Une espèce de lézard découverte par un Juif retrouvée 130 ans plus tard
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Une espèce de lézard découverte par un Juif retrouvée 130 ans plus tard

Cette espèce, découverte en 1891 en Indonésie par l'explorateur Elio Modigliani, fils d'un banquier florentin, n'avait pas été revue vivante avant 2018, selon les scientifiques

Un lézard de Modigliani (Capture d'écran/YouTube)
Un lézard de Modigliani (Capture d'écran/YouTube)

Une version vivante d’une espèce de sauriens de la famille des Agamidae, portant le nom du scientifique et explorateur juif qui l’avait découverte dans le sud-est de l’Asie, a été revue pour la toute première fois depuis 130 ans dans la province de Sumatra du nord, en Indonésie.

Le lézard de Modigliani (Harpesaurus modiglianii) avait obtenu sa description taxonomique ainsi que son nom en 1933 – un an après le décès d’Elio Modigliani, fils d’un banquier de Florence devenu zoologue, botaniste et anthropologue, et qui s’était rendu à Sumatra et dans plusieurs îles situées sur la côte ouest de l’Indonésie entre 1886 et 1894, explorant les tribus installées dans la région.

Il avait découvert ce lézard – qui porte son nom en raison de son nez protubérant – en 1891.

Cinq espèces de reptiles et une espèce d’amphibien portent le nom de ce collectionneur intrépide.

Ce lézard avait disparu jusqu’en 2018, lorsqu’un biologiste, Chairunas Adha Putra, était parti étudier les oiseaux en Sumatra du nord et qu’il avait découvert un spécimen de saurien mort aux caractéristiques étranges à proximité d’un lac volcanique. Il avait rapidement fait appel à un herpétologue, Thasun Amarasinghe, de l’université d’Indonésie à Depok, a fait savoir ScienceNews mardi.

Elio Modiglinani, anthropologue, zoologue et herboriste juif italien (Crédit : Elio Modigliani, “Un viaggio a Nias”, 1890, fratelli Treves, Milano, Wikimedia Commons)

Amarasinghe, identifiant immédiatement le cadavre comme étant un lézard de Modigliani, avait demandé à Putra de retourner là où il l’avait trouvé et de chercher un spécimen vivant de l’espèce. Il avait fallu cinq jours à Putra pour y parvenir mais il en avait finalement découvert un, qui était « apparemment en train de dormir ».

Il l’avait alors mesuré, il avait pris des photos et il avait observé son comportement, permettant à Amarasinghe de le comparer à la trouvaille d’Elio Modigliani et de confirmer que le lézard mort et le lézard vivant appartenaient en effet à la fameuse espèce de Modigliani.

Dans un article paru au mois de mai dans le journal Taprobanica: The Journal of Asian Biodiversity, Amarasinghe, Putra et leurs collègues font savoir que si le spécimen fourni par Modigliani qui avait été offert au musée d’histoire naturelle de Gênes était bleu pâle en raison de sa préservation, les lézards Harpesaurus Modiglianii étaient majoritairement d’un vert lumineux et qu’ils pouvaient changer de couleur pour se camoufler.

ScienceNews a interviewé l’herpétologue Shai Meiri, expert des espèces de lézard à l’université de Tel Aviv, qui a montré qu’un grand nombre de ces lézards dit « dragon » – comme celui trouvé par Modigliani, vivent dans des habitats petits et inaccessibles, ce qui rend leur étude difficile.

Selon Meiri, il y a trente espèces de la famille Agamidae, à laquelle appartient le lézard de Modigliani, qui n’ont jamais été vues depuis qu’elles ont été décrites pour la première fois et 19 espèces dont un seul spécimen a été jusqu’à présent découvert.

Tandis qu’Amarasinghe et Putra s’inquiètent de la déforestation massive dans la zone où vit le lézard et dans ses alentours, Meiri se montre plus positif, disant que ses besoins de préservation vont dorénavant pouvoir être étudiés et compris et que des mesures visant à la protéger pourront être prises.

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