« Unorthodox » ou le changement de vie d’une Juive hassidique à Berlin
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« Unorthodox » ou le changement de vie d’une Juive hassidique à Berlin

Diffusée le 26 mars, cette mini-série en yiddish produite en Allemagne, et sans précédent, tire son élan de l'actrice israélienne Shira Haas et d'une équipe féminine explosive

  • Shira Haas dans ‘Unorthodox’ de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
    Shira Haas dans ‘Unorthodox’ de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
  • Shira Haas dans ‘Unorthodox’ de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
    Shira Haas dans ‘Unorthodox’ de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
  • Amit Rahav (Yanky) dans "Unorthodox" de Netflix  (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
    Amit Rahav (Yanky) dans "Unorthodox" de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
  • Shira Haas dans ‘Unorthodox’ de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
    Shira Haas dans ‘Unorthodox’ de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
  • Amit Rahav (Yanky) et Shira Haas (Esty) dans la série de Netflix''Unorthodox' (Crédit : Anika Molnar/Netflix)
    Amit Rahav (Yanky) et Shira Haas (Esty) dans la série de Netflix''Unorthodox' (Crédit : Anika Molnar/Netflix)

Lors du premier jour du tournage de la nouvelle série de Netflix « Unorthodox », l’actrice Shira Haas s’est fait entièrement raser le crâne devant la caméra. Pendant que ses longs et épais cheveux châtains tombaient par terre, elle dit avoir pleuré et souri simultanément.

« J’y étais prête, et c’était important pour l’histoire. Et pourtant, je ressentais personnellement les émotions mitigées que devait aussi ressentir Esty », explique Shira Haas, évoquant le personnage qu’elle interprète dans cette toute nouvelle production.

Cette série en quatre épisodes inspirée par l’histoire vraie de Deborah Feldman qu’elle a racontée en 2012 dans le livre Unorthodox: The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots sera diffusée dans le monde entier à partir du 26 mars. C’est la toute première production en yiddish à avoir été entreprise en Allemagne.

En se rasant la tête et en portant une perruque, Esty, 18 ans, se promet de bonne foi son rôle de jeune mariée qui lui a été prescrit dans la communauté fermée de Satmar à Williamsburg, à Brooklyn.

Elle se bat – en vain – pour faire le bonheur de son mari et de sa famille en tombant enfin enceinte. Une seule et misérable année plus tard, elle part se réfugier à Berlin, enlève sa perruque et tente de trouver sa voie et sa voix – au sens littéral comme au sens figuré.

Shira Haas dans « Unorthodox » sur Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)

Même si l’intrigue se déroule dans la communauté Satmar avec sa myriade de lois et coutumes religieuses et son mode de vie particulier, « Unorthodox » reste un récit universel sur le passage à l’âge adulte.

Produite et écrite par Anna Winger et Alexa Karolinski, réalisée d’une main d’experte par Maria Schrader et interprété par un casting excellent, la série plaira, sans aucun doute, aux spectateurs de toutes origines et de tous milieux.

Le public international a récemment pris beaucoup de plaisir à s’immerger dans la vie de la communauté hassidique par le biais de films et séries de télévision populaires – dont le succès a été inattendu – comme « Menashe » et « Shtisel ». Maria Schrader, toutefois, a accepté de réaliser « Unorthodox » parce que le scénario réussissait à aborder le sujet à partir d’un angle encore inexploré et unique.

« Le projet m’a séduite parce qu’il permettait d’entendre une voix encore inconnue. Ce point de vue d’une femme sur son éducation au sein de la communauté n’avait jamais été relaté jusqu’à présent », explique la réalisatrice, qui est également une actrice reconnue en Allemagne.

Anna Winger, une Juive américaine qui vit à Berlin, et Alexa Karolinski désiraient transformer l’épopée personnelle de Deborah Feldman en une série télévisée, mais elles avaient également l’intention d’inclure dans le film les thèmes spécifiques qu’elles voulaient explorer – en particulier ceux liés à la vie juive dans l’Allemagne de l’après Seconde Guerre mondiale.

En réalité, Maria Feldman a quitté son époux et la communauté de Satmar dans la banlieue de New York après plusieurs années, étudiant la littérature au Sarah Lawrence College. Elle ne s’était installée à Berlin avec son jeune fils que quelques années plus tard.

Dans le film, en revanche, Esty part immédiatement pour Berlin – créant en juxtaposition un contraste profond entre la capitale cosmopolite contemporaine de l’Allemagne et le traumatisme entraîné par la Shoah qui définit le regard porté sur la vie par la secte hassidique de Satmar.

Alexa Karolinski (Crédit : Natascha Goldenberg)

« Avec la bénédiction de Deborah, nous avons fait beaucoup de changements », explique Alexa Karolinski, 36 ans, qui a grandi à Berlin et dont les grands-parents sont des survivants de la Shoah. Elle vit dorénavant à Los Angeles.

« Nous avons fait venir Esty à Berlin pour pouvoir parler de ce que pourrait représenter le fait, pour une Juive de Satmar, de fuir vers le pays d’origine de la Shoah et pour réfléchir sur la manière dont Berlin s’est construite sur le traumatisme, la manière dont l’histoire balaie tout là-bas », ajoute-t-elle.

L’équipe de production de la série a utilisé des lieux de tournage susceptibles de transmettre symboliquement ces idées. Par exemple, Esty enlève sa perruque dans le lac Wannsee, devant la villa où les plans de la Solution finale avaient été établis en 1942. A la fin du dernier épisode, elle déambule sous la porte de Brandebourg, dans la direction opposée à celle empruntée par Hitler, en 1933, après sa prise de pouvoir.

« C’est une manière de reprendre les choses – en leur donnant une nouvelle signification tout en reconnaissant leur signification passée », commente Alexa Karolinski.

Cela a été un véritable défi de trouver des acteurs capables de jouer en yiddish dans cette production qui a été tournée à Berlin et à New York.

Maria Schrader (Crédit : Christine Fenzl)

« Il nous fallait de nombreux acteurs capables de jouer en yiddish en langue maternelle – ou comme si c’était leur langue maternelle – et qui jouaient bien la comédie. Nous avons fini avec un groupe réellement international venant de New York, de Paris, de Bucarest et d’Israël », révèle Maria Schrader.

Les trois jeunes acteurs principaux entretiennent tous des liens avec Israël. Shira Haas, 24 ans et Amit Rahav, qui joue Yanky, l’époux d’Esty, sont deux Israéliens originaires de Tel Aviv. Jeff Wilbusch (de son vrai nom Yisroel Iftach Wilbuschewitz) a grandi dans une communauté hassidique de Jérusalem avant de la quitter à l’adolescence et de partir en Europe pour faire des études d’économie, puis de comédie.

« J’ai eu des frissons lorsque j’ai vu la vidéo de l’audition de Shira dans laquelle elle interprète la scène où elle rencontre pour la première fois Yanky, son futur mari », confie Maria Schrader, 54 ans, au sujet de Shira Haas, dont la performance exceptionnelle et lumineuse marque la série.

« Je ne connaissais pas du tout le yiddish, mais je me suis assurée de connaître parfaitement le texte pour l’audition », commente l’actrice.

« Après avoir obtenu l’extrait du texte, je l’ai écouté encore et encore à travers mes oreillettes. Les gens autour de moi pensaient probablement que j’écoutais de la musique, mais j’écoutais du yiddish », s’exclame-t-elle.

Les dialogues en yiddish ont été un défi pour tous les acteurs impliqués – même parmi ceux, plus âgés, qui parlaient la langue. Le consultant en yiddish Eli Rosen a rejoint l’équipe pour donner des leçons particulières aux comédiens, de manière à ce qu’ils puissent s’exprimer de manière convaincante dans le dialecte hassidique et américain spécifique de la secte de Satmar.

Le mariage de Yanky (Amit Rahav) et d’Esty (Shira Haas) dans « Unorthodox », une série Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)

« Eli était notre ‘rabbin’. Il a été la ‘sauce’ spéciale de ce projet. Il s’est assuré que tout était dépeint de façon exacte et authentique – le yiddish, les vêtements, les rituels, les styles de vie et la culture », explique Alexa Karolinski.

Shira Haas se rappelle avoir préparé son rôle de manière intensive avec Eli Rosen. « Nous avons tout revu, lettre par lettre, mot par mot. Je voulais savoir très exactement ce que je disais et voulais garantir que tout sortirait automatiquement de ma bouche devant les caméras. Je voulais accorder au langage le respect qu’il mérite », dit-elle.

Il y a eu, selon Alexa Karolinski, de nombreuses productions au sujet des Juifs en Allemagne. Toutefois, « Unorthodox » est la toute première à avoir été créée dans le pays par des Juifs et en particulier par des Juifs allemands.

« On voulait faire cette série de l’intérieur. Tous les acteurs sont juifs et certains figurants sont d’anciens juifs hassidiques », déclare-t-elle.

De gauche à droite: Jeff Wilbusch (Moishe) et Amit Rahav (Yanky) dans « Unorthodox » de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)

Même si Shira Haas avait déjà interprété une jeune ultra-orthodoxe dans la série à succès « Shtisel », cela n’a pas signifié pour autant qu’elle a automatiquement su s’approprier le personnage d’Esty.

« Esty et Ruchami [le personnage interprété par Shira Haas dans ‘Shtisel’] sont tellement différentes. Chaque communauté est si différente de l’autre. Et les gens sont différents les uns des autres au sein d’une communauté donnée. J’adore vraiment les deux personnages, mais j’ai fini par aborder le rôle d’Esty très différemment », précise la comédienne.

Maria Schrader dit avoir ressenti une grande responsabilité à l’idée de porter à l’écran la communauté de Satmar. Alexa Karolinski en convient également, disant que la série ne vise pas à condamner le mode de vie hassidique – qui fonctionne manifestement pour un grand nombre de ceux qui le suivent.

« Nous avons évité une opportunité facile de juger un mode de vie spécifique même s’il peut paraître étranger ou perturbant pour un grand nombre de personnes. Mon devoir, en tant que réalisatrice, est de dépeindre des personnages complexes, une image complexe », note-t-elle.

Shira Haas dans ‘Unorthodox’ de Netflix (Crédit : Anika Molnar/Netflix)

Et, en effet, aucun personnage, dans « Unorthodox », n’est dépeint en noir et blanc. Esty est déchirée entre les grands défis posés par son épanouissement personnel et le confort émotionnel de la seule vie qu’elle ait jamais connue. Yanky s’avère ne pas être le mari méprisant venu ramener son épouse à la maison, mais plutôt une victime bouleversante de sa propre situation. Le personnage interprété par Wilbusch, Moishe (cousin de Yanky et homme de main du rabbin) est irrémédiablement bloqué entre son attirance pour le monde laïc et son allégeance à sa famille et à la vie religieuse.

Ceci étant dit, « Unorthodox” salue indéniablement la force nécessaire à un individu pour faire valoir sa différence et suivre le chemin qui nous est propre dans l’existence.

« Tout individu, dans toutes les sociétés, ressent un besoin d’appartenance, de sécurité, de foyer, tout en voulant assouvir ses désirs et ce qui lui est nécessaire », conclut Maria Schrader.

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