Une Juive, membre de la dynastie indienne de Nehru, meurt à 108 ans
Fuyant l'antisémitisme en Hongrie, Shobha Nehru, née Magdolna Friedmann, a épousé un homme de la famille du premier Premier ministre de l'Inde
Une Juive hongroise qui avait fui l’antisémitisme européen et s’était mariée à un homme de la dynastie politique la plus importante d’Inde est décédée la semaine dernière à l’âge de 108 ans.
Shobha Nehru, née Magdolna Friedmann en 1908, était originaire d’une riche famille juive qui s’était intégrée à Budapest. Elle est partie en Inde après avoir épousé BK Nehru, cousin du leader du mouvement indépendantiste indien et premier Premier ministre du pays, Jawaharlal Nehru, et a vécu toute sa vie au centre de la vie politique du sous-continent.
Elle est morte de vieillesse, a annoncé sa famille, selon la presse indienne.
Shobha Nehru avait rencontré son époux à la School of Economics de Londres, où elle avait été envoyée à l’âge de 20 ans alors que l’antisémitisme commençait à gagner du terrain en Hongrie, menant à l’introduction de quotas pour les Juifs au sein des universités hongroises, selon le New York Times.
Malgré les appréhensions des deux familles, le couple s’était marié et Nehru avait quitté la Hongrie pour s’installer en Inde.
Alors que l’Holocauste commençait, un grand nombre de ses parents et de ses amis étaient parvenus à s’échapper de justesse tandis que Nehru elle-même était restée dans une Inde en proie à la partition ethnique violente et chaotique, sur ce territoire qui devait ensuite devenir celui de l’Inde et du Pakistan.
En 1949, Nehru était revenue en Hongrie pour visiter Budapest en compagnie de ses trois fils.
« Elle sortait tous les jours pour rencontrer ses amis », avait raconté son fils Ashok, selon le New York Times.
« Un grand nombre d’entre eux avait disparu. D’autres avaient été violées par les Russes, d’autres encore avaient été tués par les Allemands. C’était des récits atroces. Je me souviens d’elle qui revenait en pleurs », avait-il ajouté.
Alors qu’elle devait rester en Inde pour le reste de sa vie, Nehru a également vécu brièvement aux Etats-Unis lorsque son époux a assumé les fonctions d’ambassadeur indien dans le pays, de 1961 à 1968.

L’historien britannique décédé Martin Gilbert se souvenait avoir été surpris quand Nehru, dont il avait toujours supposé qu’elle était indienne, lui avait demandé de lui recommander des lectures sur l’histoire des Juifs jusqu’à ce qu’elle lui raconte son enfance en Hongrie.
Partie de Budapest à un jeune âge, Nehru a toujours conservé son attachement pour la communauté juive hongroise. Lors des événements diplomatiques, avait-elle expliqué à Gilbert, elle ne serrait pas la main de l’ambassadeur allemand.
« J’ai un sentiment de culpabilité », aurait-elle déclaré, des propos repris par le New York Times. « Je n’étais pas là. J’étais en sécurité. Ce sentiment de culpabilité m’accompagne encore. Pourquoi moi n’aurais-je pas souffert ? »
En plus de Jawaharlal Nehru, Shobha Nehru était également liée, par son mariage, à la Première ministre indienne Indira Ghandi et elle était la tante de Rahul Ghandi, considéré comme l’héritier du parti du Congrès, qui avait été dominé par Nehru, et qui a dirigé l’Inde durant une très grande partie de son histoire.