Une diplomate israélienne participe à un sommet anti-Iran au Bahreïn
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Une diplomate israélienne participe à un sommet anti-Iran au Bahreïn

La présence de la haute responsable des Affaires étrangères à la réunion sur la sécurité maritime et aérienne est le dernier signe de réchauffement entre Israël et des pays arabes

Dana Benvenisti-Gabay, directtrice de la sécurité régionale et du contreterrorisme au ministère des Affaires étrangères, participe à la session inaugurale de la réunion du Groupe de Travail sur la Sécurité maritime et de l’aviation dans la capitale barheïnie Manama, le 21 octobre 2019. (STR/AFP)
Dana Benvenisti-Gabay, directtrice de la sécurité régionale et du contreterrorisme au ministère des Affaires étrangères, participe à la session inaugurale de la réunion du Groupe de Travail sur la Sécurité maritime et de l’aviation dans la capitale barheïnie Manama, le 21 octobre 2019. (STR/AFP)

Une haute fonctionnaire israélienne a participé lundi à la conférence sur la sécurité organisée au Bahreïn, le dernier signe en date du réchauffement des relations entre Israël et certains pays arabes.

Dana Benvenisti-Gabay, à la tête de la direction de la sécurité régionale et du contre-terrorisme du ministère israélien des Affaires étrangères, a représenté Israël à la conférence de Manama.

La réunion, co-organisée par le Bahreïn, les Etats-Unis et la Pologne, s’inscrit dans ce que l’on a appelé le Processus de Varsovie, lancé pour promouvoir un futur de paix et de sécurité au Moyen-Orient, qui a eu lieu dans la capitale polonaise plus tôt cette année.

Cette conférence, co-parrainée par la Pologne et les Etats-Unis, était à l’origine présentée comme ayant pour objectif de contrer l’Iran, mais la conférence a ensuite été réorientée, avec un ton moins conflictuel pour traiter de l’objectif vague de chercher la stabilité au Moyen-Orient.

Bien qu’Israël n’entretienne des relations qu’avec deux pays arabes, l’Égypte et la Jordanie, Jérusalem s’est rapproché ces dernières années du Bahreïn et d’autres pays du Golfe dans un contexte de méfiance commune vis-à-vis de l’Iran.

Un pétrolier en feu dans le golfe d’Oman, le 13 juin 2019, près du détroit stratégique d’Ormuz où deux navires auraient été attaqués. (AP Photo/ISNA)

Les participants de la réunion à Bahreïn appartiennent au « Groupe de travail sur la sécurité maritime et aérienne » né en février lors de la conférence sur le Moyen-Orient à Varsovie, a rappelé le ministère bahreïni des Affaires étrangères sur Twitter.

« La rencontre est une occasion pour échanger les points de vues sur les moyens de faire face à la menace iranienne et garantir la liberté de navigation », a ajouté le ministère.

Lors d’un discours tenu lundi avant la réunion rassemblant 60 nations, le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Khalid bin Ahmed Al-Khalifa, a évoqué les récentes attaques contre des infrastructures pétrolières saoudiennes et sur des navires dans la région, dont la responsabilité a été attribuée à Téhéran.

« Ces actes menacent le commerce mondial, la stabilité de notre économie internationale et interconnectée et la sécurité de notre région. Il s’agit d’une menace sérieuse qui doit être traitée », a-t-il été cité dans un communiqué de son ministère.

Le ministre des Affaires étrangères bahreini Cheikh Khalid ben Ahmed al-Khalifa, au sommet sur le développement économique et social du monde arabe, à Beyrouth, le 20 janvier 2019. (Crédit : AP/Bilal Hussein)

« Nous devons condamner collectivement ces actes et prendre les mesures nécessaires pour protéger nos nations des États voyous, des acteurs non étatiques et des organisations terroristes qui commettent de telles attaques et essayer de stabiliser notre planète », a-t-il ajouté.

Il a également appelé à des efforts continus pour empêcher la propagation d’armes de destruction massive.

Le Golfe accueillera, avec les États-Unis, une « réunion politique de haut rang » au cours du premier semestre 2020, a-t-il fait savoir.

« Cette réunion survient à un moment crucial de l’histoire », a écrit le secrétaire d’État américain dans une lettre adressée aux participants.

« La prolifération d’armes de destruction massive et leurs modes d’action, que ce soit par les airs ou la mer, menace sérieusement la paix et la sécurité internationales », a-t-il dénoncé.

Et d’ajouter, en référence à peine voilée à l’Iran : « Ensemble, nous devons nous engager à prendre les mesures nécessaires pour empêcher des pays de se doter d’armes de destruction massive. »

Le secrétaire d’État américain Michael Pompeo lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 20 mars 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Cette conférence de deux jours au Bahreïn ne constitue pas la première réunion entre responsables israéliens et arabes dans le contexte du processus de Varsovie. Le 8 octobre, un représentant israélien avait siégé avec des homologues du Bahreïn, d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et autres Etats arabes à l’occasion d’une conférence sur la cybersécurité à Séoul.

Trois jours plus tard, Benjamin Krasna, le vice-ambassadeur israélien aux Etats-Unis, avait pris part au groupe de travail de Varsovie sur les droits de l’Homme à Washington, une session à laquelle avaient participé de nombreux pays arabes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était rendu au mois de février à la toute première conférence de Varsovie en présence de hauts-dignitaires du monde arabe.

Au cours du sommet, il s’était assis aux côtés du ministre yéménite des Affaires étrangères. Et pendant une réunion à huis-clos organisée en marge de l’événement, à laquelle Netanyahu avait pris part, les ministres arabes des Affaires étrangères avaient ouvertement débattu de l’idée que la menace iranienne représentait désormais une inquiétude plus pressante pour la région que ce n’était le cas du conflit israélo-palestinien.

Les responsables israéliens et américains avaient salué l’événement comme une avancée majeure.

« Aujourd’hui, je crois que nous entrons dans une nouvelle ère avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, de l’Etat d’Israël, aux côtés des leaders du Bahreïn, d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis et qui, ensemble, partagent le même pain et qui plus tard, au cours de cette conférence, partageront des points de vue honnêtes sur les défis que la région se doit d’affronter », avait déclaré le vice-président américain Mike Pence lors du sommet.

Au mois de juin, le Bahreïn avait accueilli une conférence organisée par les Etats-Unis où l’équipe chargée de la paix au sein de l’administration du président Donald Trump a présenté le volet économique du plan très attendu de résolution du conflit israélo-palestinien.

Alors qu’aucun responsable israélien n’avait assisté à cet événement, un certain nombre d’hommes d’affaires et de journalistes du pays y avaient été invités.

“Israël est un pays de la région… Et Israël restera là, bien sûr », avait alors déclaré le ministre barheïni des Affaires étrangères Khalid bin Ahmed Al-Khalifa au Times of Israel au cours d’un entretien sans précédent.

Le ministre des Affaires étrangères israélien Israel Katz et son homologue bahreïni Khalid bin Ahmed Al-Khalifa, à droite, posent pour une photo au département d’Etat à Washington, le 17 juillet 2019. (Autorisation)

Au mois de juillet, le ministre des Affaires étrangères Yisrael Katz avait rencontré Al-Khalifa pour une brève discussion sur l’Iran à Washington et les deux hommes avaient posé pour une photographie rare, marquant ce qui était, pour Jérusalem, un renforcement des liens avec cette nation du Golfe.

La conférence de lundi sur la navigation aérienne et maritime est survenue dans un contexte de tensions accrues dans le Golfe entre les Etats-Unis et l’Iran depuis l’abandon par Trump, au mois de mai de l’année dernière, de l’accord majeur conclu en 2015 entre la République islamique et les puissances majeures concernant le programme nucléaire iranien et la réimposition de sanctions écrasantes à Téhéran dans une campagne de « pressions maximales ».

Depuis, des navires ont été attaqués, des drones abattus et des pétroliers saisis. Des attaques jumelles qui ont eu lieu ces dernières semaines sur les infrastructures pétrolières saoudiennes, qui ont réduit de moitié la production du royaume, ont été attribuées par Washington et l’Europe à l’Iran. Des accusations démenties par Téhéran, mais un incident revendiqué par les rebelles appuyés par l’Iran en lutte contre une coalition dirigée par les Saoudiens au Yémen.

Après des attaques ces derniers mois contre des pétroliers dans le Golfe, les Etats-Unis ont formé une coalition maritime pour protéger la navigation dans cette région essentielle à l’approvisionnement mondial en pétrole.

Bahreïn, qui abrite la cinquième flotte américaine, a rejoint la coalition dès le mois d’août. L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont rejoint cette coalition en septembre.

Côté occidental, le Royaume-Uni et l’Australie sont les principaux membres de cette coalition à avoir accepté de fournir des navires de guerre pour assurer la sécurité de la navigation dans le Golfe.

La majorité des pays européens ont refusé de participer, craignant de nuire à leurs efforts pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien, fragilisé depuis le retrait américain.

L’Iran, qui se considère comme le gardien du Golfe, a lui présenté un projet régional afin d’assurer « la sécurité énergétique et la liberté de navigation ».

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