Abbas rejette les “solutions temporaires” et l’approche régionale du conflit
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Abbas rejette les “solutions temporaires” et l’approche régionale du conflit

Le président de l’AP affirme être toujours ouvert à travailler avec Trump et demande une protection internationale pour les Palestiniens

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, à Genève, le 27 février 2017. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas devant le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, à Genève, le 27 février 2017. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a rejeté lundi des cadres « temporaires » et régionaux pour résoudre le conflit israélo-palestinien, qui ont récemment été soutenus par les dirigeants d’Israël et des Etats-Unis.

Devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies réuni à Genève, Abbas a déclaré qu’ « il est irréalisable, pour le bien de la paix et de la justice, de discuter de solutions temporaires ou de fondre la question de la Palestine dans le cadre des affaires régionales, comme a tenté de le faire l’actuel gouvernement israélien. »

« La Palestine aujourd’hui est un fait, et est profondément enracinée dans la communauté internationale », a-t-il ajouté.

Abbas a à nouveau demandé que les pays qui ont reconnu Israël et soutiennent la solution à deux états au conflit « défendent et soutiennent cette solution en reconnaissant l’Etat de Palestine. »

Le président de l’AP a présenté directement cette demande au Royaume-Uni et à la France en décembre, qui ont tous deux refusé d’y répondre.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, et le président français François Hollande, au cours d'une conférence de presse après leur rencontre au Palais de l'Elysée à Paris, le 15 avril 2016. (Crédit : Dominique Faget/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, et le président français François Hollande, au cours d’une conférence de presse après leur rencontre au Palais de l’Elysée à Paris, le 15 avril 2016. (Crédit : Dominique Faget/AFP)

Son rejet des solutions régionales semble se référer à une conférence de presse très médiatisée qui s’est déroulée ce mois-ci à la Maison Blanche, et pendant laquelle le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump ont exprimé leur soutien à une solution au conflit israélo-palestinien construite sur les relations d’Israël avec d’autres pays arabes.

Netanyahu, qui n’a pas renoncé explicitement à son soutien à la solution à deux états, mais a évité de mentionner le concept d’état palestinien, a appelé à une approche « régionale » qui comprend les états arabes. Il a souligné qu’il discuterait de cette initiative avec Trump.

En réponse, Trump a déclaré que les deux dirigeants avaient parlé d’un accord régional, et précisait qu’il « comprendrait beaucoup, beaucoup de pays ».

« Je ne savais pas que vous alliez le mentionner, mais maintenant que vous l’avez fait, c’est un truc génial », a déclaré Trump. Les propos des deux hommes s’inscrivent dans un contexte de rumeurs sur la préparation des pays arabes sunnites à travailler avec Israël face à l’opposition régionale iranienne.

Pendant son discours de lundi, Abbas a également mis en garde Trump contre sa promesse électorale de déplacer l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, tout en affirmant qu’il était prêt à travailler avec le président américain pour conclure un accord de paix, malgré l’incertitude entourant le type de relation que Trump compte avoir avec l’AP.

Le président américain Donald Trump s'adresse aux journalistes à bord d'Air Force One avant un meeting à Melbourne, en Floride, le 18 février 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Le président américain Donald Trump s’adresse aux journalistes à bord d’Air Force One avant un meeting à Melbourne, en Floride, le 18 février 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

« Nous […] répétons notre préparation et notre volonté à coopérer avec tous les pays, y compris avec l’administration américaine du président Trump, pour conclure un accord de paix sur la base du droit international et des résolutions internationales », a déclaré Abbas.

Même si la nouvelle administration à Washington a accueilli des responsables sécuritaires palestiniens, elle n’a pas encore eu de rencontres politiques directes avec des responsables diplomatiques de l’AP.

Abbas a demandé la mise en œuvre de l’initiative de paix arabe, une proposition saoudienne de 2002 qui verrait la mise en place de relations diplomatiques normales entre Israël et les états arabes et islamiques en échange d’un retrait total de la Cisjordanie, la mise en place d’un état palestinien dont la capitale serait Jérusalem Est et une solution négociée au problème des réfugiés palestiniens.

L’année dernière, Netanyahu a en partie soutenu l’initiative de paix arabe et proposé de négocier avec le monde arabe les paramètres du plan tout en soulignant son objection à de nombreux détails de la proposition originale.

Le soutien de Netanyahu à l’initiative aurait eu lieu dans le contexte d’un plan régional initié par l’ancien secrétaire d’Etat américain John Kerry il y a environ un an, qui aurait permis la reprise des négociations pour une solution à deux états et une reconnaissance palestinienne d’Israël en tant qu’Etat juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, John Kerry, alors secrétaire d'Etat américain, à gauche, et le roi Abdallah II de Jordanie, à Amman, le 13 novembre 2014. (Crédit : Yousef Allan/Ho/Palais royal de Jordanie/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, John Kerry, alors secrétaire d’Etat américain, à gauche, et le roi Abdallah II de Jordanie, à Amman, le 13 novembre 2014. (Crédit : Yousef Allan/Ho/Palais royal de Jordanie/AFP)

Même si Netanyahu a soutenu une approche régionale pendant sa conférence de presse avec Trump, il a été appris peu après qu’il avait rejeté un plan de paix régional qui avait été l’occasion d’une rencontre secrète Aqaba le 21 février 2016, en présence de Netanyahu, Kerry, Abdel Fattah el-Sissi, le président égyptien, et le roi Abdallah II de Jordanie.

Netanyahu avait rejeté cette initiative parce qu’il pensait qu’il n’aurait pas l’approbation de sa coalition, a annoncé le quotidien israélien Haaretz.

Beaucoup de politiciens de la coalition de droite de Netanyahu sont opposés à la mise en place d’un état palestinien, certains appelant même à l’annexion de toute ou partie de la Cisjordanie. Netanyahu a récemment déclaré ne pas avoir abandonné la solution à deux états, mais qu’il n’était prêt, pour le moment, à donner aux Palestiniens « pas exactement un état avec une pleine autorité, mais un ‘état moins’. »

Pour leur part, Sissi et Abdallah ont déclaré la semaine dernière qu’une solution à deux états au conflit n’était pas négociable.

Une protection internationale pour les Palestiniens

Abbas a également demandé lundi que les Nations unies mettent en place un mécanisme pour protéger les Palestiniens de ce qu’il a appelé des « violations systématiques et répandues des droits de l’Homme » d’Israël contre eux.

« Aujourd’hui, nous répétons notre demande à la mise en place d’un système de protection internationale pour le peuple palestinien, qui mettra fin aux violations israéliennes des droits palestiniens fondamentaux », a-t-il déclaré.

Le dirigeant de l’AP a en particulier mis en lumière une loi récemment adoptée par Israël, qui a légalisé quelques milliers de logements israéliens en Cisjordanie construits sur des terrains palestiniens privés. Abbas a déclaré que cette loi était du « vol » et qu’il s’agissait d’un « très dangereux précédent ».

Il a également appelé le Haut commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies à publier une liste des entreprises israéliennes qui violent les droits de l’Homme, apparemment pour qu’elles puissent être boycottés par la communauté internationale.

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, et Roni Alsheich, à gauche, à la Knesset, le 12 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, et Roni Alsheich, à gauche, à la Knesset, le 12 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Gilad Erdan, le ministre de la Sécurité intérieure, a déclaré que la demande d’Abbas pour une liste d’entreprises israéliennes était « un nouveau record d’hypocrisie ».

« Sur la scène même où il met en garde contre des actions unilatérales, il demande également à l’ONU de créer une liste noire pour encourager le boycott contre Israël… Il revient à nos amis du monde entier de faire comprendre aux Palestiniens qu’il y aura un prix pour la campagne d’incitation [à la haine] et de délégitimation d’Israël. »

Danny Danon, l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a lui aussi critiqué le discours d’Abbas.

« Dans un pic d’hypocrisie, Abbas et le Conseil des droits de l’Homme ont rejoint une campagne d’incitation [à la haine] contre Israël. Il n’est pas surprenant que ce Conseil, qui a depuis longtemps divorcé de la réalité, ait choisi une fois encore de fournir une plateforme aux diffamations palestiniennes contre nous », a déclaré Danon.

« Il est temps qu’Abbas et la direction palestinienne comprennent qu’une nouvelle ère s’est ouverte aux Nations unies, dans laquelle les discours et les initiatives biaisées contre Israël ne réussiront pas, a-t-il ajouté. Le seul moyen d’avancer est la négociation directe avec Israël. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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