Une présentatrice télé explique sa critique à l’égard de soldats israéliens
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Une présentatrice télé explique sa critique à l’égard de soldats israéliens

Oshrat Kotler a dit avoir été submergée de menaces de mort après avoir traité 'd'animaux' les soldats ayant maltraité deux Palestiniens

Oshar Kotler, présentatrice de la Treizième chaîne, retient ses larmes lors d’une émission du 23 février 2019 (Copie d’écran YouTube)
Oshar Kotler, présentatrice de la Treizième chaîne, retient ses larmes lors d’une émission du 23 février 2019 (Copie d’écran YouTube)

Samedi, une présentatrice vedette de la télé israélienne a prononcé un discours teinté de larmes, défendant les déclarations polémiques qu’elle avait faites la semaine dernière après la diffusion d’un reportage sur des soldats israéliens soupçonnés d’avoir frappé des détenus palestiniens.

Le reportage, diffusé samedi dernier, traitait de l’affaire des soldats suspectés d’avoir passé à tabac deux détenus palestiniens menottés et les yeux bandés après la mort de leurs frères d’armes dans une attaque.

À la fin du reportage, Oshrat Kotler avait ainsi déploré : « Nous envoyons nos enfants à l’armée, dans les territoires, et ils en reviennent transformés en animaux. C’est le résultat de l’occupation ».

Samedi, une semaine plus tard, la journaliste a fait savoir qu’elle avait été submergée de menaces de mort et a accusé des responsables politiques israéliens d’avoir sorti ses commentaires de leur contexte.

« Ce que j’ai dit concernait seulement ces soldats qui ont enfreint la loi et pas tous les soldats israéliens, » a-t-elle expliqué. « Ces remarques ont été prononcées avec une « grande douleur », a-t-elle ajouté, donnant l’impression de retenir ses larmes.

« Je m’excuse du plus profond de mon cœur si mes déclarations ont pu heurter certains d’entre vous, » a-t-elle assuré avec émotion après une longue pause. « Mais je ne peux pas m’empêcher de voir le prix considérable que nous payons – à travers nos enfants, nos soldats – pour contrôler un autre peuple, une réalité qui existe depuis 52 ans ».

La présentatrice a rejeté les critiques de son travail en tant que journaliste, affirmant qu’il ne s’agissait « pas seulement d’un privilège journalistique mais aussi d’une obligation professionnelle d’exprimer une opinion sur la réalité dans laquelle nous vivons ».

« Même si des milliers de personnes ont souhaité ma mort cette semaine… et même si j’ai peur, j’espère sincèrement avoir la force de continuer à exprimer mon opinion et à faire mon travail », a-t-elle continué.

Oshrat Kotler a immédiatement été très critiquée pour ses remarques. Vers la fin du programme de la semaine dernière, ayant apparemment été informée que son commentaire avait fait polémique, elle s’est adressée aux téléspectateurs : « Mes propres enfants et leurs amis sont tous des soldats d’unités de combat… Ma critique visait seulement ces soldats qui ont été amenés à faire du mal à des innocents en conséquence de notre contrôle sur les Palestiniens ».

Et d’ajouter ensuite : « En réalité, je suis favorable à une annulation de leur peine, car c’est nous qui les avons envoyés dans cette réalité impossible ».

Dans un communiqué commun, des parents de soldats accusés ont déclaré que les commentaires de la journaliste étaient « regrettables et répugnants » et qu’ils « n’ont aucune place dans le discours israélien, certainement pas dans la bouche d’une présentatrice d’informations qui devrait rapporter des faits et pas sa vision déformée du monde ».

« Kotler ne s’est pas demandée qui étaient ces soldats… par quelle terrible épreuve ils sont passés, et a choisi de les qualifier par des mots terribles », ont-ils dit, l’accusant de les « juger sans procès ».

Naftali Bennett, le chef du nouveau parti HaYamin HaHadash, l’avait également critiquée sur Twitter.

« Oshrat, vous vous trompez, » a-t-il écrit. « Des soldats israéliens donnent leur vie pour que vous puissiez dormir en paix. Les animaux sont ces terroristes qui assassinent des enfants dans leurs lits, un adolescent parti en promenade et une famille entière sur une route. Les soldats de Tsahal sont nos enfants, notre force. Présentez des excuses ».

HaYamin HaHadash a dit qu’il demanderait au procureur général Avichai Mandelblit d’ouvrir une enquête pour calomnie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’en est aussi mêlé. « Je suis fier des soldats de Tsahal et je les aime beaucoup. Les commentaires de Kotler devraient être condamnés », avait-il ainsi déclaré.

Le parti Yisrael Beytenu s’est aussi joint au concert de critiques.

« Nous envoyons les journalistes dans des studios avec la climatisation, des salaires énormes et en retour, on reçoit du mépris. Voilà le résultat quand on est en dehors de la réalité. Nous embrassons les soldats de l’armée israélienne », a déclaré le parti dans un communiqué.

L’ancien chef de Tsahal Moshe Yaalon de Hossen LeYisrael-Telem (qui fait maintenant partie de l’alliance Kakhol lavan) avait, lui, fait savoir : « L’utilisation de la force militaire est une nécessité qui ne devrait pas être condamnée devant la menace à laquelle nous faisons face – de l’Iran à la Judée et Samarie. Tous ceux qui vivent dans ce pays devraient remercier Tsahal et ses soldats pour leur sacrifice qui nous permet de vivre ».

Dans le même temps, à gauche, le groupe Paix maintenant a soutenu Oshrat Kotler. « Il est autorisé et même désirable de se regarder dans le miroir de temps en temps et d’admettre honnêtement les dégâts [causés par] l’occupation. Ceux qui se préoccupent de l’avenir de leurs enfants devraient œuvrer pour mettre un terme au conflit plutôt que de le maintenir, car nous payons un lourd tribut ».

Tamar Zandberg, dirigeante du parti Meretz, a dénoncé les critiques formulées contre Kotler, les qualifiant « de pathétiques et de déjà prévisibles… fermer les yeux [sur le problème] et ensuite s’en prendre au messager n’est pas une solution ».

La Treizième chaîne avait réagi dans un communiqué : « Oshrat Kotler est une journaliste d’opinion qui expose ses points de vue personnels de temps en temps, comme le font d’autres journalistes aux avis différents. Oshrat a seulement exprimé son opinion personnelle ».

Le sergent Yoseph Cohen et le sergent chef Yovel Mor Yosef ont été abattus à proximité de l’implantation de Givat Assaf le 13 décembre, dans une attaque qui avait fait deux blessés graves – le soldat Netanel Felber et Shira Sabag, une civile. Le tireur, Asem Barghouti, fut interpellé par Tsahal environ un mois plus tard.

Cinq soldats de l’unité de Cohen et Yosef ont été accusés d’avoir brutalement passé à tabac deux suspects palestiniens menottés et les yeux bandés, un père et son fils de 15 ans, arrêtés lors des opérations de recherche pour retrouver Barghouti. Ils sont accusés d’avoir aidé le terroriste à s’échapper.

Les soldats impliqués, qui servent tous dans le bataillon religieux Netzah Yehuda de la brigade Kfir, ont nié les accusations et affirmé qu’ils ne les avaient pas frappés.

Les parents endeuillés de deux soldats israéliens assassinés ont demandé aux tribunaux militaires de faire preuve de clémence. Ils ont demandé que la douleur émotionnelle des soldats accusés soit prise en compte.

Une photo montage montre le sergent Yosef Cohen (G) et le sergent d’état-major Yovel Mor Yosef de la Brigade Kfir de l’Armée israélienne. Les deux jeunes hommes ont été tués le 13 décembre 2018 lors d’un attentat terroriste à l’extérieur de l’avant-poste de Givat Assaf, dans le centre de la Cisjordanie. (Armée israélienne)

Eliyahu et Odel Cohen, les parents de Yosef, ont envoyé une lettre invitant à prendre en considération l’argument avancé par les deux soldats accusés. Ces derniers affirment qu’ils n’ont pas reçu de soutien après la mort de leur camarades et qu’ils ont été soumis à une grande pression émotionnelle quand on les a chargés de garder deux Palestiniens suspectés d’avoir aidé le tueur.

« Ces soldats des unités de combat étaient de frères d’armes, des frères de douleur, des frères blessés, et du jour où Yosef a été assassiné, ils sont devenus nos fils, » ont écrit les Cohen. « En tant que parents endeuillés, nous savons qu’ils n’ont pas surmonté la peine du deuil… le moment où ils ont perdu leurs amis n’est pas un moment pour juger leurs défauts ».

Une demande de mise en examen a été déposée contre les cinq soldats à la fin du mois dernier. Ils sont accusés d’abus et de violences aggravées.

Les deux Palestiniens sont soupçonnés d’avoir aidé Barghouti dans sa fuite. Ils restent en détention en Israël, mais n’ont toujours pas été inculpés.

Le fils présentait un certain nombre de blessures à la tête et un « inflammation importante » au visage, selon le dossier d’accusation. Le père a eu de multiples côtes fracturées et le nez « gravement » cassé, mais aussi des hémorragies sous-cutanées autour de l’estomac. Il a été hospitalisé trois jours après le passage à tabac.

L’étendue de ses blessures était si importante qu’il n’a pas pu être interrogé pendant plusieurs jours.

Selon le Shin Bet, Asem Barghouti a aussi pris part à une autre attaque à l’arme à feu le 9 décembre dernier avec son frère, Salih, dans laquelle ils ont blessé sept Israéliens. Une femme enceinte de sept mois avait été gravement blessée et  avait perdu son bébé quelques jours plus tard.

Salih Barghouti a été tué le 12 décembre à Kobar, alors qu’il s’en prenait à des soldats israéliens en tentant d’échapper à son arrestation, avait fait savoir l’armée.

Stuart Winer a contribué à cet article.

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