Herzog : les ministres de droite ont fait échouer un accord de paix régional
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'Je voulais éviter une autre génération de sang versé, de soldats et de citoyens dans des cercueils'

Herzog : les ministres de droite ont fait échouer un accord de paix régional

Le chef de l'opposition affirme que "l'Histoire nous dira" si l'accord avec Netanyahu aurait pu "changer la région"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chef de l'opposition Isaac Herzog pendant la conférence pro-implantation B'Sheva de Jérusalem, le 12 février 2017. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef de l'opposition Isaac Herzog pendant la conférence pro-implantation B'Sheva de Jérusalem, le 12 février 2017. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, le chef de l’opposition Isaac Herzog a confirmé les propos des médias, qui affirmaient qu’il avait pris part, l’an dernier, à des négociations pour intégrer la coalition dans le cadre d’un accord régional secret qui était en cours de discussion à l’époque. Il a ajouté que cet accord, potentiellement historique, avait échoué parce que le Premier ministre Benjamin Netanyau avait fini par céder aux pressions de la politique intérieure.

Herzog, député de l’Union sioniste, s’est adressé aux dirigeants juifs américains à Jérusalem. Il a déclaré que Netanyahu était prêt à le nommer ministre des Affaires étrangères pour qu’il supervise un projet, qui incluait le gel des implantations à l’extérieur des blocs d’implantations, des régions qu’Israël chercherait à garder dans les négociations de paix, en échange d’un consentement international, et notamment arabe, sur la construction au sein des blocs.

« Ce qui s’est passé était surprenant, a-t-il déclaré en anglais. J’ai travaillé avec Netanyahu sur l’annexe de notre accord, qui comportait certaines mesures assez spectaculaires. Si ces mesures avaient fait l’objet d’un accord, s’il avait été d’accord pour se lancer, cela aurait changé la région. »

Mais, alors que l’accord prenait forme, les ministres Yariv Levin et Zeev Elkin, membres du Likud, le parti de Netanyahu, ont fait pression sur le Premier ministre pour qu’il mette fin au projet, selon Herzog.

Zeev Elkin, à droite et Yariv Levin, à gauche, membres du Likud, avec des responsables de HaBayit HaYehudi pour la négociation d'un accord de coalition, le 26 mars 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Zeev Elkin, à droite et Yariv Levin, à gauche, membres du Likud, avec des responsables de HaBayit HaYehudi pour la négociation d’un accord de coalition, le 26 mars 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Levin a insisté pour que les termes « blocs » ne soient pas employés, selon Herzog, et le chef de l’opposition avait accepté de parler de « construction dans les principales zones urbaines ».

Herzog a ajouté : « Ce que je voulais, c’était étudier toutes les possibilités d’écrire l’Histoire, afin d’éviter une autre génération de sang versé, de soldats et de citoyens dans des cercueils. »

Mais la pression de la coalition de droite n’a fait que s’accroître, et Netanyahu s’est finalement retiré du projet de gel des constructions à l’extérieur des blocs, selon Herzog. Le Premier ministre a déclaré qu’il pouvait en parler mais qu’il ne souhaitait plus mettre ce plan par écrit. L’accord est donc tombé à l’eau et Herzog a mis fin aux négociations pour intégrer un gouvernement d’unité.

Herzog a précisé que lors de la rencontre secrète entre John Kerry, alors secrétaire d’État américain, le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi, et le roi Abdallah II de Jordanie, cet accord avait été abordé, et que de nombreux détails de cette rencontre n’ont pas encore été révélés par la presse.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, John Kerry, alors secrétaire d'Etat américain, à gauche, et le roi Abdallah II de Jordanie, à Amman, le 13 novembre 2014. (Crédit : Yousef Allan/Ho/Palais royal de Jordanie/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, John Kerry, alors secrétaire d’Etat américain, à gauche, et le roi Abdallah II de Jordanie, à Amman, le 13 novembre 2014. (Crédit : Yousef Allan/Ho/Palais royal de Jordanie/AFP)

Hezrog s’était engagé à garder ces négociations secrètes et n’a donc pas pu en parler au public jusqu’à maintenant, car il risquait sa carrière, les attaques de son propre parti, du public et de la presse. Mais maintenant que cette histoire a été révélée par plusieurs articles récents dans le quotidien Haaretz, la logique de son attitude de cette époque devient plus claire, a expliqué le chef de l’opposition.

Sur la base du sommet de Netanyahu à Aqaba, en Jordanie, le 21 février 2016, et des garanties obtenues de la part des pays arabes, Herzog avait accepté de négocier son entrée dans la coalition en mars, dit-il.

Au cours du mois de mai, les négociations de gouvernement d’unité ont échoué, parce que Netanyahu « est tout simplement revenu sur des accords fondamentaux que nous avions, a affirmé Herzog. Ces accords, s’ils avaient pu être mis en œuvre, auraient empêché la catastrophe du vote du Conseil de sécurité des Nations unies » du 23 décembre 2016, où la résolution 2334, qui critique violemment les implantations, a été adoptée.

« L’Histoire nous en dira plus sur l’échec de Netanyahu, malheureusement », a-t-il ajouté.

Devant la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, le chef de l’opposition a exposé sa propre vision du futur du conflit israélo-palestinien.

Un accord de paix final est actuellement « quasi-impossible, et spécialement au regard des gouvernements actuels des deux pays ». Mais Israël, dit-il, doit prendre des mesures vers cet objectif.

Premièrement, Israël et les Palestiniens doivent tous les deux réaffirmer leur engagement envers la solution à deux états.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

« Quand j’ai entendu à la Maison Blanche, que la solution à un État unique était une solution potentielle, j’ai eu le sentiment que chaque Israélien devrait se lever chaque matin dans le cauchemar de la Bosnie et de la Syrie, et qu’un jour, nous nous réveillerions dans un pays de deux communautés de taille équivalente, ou peut-être avec plus d’Arabes que de Juifs, et que nous aurions perdu toute la notion d’État du peuple juif. »

De plus, Israël devrait « déterminer une période de quelques années, peut-être même une décennie, dans laquelle la région sera vide de terrorisme, de provocation et d’activités adverses. Et simultanément, les Palestiniens obtiendront davantage d’autorité dans la Zone C », qui couvre approximativement 60 % de la Cisjordanie, et où Israël détient le contrôle de la sécurité et des civils, selon les accords d’Oslo.

Les Palestiniens devraient avoir le droit de construire de nouveaux quartiers près des villes arabes principales, ce qu’ils demandent depuis des années, a affirmé Herzog, et Israël devrait déclarer le gel des constructions à l’extérieur des blocs principaux, en échange des constructions dans les blocs, et accepter les directives de l’Initiative de paix arabe.

Israël devrait également finir la barrière de sécurité et « travailler à l’ouverture et au relâchement de la pression » dans la bande de Gaza », a-t-il indiqué. « Donner de l’espoir à Gaza dans le cadre de cette équation ».

Ces mesures permettraient de rapprocher les deux parties du processus qui pourrait éventuellement mener aux négociations finales. En revanche, pour le moment, il n’est pas nécessaire, et peut-être même peu sage, de négocier les questions « extrêmement complexes » du statut final.

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