Une ligne de crise inondée d’appels à cause des émeutes entre Juifs et Arabes
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Une ligne de crise inondée d’appels à cause des émeutes entre Juifs et Arabes

Selon une ONG de "premier secours psychologique", un grand nombre d'appels ont fait état d'une crainte plus forte des violences entre Juifs et Arabes que des roquettes du Hamas

Des agents de police affrontent des émeutiers arabes israéliens à Ramlé, dans le centre d'Israël, le 10 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Des agents de police affrontent des émeutiers arabes israéliens à Ramlé, dans le centre d'Israël, le 10 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Shomrim via JTA — Le téléphone a sonné à un rythme sans précédent : Une femme inquiète pour la sécurité de sa mère, une mère anxieuse de savoir quoi dire à ses enfants, un homme bouleversé par les informations et dans l’incapacité de se calmer…

ERAN, organisation à but non-lucratif israélienne qui fournit ce qu’elle qualifie de « premier secours psychologique », a reçu 7 200 appels sur sa ligne d’urgence au cours de la récente flambée de violences en Israël.

Ce qui représente plus du double du nombre d’appels en période normale et ce qui témoigne de la peur et de l’anxiété profondes qui se sont abattus sur les Israéliens au cours du récent conflit, et des tensions qui se sont accrues entre Juifs et Arabes israéliens au même moment.

« Les gens nous ont dit comment leur monde, leur environnement et leurs villes étaient devenus, tout à coup, des endroits où planait le danger », explique Shiri Daniels, à la tête d’ERAN. « Ils avaient le sentiment que les gens, autour d’eux, étaient devenus hostiles. Leur vision d’eux-mêmes changeait aussi : Ils perdaient leur équilibre et leur capacité à faire des choses, devenant plus effrayés et plus anxieux ».

Cette recrudescence d’appels – de la part de Juifs et d’Arabes israéliens de la même façon – laisse penser qu’Israël pourrait devoir gérer les conséquences émotionnelles des violences récentes à long-terme.

Un grand nombre d’appels sont venus de villes mixtes, arabes et juives, qui ont été le théâtre de violences interethniques par des bandes pendant le conflit, selon Daniels. Un Arabe et un Juif israéliens ont perdu la vie au cours de ces émeutes.

« Nous avons été contactés par une femme qui nous a dit qu’elle était si inquiète pour sa mère qui habite Akko qu’elle abandonnait tout et qu’elle partait pour rester auprès d’elle », explique Daniels. « Certains nous ont confié qu’ils ne craignaient pas les centaines de roquettes tirées vers Israël mais ce qu’ils appelaient ‘la guerre civile’. C’est ça qui leur donnait le sentiment d’être vulnérables ».

Un pompier dans les rues de Lod pendant les émeutes, le 12 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Un étudiant originaire de Lod, dépassé par les événements qui se sont déroulés dans cette banlieue de Tel Aviv, une nuit, a appelé pour dire qu’il ne parvenait pas à dormir en raison du bruit des sirènes et des scènes auxquelles il assistait derrière ses fenêtres. Un bénévole l’a aidé à trouver des outils – par exemple, écouter de la musique – qui parviendraient à l’apaiser.

Un autre habitant de Lod a raconté comment, alors qu’il marchait dans la rue, il avait remarqué un groupe intimidant de personnes aux abords de son habitation, ce qui l’avait décidé à rebrousser chemin.

« Cela peut être un incident qui semble relativement innocent », continue Daniels, « mais dans le cadre du sentiment de sécurité perdu pour les résidents de Lod, c’est excessivement significatif ».

La majorité des appels est provenue de Juifs israéliens – mais pas seulement. Une mère de trois enfants vivant dans une ville arabe du nord d’Israël a appelé l’ERAN pour demander des conseils pour apaiser sa fille de onze ans, qui ne réussissait pas à arrêter de pleurer. L’enfant avait été terrifiée après avoir entendu que des bus entiers de manifestants juifs de droite devaient arriver dans la ville.

Le bénévole a parlé à la fillette et a aidé à la tranquilliser, tout en conseillant à la mère de limiter l’exposition de sa fille aux informations.

Les Arabophones ne contactent que rarement la hotline.

« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de détresse dans la population arabe israélienne. C’est parce que, dans la communauté arabe, c’est difficile de demander et de recevoir de l’aide », explique Daniels. « Nous travaillons à sensibiliser et à transmettre un message, celui que demander de l’aide quand cela ne va pas est une possibilité que nous avons tous, que c’est normal ».

L’ERAN encourage les citoyens arabes israéliens qui souffrent de détresse émotionnelle en raison de la situation à contacter leur ligne d’urgence et l’organisation recrute un plus grand nombre d’arabophones qui viendront rejoindre les 50 bénévoles qui travaillent d’ores et déjà dans son centre d’appel.

A Beit Jann, un village druze du nord d’Israël, le groupe a placé une affiche au centre du village : « Parfois, dans toutes ces folies, une conversation anonyme peut vous sauver ».

Les opérateurs d’un centre d’appels d’ERAN. (Autorisation : ERAN)

Avant les récentes violences, il y avait eu une augmentation sans précédent des appels au tout début de la crise du coronavirus dans les centre d’ERAN, alors que les Israéliens s’adaptaient aux changements induits par la pandémie. Aujourd’hui, les Israéliens s’adaptent à un autre changement majeur – dont la durée est inconnue.

« La scène de lynchage à Bat Yam m’a fait plus peur que les missiles », a dit une femme, se référant à une agression survenue dans une banlieue de Tel Aviv où des jeunes Juifs ont sorti par la force un Arabe de sa voiture avant de le frapper avec sauvagerie. Diffusé en direct sur une chaîne de télévision nationale sous les yeux stupéfaits et consternés des présentateurs du journal d’information, l’incident a choqué de nombreux Israéliens.

La femme a indiqué qu’elle craignait d’aller au travail, et qu’elle se sentait désorientée et attristée par ce qu’elle ne pouvait pas s’empêcher de considérer comme le délitement de son environnement.

« J’ai le sentiment d’avoir perdu mon pays de si nombreuses façons », a-t-elle déploré. « J’ai l’impression que tout est en train de s’écrouler.  »

Une bénévole d’ERAN raconte avoir discuté avec une femme en proie à une grande agitation et à une grande anxiété.

« Elle n’est plus sûre de vouloir vivre à Bat Yam. Elle pense que là-bas, il n’y a pas d’avenir pour les gens bons, que le vandalisme et les manquements sont partout », a écrit la bénévole dans ses notes, à l’issue de l’entretien. « Elle m’a demandé : Mais vers quoi nous dirigeons-nous ? »

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