US : Un fraudeur aux options binaires, condamné à un an et un jour de prison
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US : Un fraudeur aux options binaires, condamné à un an et un jour de prison

Austin Smith, ancien immigrant israélien qui avait ensuite fondé une firme qui prétendait venir en aide aux victimes de l'escroquerie, se prépare à purger sa peine

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Austin Smith, propriétaire de Recouvrement de richesse international qui  propose de récupérer l'argent des victimes d'options binaires. (Capture d'écran Facebook)
Austin Smith, propriétaire de Recouvrement de richesse international qui propose de récupérer l'argent des victimes d'options binaires. (Capture d'écran Facebook)

Austin Smith, commercial dans le secteur de l’industrie des options binaires qui avait ensuite ouvert une entreprise qui, selon lui, oeuvrait à restituer les fonds perdus par les victimes, a été condamné à 12 mois et un jour d’incarcération dans une prison fédérale américaine.

Smith, 35 ans, avait plaidé coupable, au mois de mars, pour conspiration en vue de commettre une fraude électronique en raison du rôle qu’il avait tenu dans une escroquerie réalisée par les sites israéliens de vente d’options binaires BinaryBook.com et BigOption.com.

Mais Smith est mieux connu pour ce qu’il avait ensuite fait. Il avait fondé et dirigé une entreprise appelée Wealth Recovery International, qui avait promis à des milliers de victimes présumées de l’industrie des options binaires qu’elle les aiderait à retrouver leurs fonds perdus.

Des clients et d’anciens employés de la firme ont fait savoir au Times of Israel qu’une importante partie des clients n’avaient bénéficié que d’une aide minimale après avoir engagé des frais préalables variant de quelques centaines à quelques milliers de dollars par plaignant.

La condamnation de Smith à un an et un jour de prison, qui a été rendue publique le 22 novembre, sanctionne principalement ses activités au sein de BinaryBook – la période qui avait précédé la création de la compagnie Wealth Recovery International. Il devra également rembourser un demi-million de dollars à ses victimes.

Dans le cadre d’un arrangement judiciaire conclu au mois de mars, Smith avait accepté de témoigner pour le compte du gouvernement américain au cours du procès qui a eu lieu au mois de juillet et au mois d’août de Lee Elbaz, directrice-générale de Yukom Communications.

Il avait apporté son témoignage, avait-il alors déclaré devant la cour, dans l’espoir d’obtenir une peine revue à la baisse. La condamnation maximale pour le délit pour lequel il avait plaidé coupable – conspiration en vue de commettre une fraude électronique – est de cinq ans d’incarcération.

Sur cette photo non-datée, Austin Smith recrute des employés pour sa firme Wealth Recovery International à un salon de l’emploi à Tel Aviv (Capture d’écran : YouTube)

Smith avait initialement été chargé de fidéliser les clients au sein de la firme Numaris Communication de Tel Aviv – une compagnie sœur de Yukom Communications, au coeur de la fraude effectuée à hauteur de 140 millions de dollars du mois d’août 2015 au mois de janvier 2016.

Avant de quitter la firme, Smith et quelques amis avaient piraté le système informatique de Numaris Communication, avait-il déclaré au cours du témoignage apporté lors du procès d’Elbaz. Lui et ses amis s’étaient appropriés les listes de clients et les courriels internes de la compagnie qu’ils avaient utilisés pour lancer leur propre entreprise, en avril 2016, appelée « Wealth Recovery International », dont l’objectif établi était de venir en aide aux victimes du secteur des options binaires et les aider à récupérer leur argent.

Austin Smith, l’un des cofondateurs de Wealth Recovery International, dans son bureau de Tel Aviv, le 22 février 2017. (Crédit : Andrew Tobin)

Smith avait utilisé les informations obtenues clandestinement auprès de Numaris Communication pour entrer en contact avec les anciens clients de BinaryBook.com, leur offrant de les aider à recouvrer leurs investissements.

Le département américain de la Justice devait découvrir que tandis qu’il y était parvenu pour un nombre de victimes qui n’a pas été précisé, il avait gagné à au moins une reprise une commission importante de la part d’un client qu’il avait précédemment aidé à escroquer.

A son apogée, la compagnie de Smith, Wealth Recovery International, comptait des milliers de clients dans le monde entier et qui souhaitaient récupérer les fonds perdus auprès de plus d’une centaine de sites de vente d’options binaires, de forex et de crypto-devises, ont expliqué d’anciens employés au Times of Israel.

Wealth Recovery International faisait payer des frais de manière anticipée à ses clients ainsi qu’un pourcentage sur l’argent récupéré.

Les informations portant sur la réussite de la firme dans la mission qu’elle s’était établie sont mitigées. Le Times of Israel a reçu un certain nombre de courriels, au cours des deux dernières années, de personnes qui se sont présentées comme d’anciens clients de Wealth Recovery International et qui ont déploré le manque d’assistance fournie après le paiement préalable des frais.

L’ancienne conseillère juridique de la compagnie, Tamar Hamm, avait déclaré au mois de mars au Times of Israel que Wealth Recovery International avait aidé à remettre la main sur la somme de 8,5 millions de dollars au bénéfice de ses clients et qu’un fort pourcentage parmi ces derniers étaient satisfaits.

Mais, contacté pour cet article, l’avocat de Hamm a indiqué que cette dernière avait, depuis, quitté la firme, ayant noté des « irrégularités dans ses pratiques commerciales ».

Tamar Hamm, ancienne conseillère juridique de Wealth Recovery International (Crédit : Facebook)

L’avocat de Hamm, Albert Watkins de Kodner Watkins, LC, a écrit dans un courriel adressé au Times of Israel qu’elle avait rejoint le département américain de la Justice pour l’aider à retrouver les fonds investis par les clients par le biais de l’escroquerie.

« A travers notre firme », a dit son avocat, »des mesures anticipées ont été prises et les informations concernant la localisation et les montants avancés par les clients de Wealth Recovery International ont été partagées avec le Département américain de la Justice ».

« Notre cliente a lutté avec zèle pour respecter scrupuleusement ce qui relève de son devoir professionnel. Elle a subi des difficultés significatives au niveau personnel et financier pour naviguer dans ce qui peut être décrit comme un plan utilisant une ruse exceptionnelle qui a finalement débouché sur les procédures pénales intentées contre l’ancien directeur », a-t-il ajouté.

L’avocat de Smith, pour sa part, n’a pas donné suite aux demandes de réactions soumises par le Times of Israel.

Le 25 septembre 2019, un magistrat israélien a ordonné la liquidation de Wealth Recovery.

Smith devra se présenter à la prison pour purger sa sentence avant le 6 janvier 2020, dernier délai. Le juge Theodore D. Chuang a recommandé qu’il soit incarcéré à la prison de Camp FCI-Otisville, située dans l’Etat de New York.

A l’issue de sa peine, il sera placé en « liberté surveillée » pendant trois ans – ce qui signifie que ses déplacements et ses activités seront placés sous le contrôle d’un agent de probation. Pendant toute cette période, Smith devra également se soumettre à des tests de toxicomanie, suivre un programme psychologique et prendre tous les médicaments qui lui seront prescrits par les spécialistes de la santé mentale.

Il a été également condamné à rembourser la somme de 486 199 dollars aux victimes qu’il a aidées à escroquer dans le secteur des options binaires. Il devra ainsi verser la somme mensuelle de 500 dollars dans cet objectif.

La complice de Smith dans l’industrie des options binaires, Shira Uzan, qui avait également plaidé coupable et qui avait témoigné au cours du procès d’Elbaz, a été pour sa part condamnée, en date du 21 novembre, à quatre mois de prison et à trois ans de liberté surveillée. Uzan devra également rembourser la somme de 1 819 595 dollars.

Une industrie trouble

Ces dernières années, une industrie artisanale a fait son apparition en Israël et ailleurs, qui s’est donnée comme objectif d’aider les victimes d’escroqueries en ligne à récupérer les sommes qu’elles avaient investies. Les agents qui travaillent dans ces firmes utilisent parfois de faux noms ou se cachent derrières des entreprises écrans.

Certains sont d’anciens employés ou associés des mêmes compagnies qui auraient dérobé des fonds aux victimes présumées.

Certains ne récupèrent, en fait, jamais d’argent pour le compte de leurs clients tandis que d’autres utilisent pour leur part des méthodes peu orthodoxes pour y parvenir.

Par exemple, au mois de juillet 2018, Wealth Recovery International avait poursuivi une autre firme faisant la même activité et appelée « Recover Your Deposit » en Israël, réclamant la somme de 365 000 shekels.

Dans sa plainte, Wealth Recovery avait accusé « Recover Your Deposit » d’être dirigé par quatre anciens négociants en options binaires qui avaient volé les données des entreprises pour lesquelles ils travaillaient et qui, selon Wealth Recovery, contactaient dorénavant les clients en leur offrant une aide pour récupérer leurs investissements.

Capture d’écran de la page d’accueil de Wealth Recovery International telle qu’elle apparaissait le 10 juin 2019

Selon la plainte, Wealth Recovery avait déjà fait face aux dirigeants de Recover Your Deposit, menaçant de les poursuivre et de révéler leurs activités à leurs anciens employeurs du secteur des options binaires.

Wealth Recovery déciderait finalement de ne pas le faire, avait expliqué la firme, si Recover Your Deposit respectait quatre conditions : La première, que Recover Your Deposit remette à Wealth Recovery ses relevés bancaires des six derniers mois. La deuxième, que Recover Your Deposit verse plus de 1 000 dollars à la firme sur les paiements reçus de ses clients.

La troisième, que Recover Your Deposit fournisse des informations et des déclarations sous serment sur les anciens employeurs de ses dirigeants dans le secteur des options binaires. Et la quatrième, que Recover Your Deposit revienne sur une déclaration relevant de la diffamation que la firme avait écrite au sujet d’une juriste, Veronica Birman, qui travaillait étroitement avec Wealth Recovery International.

La plainte de Wealth Recovery avait ajouté qu’un accord avec la firme poursuivie avait été initialement signé mais qu’il n’avait pas été respecté.

Recover Your Deposit et ses quatre dirigeants présumés ne s’étaient pas défendus face à cette plainte.

Ces poursuites judiciaires mettent en lumière une industrie trouble de recouvrement d’investissements en Israël où des individus dont les antécédents, les affiliations et les qualifications ne sont pas toujours présentés de manière appropriée offrent d’aider des victimes de différentes fraudes à remettre la main sur leurs fonds.

Tandis qu’il est impossible de savoir de prime abord quelles firmes de ce type ont réellement de bonnes intentions et quelles entreprises ne cherchent finalement qu’à commettre une seconde escroquerie, certains juristes proches de cette industrie artisanale conseillent la prudence aux potentiels clients.

« Conseiller les victimes sur les méthodes à suivre pour récupérer l’argent perdu ou envoyer des lettres de réclamation au nom de la victime sont généralement considérés comme des services juridiques et ils exigent donc une autorisation de pratique dans le domaine du droit », explique l’avocat Nimrod Assif au Times of Israel.

« Les victimes doivent se méfier d’individus sans autorisation préalable qui prétendent offrir des services juridiques. De plus, le fait qu’une organisation de recouvrement approche les victimes, et non le contraire, est un drapeau rouge. En premier lieu, les juristes ne sont pas, en général, autorisés à approcher les clients », dit-il.

« En second lieu, les victimes doivent se demander comment l’entreprise les a trouvées, et s’il a été nécessaire pour cela de collaborer avec des entités de vente d’options binaires. De plus, les dossiers concernant les options binaires sont complexes et il faut un temps considérable pour les traiter. Les victimes doivent donc demander combien de clients ont déjà ces firmes de recouvrement et si elles sont en capacité d’en gérer davantage », conclut-il.

Quand l’alyah tourne mal

Au cours du témoignage qu’il avait livré pendant le procès de Lee Elbaz – et qui avait eu lieu à Greenbelt, dans le Maryland – Austin Smith avait déclaré aux magistrats que dès le lycée et jusqu’à la trentaine, il avait souffert de toxicomanie et qu’il s’était installé au sein de l’Etat juif au mois de novembre 2013 avec l’aide et les encouragements d’un rabbin.

Smith avait espérer mettre un terme à sa dépendance à la drogue une fois en Israël – ce qui, avait-il ajouté, il avait réussi à faire.

Smith avait d’abord vécu à Jérusalem puis il s’était installé à Tel Aviv où il avait trouvé un emploi – il avait travaillé dans un centre d’appels du secteur des options binaires, Rushmore Marketing, avant de rejoindre Numaris Communication.

L’histoire racontée par Smith n’est pas unique et elle met en lumière la situation de certains jeunes arrivants en Israël, qui ont fait leur alyah (immigration au sein de l’Etat juif) pour tenter de s’élever spirituellement ou pour commencer un nouveau chapitre de leur vie et qui finissent par s’investir au sein d’organisations criminelles.

Dans de nombreux cas, ces immigrants ont été orientés – en toute méconnaissance de cause – vers des entreprises criminelles par des organisations juives dont l’objectif est d’aider les nouveaux arrivants à se faire une place en Israël.

L’industrie des options binaires a prospéré pendant une décennie en Israël avant qu’elle ne soit mise hors-la-loi par une législation de la Knesset au mois d’octobre 2017. A son apogée, ce sont des centaines de firmes dans le pays qui ont employé des milliers d’Israéliens qui auraient dérobé des milliards à des victimes dans le monde entier. Les firmes frauduleuses trompaient leurs victimes en leur faisant croire qu’elles investissaient et gagnaient beaucoup d’argent, les encourageant à déposer encore davantage, jusqu’à la rupture du contact avec le client. La firme disparaissait alors avec tout l’argent – ou presque.

Les procureurs israéliens n’ont pas encore mis en examen un seul suspect émanant du secteur des options binaires pour escroquerie. Du côté des Etats-Unis, environ deux douzaines ont d’ores et déjà été inculpés.

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