Une enquête ouverte concernant Yona Avushmi pour incitations à la violence
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Une enquête ouverte concernant Yona Avushmi pour incitations à la violence

Les organisateurs des rassemblements anti-Netanyahu avaient porté plainte contre le meurtrier d'un activiste pour la paix en 1983, après des menaces diffusées à la télévision

Yona Avrushmi, au centre, qui a tué le manifestant Emil Grunzweig à l'aide d'une grenade jetée dans la foule lors d'un rassemblement pour la paix en 1983, le jour de sa libération de prison, le 26 janvier 2011 (Crédit : Flash90)
Yona Avrushmi, au centre, qui a tué le manifestant Emil Grunzweig à l'aide d'une grenade jetée dans la foule lors d'un rassemblement pour la paix en 1983, le jour de sa libération de prison, le 26 janvier 2011 (Crédit : Flash90)

La police israélienne a indiqué dimanche soir ouvrir une enquête sur Yona Avrushmi qui, en 1983, avait tué un activiste de gauche, Emil Grunzweig, au cours d’une manifestation. Il est soupçonné d’incitation au meurtre après la diffusion d’un entretien télévisé au cours duquel l’ancien prisonnier a qualifié les manifestants anti-Netanyahu de « microbes », suggérant que les contre-manifestants « savaient exactement ce qu’il faut faire » à leur sujet.

En 1983, Avrushmi avait lancé une grenade dans une foule qui prenait part à une manifestation de gauche, tuant Grunzweig et blessant neuf autres personnes, dont l’ancien ministre du Parti travailliste Avraham Burg et le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, qui fait aujourd’hui partie du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Lors d’un entretien à la Douzième chaîne diffusé vendredi, Avrushmi a affirmé que les manifestants étaient des « microbes, cela ne fait aucun doute… ils propagent des maladies et doivent être tenus à l’écart de la société ».

Il a également déclaré que les contre-manifestants « savaient quoi faire » avec eux.

« La police israélienne va ouvrir une enquête criminelle contre Yona Avrushmi », a indiqué la police dans un communiqué, notant que ses propos « pourraient s’apparenter à une incitation à la violence ».

Elle a ajouté que le bureau du procureur d’Etat avait approuvé l’ouverture de l’enquête.

Samedi, des manifestants anti-Netanyahu avaient porté plainte contre Avrushmi, dénonçant des incitations au meurtre.

Steinitz a appelé dimanche la police à arrêter l’homme.

« J’ai constaté avec effarement les incitations à la violence proférées par Yona Avrushmi, ce meurtrier », a écrit Steinitz sur Twitter. « Portant encore dans ma jambe le stigmate de sa violence meurtrière sous la forme des fragments de la grenade qu’il avait lancée, j’appelle la police israélienne et les autorités judiciaires à arrêter Avrushmi et à ouvrir une enquête sur ce dernier suite à ses appels à la violence et à la permission qu’il donne de faire couler le sang des manifestants de gauche. »

« Tout comme nous ne devons pas rester silencieux face aux appels au meurtre qui touchent le Premier ministre Benjamin Netanyahu, aux appels visant à nuire à sa famille – nous ne pouvons pas davantage accepter les appels à la violence émanant de Yona Avrushmi, ce vil meurtrier, qui a ôté la vie à Emil Grunzweig et qui m’a blessé, moi et d’autres », a poursuivi Steinitz dans sa publication.

Le ministre de l’Energie Yuval Steinitz à la commission des Affaires de la Knesset et de la Protection environnementale, le 22 juillet 2020. (Crédit : Adina Velman, porte-parole de la Knesset)

Le député Moshe Yaalon de la formation Yesh Atid-Telem, ex-ministre de la Défense et ancien chef d’Etat-major de l’armée, a lui aussi réclamé avec fermeté l’arrestation immédiate d’Avrushmi.

« Il doit être immédiatement appréhendé… Il a clairement incité au meurtre », a commenté Yaalon dans la journée de samedi, ajoutant que Netanyahu encourageait de tels propos en se prêtant lui-même à des incitations contre les protestataires.

Condamné à la prison à vie, Avrushmi avait été libéré de prison après 27 années passées derrière les barreaux.

Durant l’entretien accordé à la Douzième chaîne, il a évoqué la nuit du rassemblement de 1983, disant qu’il n’avait pas « acheté la grenade pour la laisser chez moi. Je l’ai jetée dans la foule et je suis rentré me coucher ».

Cette manifestation de 1983 avait été organisée par l’organisation La Paix Maintenant. Elle s’était déroulée aux abords du bureau du Premier ministre, qui était alors occupé par Menachem Begin. Les participants avaient demandé au gouvernement d’accepter les conclusions de la commission Kahan qui avait été créée pour enquêter sur le massacre de Sabra et Chatila commis par une milice libanaise en 1982.

Les Israéliens se regroupent régulièrement rue Balfour à Jérusalem, ainsi qu’à Tel Aviv et dans d’autres secteurs, depuis plusieurs semaines. Ils appelent Netanyahu à démissionner en raison de ses mises en examen pour des faits de corruption. D’autres manifestants se sont joints au mouvement, dénonçant les politiques économiques mises en œuvre dans le cadre de la pandémie de coronavirus, et des milliers de personnes défilent désormais dans les rues du pays – un nombre qui ne cesse de croître.

Emil Grunzweig (quatrième à gauche) lors d’un rassemblement pour la paix en 1983 où il devait trouver la mort. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Il y a eu, ces dernières semaines, des incidents de violences de la part de partisans de Netanyahu. Les manifestants ont aussi accusé la police d’avoir utilisé la force de manière excessive.

Qualifiant les partisans de la gauche politique de « démons » et de « haineux d’Israël », Avrushmi a ajouté : « Je les hais et ils me haïssent. »

Avrushmi, qui habite à Tel Aviv, a affirmé n’avoir aucunement l’intention « d’aller rue Balfour » voir les rassemblements anti-Netanyahu mais que « des jeunes y vont et ils savent ce qu’ils ont à faire – ils savent très exactement ce qu’il faut faire ».

Netanyahu et ses partisans ont condamné avec force les manifestants, les qualifiant « d’anarchistes » et les accusant d’incitations à la violence présumées à l’encontre du Premier ministre et de sa famille.

Il a également dénoncé la couverture médiatique du mouvement de protestation qui, a-t-il clamé, est exagérée.

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 8 août 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les violences à l’encontre des protestataires anti-Netanyahu et la rhétorique employée des deux côtés ont amené le président Reuven Rivlin à recommander aux leaders politiques d’apaiser les tensions. Dans un communiqué publié à la fin du mois dernier, Rivlin a rappelé le meurtre de Grunzweig ainsi que celui du Premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné lors d’un rassemblement pour la paix par un Juif d’extrême-droite, Yigal Amir.

« Le malheur s’abattra sur notre démocratie si un frère prend les armes contre son frère », a-t-il averti.

Le chef du gouvernement, Benjamin Netanyahu, est actuellement traduit devant les juges dans une série de dossiers impliquant des cadeaux offerts par des amis milliardaires et pour avoir négocié des faveurs avec d’éminentes personnalités des médias israéliens, avec pour objectif d’obtenir une meilleure couverture médiatique des actions du Premier ministre et de sa famille.

Netanyahu ne cesse de clamer son innocence, accusant les médias et le système judiciaire israélien d’avoir lancé une « chasse aux sorcières » visant à l’écarter du pouvoir.

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