Une élue appelle au limogeage de l’envoyé israélien qui s’est tu sur Keyes
Rechercher

Une élue appelle au limogeage de l’envoyé israélien qui s’est tu sur Keyes

Karine Elharrar rejoint les appels en faveur de mesures contre Ron Dermer qui n'a pas transmis les allégations d'agressions sexuelles au sujet du porte-parole de Netanyahu

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Ron Dermer, à la maison d'hôtes du président, à Washington, DC, le 14 février 2017. (Avi Ohayon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Ron Dermer, à la maison d'hôtes du président, à Washington, DC, le 14 février 2017. (Avi Ohayon/GPO)

La députée de l’opposition Karine Elharrar a appelé dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu à démettre de ses fonctions l’ambassadeur à Washington qui n’a pas transmis les allégations d’agressions sexuelles contre un haut-conseiller de Netanyahu.

Elharrar, du parti Yesh Atid, a expliqué à Netanyahu dans un courrier que Ron Dermer avait légalement l’obligation de faire part des avertissements faisant état de comportements inappropriés de la part du porte-parole du Premier ministre israélien pour les médias étrangers David Keyes.

« Ce silence assourdissant envoie un message mauvais et problématique à toutes les femmes, partout », a-t-elle dit. « Il établit que le corps des femmes n’a aucune valeur lorsqu’on en vient aux caprices d’un haut-responsable gouvernemental et qu’il est préférable qu’elles se taisent ».

Elharrar a expliqué que le nombre croissant d’accusations contre Keyes était « perturbant » et qu’elles soulignaient un modèle de comportement, chez lui, visant à « exploiter sa position pour satisfaire ses désirs ».

Mais elle a ajouté que la décision de Dermer de ne pas relayer les mises en garde concernant le comportement inapproprié de Keyes envers les femmes parce que ces allégations n’étaient pas criminelles en nature était une « offense bien plus grave ».

La députée de Yesh Atid Karine Elharrar dirige une commission du contrôle de l’Etat le 8 mars 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Vendredi, le bureau de Dermer a reconnu que suite à la nomination de Keyes au bureau du Premier ministre, le rédacteur en chef du Wall Street Journal de l’époque, Bret Stephens, avait averti l’ambassadeur des mauvais comportement présumés de Keyes. Le New York Times a indiqué que Stephens avait dit à Dermer lors d’un entretien téléphonique, au mois de novembre 2016, que Keyes « posait un risque pour les femmes dans les bureaux gouvernementaux israéliens ».

« Les informations sur cet appel n’ont pas été relayées auprès du bureau du Premier ministre. Si Stephens ou qui que ce soit d’autre avait donné à l’ambassadeur des informations sur des agressions sexuelles ou tout autre acte criminel commis contre les femmes au bureau du Premier ministre – que ce soit avant ou après la nomination de cette personne – l’ambassadeur en aurait notifié immédiatement le bureau du Premier ministre », a dit le bureau de Dermer dans un communiqué.

Les informations précises données par Stephens à Dermer restent indéterminées. En Israël, le harcèlement sexuel – et pas seulement l’agression – est considéré comme un crime.

Se faisant l’écho d’une plainte qui a été déposée samedi devant la commission de service civil par la députée du Meretz Michal Rozin, Elharrar a expliqué que sous les termes de la loi israélienne de prévention du harcèlement sexuel, les employeurs doivent prendre « des mesures appropriées » contre le harcèlement.

Elle a ajouté que même si Dermer n’avait pas cru que les accusations contre Dermer constituaient un délit criminel, il se trouvait tout de même dans l’obligation de faire part des allégations à son encontre, selon la loi de 1998.

« Il est déraisonnable qu’une personnalité à un tel niveau de responsabilité viole la loi de manière aussi flagrante », a estimé Elharrar.

En réponse, le bureau du Premier ministre a indiqué dimanche que « ce qui a été exactement dit à Dermer n’est pas clairement établi sur la base des informations parues dans les médias » et que sa gestion de l’affaire ferait l’objet d’une enquête en interne, selon le site Ynet.

La commission du service civil a répondu dimanche à la plainte déposée par Rozin, annonçant qu’une commission interne se pencherait sur la possibilité d’initier une procédure disciplinaire contre Dermer et Keyes.

La commission a noté qu’elle ne pouvait pas sanctionner Keyes pour des délits commis aux Etats-Unis, ajoutant qu’elle enquêterait sur d’éventuels comportements inappropriées lorsqu’il était employé au bureau du Premier ministre.

David Keyes, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu (Facebook)

La semaine dernière, Julia Salazar, candidate au sénat de l’Etat de New York, a accusé Keyes de l’avoir sexuellement agressée il y a cinq ans. La journaliste du Wall Street Journal Shayndi Raice a pour sa part indiqué sur Twitter qu’elle aussi avait eu une « rencontre terrible » avec Keyes avant qu’il ne devienne le porte-parole de Netanyahu. Elle l’a qualifié de « prédateur », de personnalité n’ayant « absolument aucune conception du mot ‘non’. »

Dans un article publié la semaine dernière par le Times of Israel, au moins une douzaine d’autres femmes ont fait part de diverses accusations.

Keyes, 34 ans, a nié ces allégations, disant qu’elles étaient toutes « profondément trompeuses, un grand nombre étant catégoriquement mensongères ». Il a ensuite déclaré qu’il prenait un congé exceptionnel face à l’indignation générale pour tenter de laver son nom de toutes les accusations.

Un certain nombre de députées ont dénoncé Netanyahu qui ne s’est pas encore exprimé sur ce scandale qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

La semaine dernière, Rozin a critiqué le silence de Netanyahu suite aux accusations, affirmant qu’il pouvait être considéré comme une certaine tolérance concernant les actes présumés. Elle a réclamé que le Premier ministre se positionne clairement contre les agressions et le harcèlement sexuels.

Rozin, qui était dans le passé à la tête de l’organisation-cadre à destination des victimes de violences sexuelles, a également dit qu’il fallait enquêter sur Keyes en raison de « graves préoccupations sur d’éventuels comportements en série ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...