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Une diplomate américaine rencontre Abbas à Ramallah avant la visite de Biden

Le chef de l’AP, qui a aussi évoqué l'OLP et le consulat, a averti qu'il pourrait revoir à la baisse les relations avec Israël avec la situation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

La Secrétaire d’État adjointe aux affaires du Proche-Orient, l'Américaine Barbara Leaf (à gauche), s'entretient avec le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au bureau de ce dernier à Ramallah le 11 juin 2022. (Crédit : Département d’État/Twitter)
La Secrétaire d’État adjointe aux affaires du Proche-Orient, l'Américaine Barbara Leaf (à gauche), s'entretient avec le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au bureau de ce dernier à Ramallah le 11 juin 2022. (Crédit : Département d’État/Twitter)

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a accueilli samedi une délégation américaine menée par la Secrétaire d’État adjointe aux Affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf. Il en a profité pour lancer un nouvel appel à Washington, l’invitant à tenir sa promesse de rétablir pleinement les relations entre les Palestiniens et les États-Unis avant la visite du président Joe Biden, le mois prochain.

La réunion a eu lieu moins de deux semaines après un appel téléphonique qu’Abbas a eu avec le Secrétaire d’État américain, Antony Blinken, au cours duquel le chef de l’AP a confié être sur le point de revoir à la baisse les liens entretenus avec Israël en raison des « violations du droit international à Jérusalem-Est et en Cisjordanie », a déclaré samedi un responsable palestinien au Times of Israel.

Abbas ne décolère pas contre l’administration américaine pour ce qui est, selon lui, une incapacité à revenir sur les mesures imposées par l’administration Trump.

La délégation de Leaf espère rassurer Ramallah sur le fait que Washington travaille toujours dans la perspective d’une solution à deux États, même si les responsables américains ont précisé ne pas avoir l’intention de lancer de nouvelle initiative de paix dans l’immédiat.

Il est possible ce ne soit pas suffisant pour Abbas, vieillissant et coupé depuis longtemps maintenant du soutien d’une grande part de la population palestinienne.

« Abbas [a dit à Leaf] que la situation actuelle était insoutenable et qu’elle ne pourrait être tolérée [en] l’absence de perspective politique claire », a précisé le site d’information officiel de l’AP, Wafa.

Abbas a évoqué « l’escalade israélienne » contre les lieux saints islamiques et chrétiens, l’expulsion de Palestiniens à Jérusalem-Est, l’autorisation des constructions dans les implantations et la violence de leurs résidents, a déclaré son cabinet.

Les forces de sécurité israéliennes s’affrontent avec des Palestiniens après les funérailles de Walid al-Sharif, 23 ans, qui a succombé à ses blessures le mois dernier lors d’affrontements avec la police israélienne devant la mosquée Al-Aqsa sur le Mont du Temple, le 16 mai 2022. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

La bonne volonté affichée par les gouvernements américain et israélien dans les relations avec Ramallah, l’an dernier, s’est presque totalement dissipée ces derniers mois. Biden a certes rétabli les relations diplomatiques et le versement de centaines de millions de dollars d’aide aux Palestiniens dans les mois qui ont suivi sa prise de fonctions. Il s’est également engagé à rouvrir le consulat américain à Jérusalem, mission de facto auprès des Palestiniens fermée par l’ex-président Trump en 2019. Mais face à l’opposition de la fragile coalition au pouvoir en Israël, il a tardé à tenir sa promesse de campagne, au grand dam de l’AP.

Jeudi, les États-Unis ont annoncé avoir rétabli une ligne de communication avec l’AP qui avait été précédemment coupée par Trump. Cette liaison était à l’origine assurée le consulat de Jérusalem et elle avait été intégrée par l’administration précédente dans l’ambassade des États-Unis en Israël plus globalement. Aujourd’hui, le poste créé, qui servira de canal direct entre les deux parties, relèvera directement de Washington, et non de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, de manière très symbolique.

Refusant d’être considérée comme un sous-ensemble des relations américaines avec Israël, l’AP avait pour l’essentiel boycotté l’Unité des affaires palestiniennes – désormais « Bureau des affaires palestiniennes ». Rien n’indique, après l’annonce de jeudi, que la politique à Ramallah changera sensiblement.

Les États-Unis avaient dans l’idée de nommer le Sous-Secrétaire adjoint, Hady Amr, au poste d’envoyé spécial auprès des Palestiniens, afin de renforcer les relations avec l’AP. Toutefois, Abbas n’aurait pas trés bien pris la nouvelle lors de son appel avec Blinken et le projet serait aujourd’hui en suspens, ont déclaré deux responsables américain et palestinien au Times of Israel cette semaine.

Le cabinet d’Abbas a déclaré que le leader palestinien avait mis à profit la réunion de samedi pour exiger une fois de plus que les États-Unis rouvrent le consulat ainsi que la mission diplomatique de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington. Biden s’était engagé, lors de sa campagne, à rouvrir le poste fermé par Trump en 2019. Abbas a également appelé Biden à abandonner la loi de 1987 considérant l’OLP comme une organisation terroriste. Une telle décision exposerait le président démocrate aux critiques de ses rivaux qui exigent que l’AP réforme sa politique d’aide sociale, et notamment les versements faits aux prisonniers et aux familles des attaquants qui ont tué des Israéliens.

Les liens de l’AP avec Israël se sont sensiblement détériorés ces derniers mois, après une courte embellie, en juin 2021, dans la foulée de la prise de pouvoir de l’actuel gouvernement israélien.

Abbas avait à cette occasion eu de nombreux entretiens avec des ministres israéliens de haut rang et Jérusalem avait octroyé un nombre record de permis de travail pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, dans le but de renforcer l’AP. De telles mesures se sont raréfiées ces derniers mois, sous la pression du flanc droit d’une coalition israélienne toujours plus fragilisée, qui exige une ligne plus agressive à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Les funérailles de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le mois dernier, Israël a autorisé la construction de quelque 4 500 logements, dont la majorité devraient être situés en Cisjordanie. Cette décision a été prise dans le sillage de heurts répétés entre la police israélienne et les Palestiniens sur le mont du Temple, un jour après la mort, dans des circonstances contestées, de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, autant d’événements qui ont suscité une grande colère parmi les Palestiniens.

Le cabinet de Leaf a fait savoir sur Twitter, après la réunion de samedi, qu’avaient été évoqués « la relation américano-palestinienne, l’aide américaine aux Palestiniens, l’approfondissement des relations et la nécessité d’assurer que Palestiniens et Israéliens bénéficient des mêmes mesures en termes de liberté, sécurité et prospérité ».

Leaf était accompagnée d’Amr et Cynthia Cook, directrice des affaires israéliennes et palestiniennes du Conseil de sécurité nationale, qui poursuivra ses entretiens avec des responsables à Jérusalem et Ramallah pendant les trois prochains jours.

Il est prévu que Biden se rende en Israël et Cisjordanie le mois prochain, à l’occasion d’un déplacement qui devrait inclure une escale en Arabie saoudite. Le voyage devait avoir lieu à la fin du mois, mais a été retardé pour ce que les responsables de la Maison Blanche ont déclaré être des raisons de calendrier.

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