils expliqué. Ils sont en train de construire une base de données avec un nombre suffisant d’images.

Jusqu’à présent, les réactions sur le terrain ont été extrêmement positives.

« Nous avons tout terminé dans la phase de développement. Les premières femmes les testent, nous recueillons des données et nous lançons le système », a déclaré Poliakine.

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