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Une yeshiva de Brooklyn qui supprime les cours profanes en 4e visée par une plainte

L'école Ohr Moshe de Borough Park a informé les parents qu'elle interrompait ses quelques cours non-religieux en faveur de leçons sur le respect des lois du Shabbat

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Des bus scolaires sont alignés dans le quartier de Williamsburg, à Brooklyn, le 24 avril 2019. (Crédit : Johannes Eisele/AFP via Getty Images/JTA)
Des bus scolaires sont alignés dans le quartier de Williamsburg, à Brooklyn, le 24 avril 2019. (Crédit : Johannes Eisele/AFP via Getty Images/JTA)

NEW YORK – Une yeshiva de Brooklyn a annoncé qu’elle allait cesser de dispenser tous les cours profanes aux élèves de Quatrième, malgré la loi de l’État de New York qui rend obligatoires les matières profanes, ce qui lui a valu une plainte d’un groupe de défense de l’éducation.

Le mois dernier, la Talmud-Torah Ohr Moshe a envoyé une lettre aux parents les informant officiellement qu’elle allait abandonner ses quelques cours laïcs pour les garçons de Quatrième pour se concentrer exclusivement sur les études religieuses.

Selon la lettre, l’école a pris cette décision en réponse aux demandes des parents. Yaffed, une association new-yorkaise à but non lucratif qui œuvre à la réforme du système des yeshivot, a déclaré avoir reçu la lettre d’un parent d’élève et avoir déposé une plainte auprès du département de l’Education de la ville de New York.

L’école enseignait auparavant aux élèves des matières profanes telles que les mathématiques, l’histoire, les sciences et la géographie pendant 45 à 90 minutes en fin de journée. L’école a déclaré qu’elle allait remplacer ces cours par des leçons sur le respect de la loi religieuse pendant Shabbat.

Illustration : Des piétons marchent près de la yeshiva Kehilath Yakov dans le quartier de South Williamsburg, le 9 avril 2019, dans l’arrondissement de Brooklyn à New York. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images)

« Suite aux demandes répétées des parents concernant les matières profanes, nous nous sommes réunis pour discuter et donner des conseils sur ce qu’il faut faire », indique la lettre en hébreu. « Nous avons décidé de mettre en place un cours enseignant les règles du Shabbat et un cours merveilleux sera dispensé. »

Les parents ont également reçu un message audio en yiddish les informant du changement.

La yeshiva accueille des élèves du CP à la Quatrième. Elle est située à la limite du quartier de Borough Park à Brooklyn, qui compte une importante population ultra-orthodoxe.

Ce changement signifie que les élèves ne recevront aucune instruction dans les matières profanes. L’État de New York exige que tous les enfants des écoles non publiques reçoivent un enseignement « substantiellement équivalent » à celui des écoles publiques voisines. La définition de ce terme et l’application de la loi ont été la source d’une controverse permanente autour des yeshivot.

La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul. (Crédit : Lev Radin/Pacific Press/LightRocket via Getty Images/JTA)

Ce changement a été rapporté pour la première fois par le média d’investigation new-yorkais THE CITY.

Ohr Moshe n’a pas répondu à une demande de commentaire du Times of Israël.

Naftuli Moster, le directeur de Yaffed, a déclaré que la lettre sapait l’argument selon lequel les yeshivot négligent l’éducation laïque en raison de croyances religieuses. Elle montre plutôt que le système des yeshivot s’est progressivement éloigné des matières profanes en raison des tendances communautaires, du manque d’application de la loi et des caprices des dirigeants, a-t-il déclaré.

La question de l’éducation profane dans les yeshivot est depuis longtemps un sujet brûlant et une source de controverse.

Illustration de Juifs ultra-orthodoxes dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn. (Crédit : Gedalya Gottdenger/Creative commons/JTA)

Les détracteurs du système des yeshivot affirment que les écoles ne dispensent pas un enseignement adéquat dans les matières profanes, notamment l’anglais et les mathématiques, laissant les étudiants en fin de scolarité sans préparation pour intégrer le marché du travail.

En 2019, une enquête de la ville de New York portant sur 28 yeshivot a révélé que seules deux d’entre elles dispensaient un enseignement « substantiellement équivalent » à celui des écoles publiques laïques.

L’ancien maire de New York, Bill de Blasio, a été accusé de retarder le dossier critiquant les yeshivot pour des raisons politiques.

Photo illustrative de Juifs ultra-orthodoxes dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, NY. (Crédit : AP/Joe Kohen)

Le nouveau maire de la ville, Eric Adams, a pris ses fonctions le mois dernier et doit encore trouver ses marques dans un contexte de crise, notamment une recrudescence des cas de COVID-19 et de crimes violents.

Les écoles juives constituent le plus grand groupe d’écoles privées de la ville de New York, scolarisant environ 110 000 élèves.

Le mois dernier, la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a proposé un budget pour 2023 qui comprenait 295 millions de dollars pour les écoles non publiques, soit une augmentation de 18 % par rapport au budget précédent.

Le budget comprenait des fonds pour la santé et la sécurité, l’enseignement de certaines matières profanes et la sécurité, selon le groupe orthodoxe Agudah. Yaffed a déclaré qu’il comprenait également 657 000 dollars pour l’application des règles d’équivalence substantielle. Le budget n’a pas encore été approuvé par les législateurs de l’État.

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