Une tentative de paix Netanyahu-Herzog a été empêchée par la crise d’Amona (média)
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Une tentative de paix Netanyahu-Herzog a été empêchée par la crise d’Amona (média)

Le Premier ministre et le chef de l’opposition auraient rédigé un appel à la paix en 8 points avant que leurs discussions n’échouent en octobre

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de l'opposition Isaac Herzog, pendant la séance inaugurale de la Knesset, le 31 mars 2015.  (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de l'opposition Isaac Herzog, pendant la séance inaugurale de la Knesset, le 31 mars 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de l’opposition Isaac Herzog avaient prévu d’annoncer une nouvelle initiative de paix régionale à l’automne dernier, pendant qu’ils tentaient de former un gouvernement d’unité nationale, a annoncé dimanche le quotidien Haaretz.

En septembre, Netanyahu a présenté à Herzog un document proposant une déclaration commune en anglais réitérant l’engagement israélien en faveur de la solution à deux états, israélien et palestinien, et présentant huit points détaillant la position israélienne de soutien à une nouvelle initiative de paix, selon le journal.

Le document, publié par Haaretz, est daté des 12 et 13 septembre 2016, et adressé aux états arabes, dont l’Egypte.

Il remercie le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi « pour sa volonté de jouer un rôle actif dans la promotion de la paix et de la sécurité dans la région, et de relancer le processus de paix. »

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi devant la 70e Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 28 septembre 2015. (Crédit : John Moore/Getty Images/AFP)
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi devant la 70e Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 28 septembre 2015. (Crédit : John Moore/Getty Images/AFP)

Il salue explicitement une plus large implication arabe dans un nouvel effort de paix, soulignant qu’ « Israël voit positivement l’esprit général de l’initiative de paix arabe et les éléments positifs qu’elle contient. Israël salue un dialogue avec les états arabes sur cette initiative, afin de refléter les changements spectaculaires de la région ces dernières années, et de travailler ensemble pour promouvoir la solution à deux états et une paix plus générale dans la région. »

Le texte affirme ensuite « notre engagement à l’égard d’une solution à deux états pour deux peuples et notre désir de parvenir à cette solution », et qu’Israël « tend la main aux Palestiniens pour commencer des négociations bilatérales directes sans conditions préliminaires. »

Le texte proposé aurait engagé le gouvernement Netanyahu vers une réduction apparente des constructions dans les implantations, engageant Israël « dans le contexte d’un nouvel effort de paix » à mettre en œuvre ses « activités d’implantation en Judée et en Samarie […] d’une manière qui faciliterait un dialogue régional pour la paix et l’objectif de deux états pour deux peuples. »

Il affirme qu’Israël « cherche la fin du conflit et de toutes les revendications, une reconnaissance mutuelle entre les deux états-nations, des accords sécuritaires durables et une solution territoriale acceptée qui, entre autres choses, reconnaitra les centres de population existants. »

Evacuation de la synagogue de l'avant-poste illégal d'Amona, en Cisjordanie, au deuxième jour de l'opération d'évacuation, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Evacuation de la synagogue de l’avant-poste illégal d’Amona, en Cisjordanie, au deuxième jour de l’opération d’évacuation, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les discussions ont ensuite échoué en octobre, lorsque Netanyahu a finalement retiré son offre, en raison de la controverse sur l’avant-poste d’Amona.

L’avant-poste illégal de Cisjordanie, dont la Haute cour de Justice avait ordonné le démantèlement en 2014 car il était construit sur des terrains palestiniens privés, devait être démoli avant la fin décembre 2015. Pendant les semaines qui ont précédé cette date, les tensions entre le parti HaBayit HaYehudi et plusieurs ministres du Likud à la droite de Netanyahu et le Premier ministre se sont accrues.

Le texte proposé a été écrit en étroite coordination entre Netanyahu et Herzog, et devait être présenté publiquement par les deux politiciens pendant un sommet prévu au Caire ou à Charm el-Cheikh avec Sissi et peut-être le roi Abdallah II de Jordanie en octobre dernier, a indiqué Haaretz.

Cette proposition a été faite, selon le journal, sept mois après la tenue en Jordanie d’une réunion secrète sur un plan de paix au Proche Orient entre le secrétaire d’Etat américain de l’époque, John Kerry, Benjamin Netanyahu, le roi Abdallah II et le président égyptien Sissi.

Le contenu du texte, ainsi que les projets de sommet, étaient connus de responsables égyptiens et jordaniens, ainsi que de Kerry et de Tony Blair, envoyé spécial du Quartet pour la paix au Moyen Orient.

Le journal indique que Netanyahu a expliqué à Herzog vouloir d’abord en finir avec la polémique sur l’évacuation d’Amona. L’avant-poste a finalement été évacué début février.

Evacuation de la synagogue de l'avant-poste illégal d'Amona, en Cisjordanie, au deuxième jour de l'opération d'évacuation, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Evacuation de la synagogue de l’avant-poste illégal d’Amona, en Cisjordanie, au deuxième jour de l’opération d’évacuation, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le bureau de Netanyahu a indiqué à Haaretz que l’hypothèse qu’un possible processus de paix régional ait été empêché par des débats politiques israéliens internes était totalement fausse. Le bureau de Herzog a décliné tout commentaire sur l’information.

La perspective d’une solution régionale a dominé les discussions sur le conflit à Jérusalem, à Washington et dans le monde entier, mais a été rejetée par les responsables palestiniens.

En février, pendant une rencontre à la Maison Blanche, Netanyahu et le président américain Donald Trump ont soutenu une solution au conflit israélo-palestinien construite sur les relations d’Israël avec d’autres pays arabes.

Pendant les remarques publiques des deux dirigeants, Netanyahu a évité de citer explicitement un état palestinien, appelant à une approche « régionale » pour résoudre le conflit avec les états arabes. Il a souligné qu’il discuterait d’une telle initiative avec Trump.

En réponse, Trump a déclaré que les deux hommes avaient discuté d’un accord régional, et souligné qu’il intégrerait « beaucoup, beaucoup de pays ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Mais, par la suite, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne (AP), a rejeté l’idée d’un cadre « temporaire » et régional pour résoudre le conflit israélo-palestinien, qui a récemment été soutenu par les dirigeants israéliens et américains.

Devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, Abbas a déclaré qu’ « il est irréalisable, pour le bien de la paix et de la justice, de discuter de solutions temporaires ou de fondre la question de la Palestine dans le cadre des affaires régionales, comme a tenté de le faire l’actuel gouvernement israélien. »

« La Palestine aujourd’hui est un fait, et est profondément enracinée dans la communauté internationale », a-t-il ajouté.

Il a à nouveau demandé que les pays qui ont reconnu Israël et soutiennent la solution à deux états au conflit « défendent et soutiennent cette solution en reconnaissant l’Etat de Palestine. »

Le président de l’AP a présenté directement cette demande au Royaume-Uni et à la France en décembre, qui ont tous deux refusé d’y répondre.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, à Genève, le 27 février 2017. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, à Genève, le 27 février 2017. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Un précédent article de Haaretz qui a pu s’appuyer sur les mêmes sources affirmait que Netanyahu avait déjà rejeté un plan de paix régional promu par Kerry en février 2016, qui avait culminé en une rencontre secrète à Aqaba le 21 février 2016 entre Netanyahu, Kerry, Sissi et Abdallah II.

Netanyahu aurait à l’époque refusé de saisir cette opportunité par crainte de s’aliéner sa coalition de droite, avait affirmé le quotidien.

Beaucoup de membres de la coalition de gouvernement de Netanyahu sont opposés à la mise en place d’un état palestinien, certains appelant même à l’annexion de toute ou partie de la Cisjordanie.

Netanyahu a récemment déclaré qu’il n’abandonnait pas la solution à deux états, mais qu’il était pour l’instant prêt à accorder aux Palestiniens « pas exactement un état avec une pleine autorité, mais plutôt un état moins. »

Pour leur part, Sissi et Abdallah II ont souligné ces dernières semaines qu’une solution à deux états au conflit n’était pas négociable.

L’AFP a contribué à cet article.

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