Options binaires : un Israélo-américain plaide coupable
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Options binaires : un Israélo-américain plaide coupable

Austin Smith, propriétaire de Wealth Recovery International, a été arrêté aux Etats-Unis en compagnie d'un autre homme, Yair Hadar

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Austin Smith, propriétaire de Wealth Recovery International, qui offre des services de recouvrement d'argent aux victimes des options binaires (Capture d'écran : Facebook)
Austin Smith, propriétaire de Wealth Recovery International, qui offre des services de recouvrement d'argent aux victimes des options binaires (Capture d'écran : Facebook)

Le département d’Etat américain de la Justice a engagé des poursuites contre deux Israéliens soupçonnés d’avoir commis une fraude aux investissements sur la Toile. L’un des deux hommes, Austin Smith, a plaidé coupable. Smith est par ailleurs propriétaire d’une entreprise qui commercialise ses services de recouvrement d’argent pour venir en aide aux victimes de l’industrie des options binaires.

Mercredi, le département de la Justice des Etats-Unis a réactualisé son site consacré à l’affaire de la fraudeuse aux options binaires présumé Lee Elbaz, ajoutant l’information de l’inculpation de deux employés supplémentaires qui travaillaient au sein de l’entreprise de cette dernière – ce qui amène le nombre total d’accusés dans ce dossier et dans d’autres qui y sont reliés à six.

Les deux nouveaux accusés sont ainsi Austin Smith, qui aurait utilisé le nom d’emprunt de « John Ried », et Yair Hadar, dit « Steven Gold », lorsqu’ils s’adressaient pas téléphone aux investisseurs.

Smith a été inculpé jeudi et accusé de conspiration dans le but de commettre une fraude électronique. Il a plaidé coupable et a été libéré sous la tutelle de ses parents en échange d’une caution de 300 000 dollars. Il devrait connaître sa condamnation le 3 septembre 2019.

Hadar a été pour sa part accusé du même chef et il comparaîtra le 21 mars 2019, selon le site internet du département d’Etat de la Justice.

Austin Smith (Capture d’écran : Facebook)

Les deux hommes auraient escroqué des investisseurs via les sites internet BigOption et BinaryBook. BigOption et BinaryBook étaient deux parmi des centaines de plateformes en ligne consacrées au marché des options binaires qui ont opéré depuis Israël entre 2008 et 2018, dans une fraude à l’échelle industrielle qui aura dérobé des milliards de dollars à des victimes du monde entier.

Smith est également le propriétaire d’une société appelée Wealth Recovery International qui offre aux personnes arnaquées par l’industrie des options binaires de recouvrir leur argent.

Dans un portrait qui avait été publié par Jewish Telegraphic Agency au mois d’avril 2017, Smith n’avait pas dissimulé son passé dans le secteur des options binaires, clamant par ailleurs avoir abandonné cette activité et oeuvrer dorénavant à aider les victimes à retrouver leur argent. Il avait affirmé avoir changé d’avis après une révélation religieuse.

Les accusations émises par le département d’Etat contre Smith concernent largement la période qui s’est écoulée entre le mois d’août 2015 et le mois de janvier 2016, lorsqu’il travaillait dans l’industrie des options binaires. Mais l’instance reproche également à Smith d’avoir, à au moins une occasion, touché une forte commission de la part d’un client qu’il avait personnellement aidé à escroquer.

Selon les documents du tribunal, Smith avait alors obtenu 125 000 dollars en frais et en commissions pour les services offerts par Wealth Recovery International de la part d’au moins un client qu’il avait directement arnaqué lorsqu’il était employé au sein de BinaryBook. Smith ne lui avait pas parlé de son implication personnelle dans la fraude perpétrée à son encontre.

Tammi Hamm, avocate au sein de Wealth Recovery International, a expliqué au Times of Israel que Smith n’avait jamais dissimulé le fait qu’il avait travaillé dans les options binaires, ajoutant que, de son point de vue, rien n’avait changé depuis son arrestation et son plaider-coupable et que Wealth Recovery International continuera à mener ses activités comme dans le passé.

Elle a affirmé par ailleurs que Wealth Recovery International avait permis de récupérer 8,5 millions de dollars pour ses clients et qu’un important pourcentage d’entre eux étaient satisfaits des services de l’entreprise.

Selon son procès-verbal, avant de lancer les activités de Wealth Recovery International, Smith aurait travaillé dans une entreprise de Tel Aviv appelée Numaris Communications, qui coordonnait et partageait ses ressources avec Yukom Communications, dont le siège se trouvait à Césarée et où travaillaient Elbaz et d’autres accusés.

Lee Elbaz, ex PDG de Yukom Ltd. (Crédit : LinkedIn)

Toujours selon le procès-verbal, Smith et ses aides se seraient engagés dans des fraudes sur internet :

« Austin Smith et d’autres, connus et inconnus », dit l’acte, « ont volontairement combiné, comploté, ils se sont rassemblés et ils ont convenu les uns avec les autres, connus et inconnus, de commettre des délits contre les Etats-Unis, de se livrer à des fraudes électroniques – à savoir tromper volontairement et avec l’intention de le faire – d’avoir conçu et d’avoir eu l’intention de concevoir un plan et des stratagèmes visant à frauder et à obtenir de l’argent et des biens en utilisant des prétextes,des représentations et des promesses matériellement fausses et frauduleuses, avec la dissimulation consciente d’un fait ou d’une affaire matérielle ».

L’acte d’inculpation prétend également que l’objectif poursuivi par le complot était « d’obtenir un dépôt maximal de la part des investisseurs et de prendre des initiatives visant à garantir que les investisseurs perdraient l’argent placé sur leur compte – gardant en conséquence les fonds pour eux et pour leurs marques ».

Liora Welles sur une photo téléchargée sur Facebook au mois de décembre 2015 (Capture d’écran : Facebook)

Hadar a été arrêté au mois de janvier alors qu’il tentait d’embarquer dans un vol en direction d’Israël à l’aéroport JFK, selon un acte du tribunal. Il aurait occupé un poste de commercial au sein de BigOption depuis le mois de novembre 2014 et ce jusqu’au mois d’août 2016.

Parmi les autres anciens employés de Numaris Communications et de Yukom Communications qui ont été inculpés, Liora Welles, Shira Uzan et Lissa Mel, qui ont plaidé coupable et qui ont été assignés à résidence aux Etats-Unis dans l’attente de leur condamnation.

Elbaz, ex-directrice générale de Yukom Communcations, a été assignée à domicile dans l’attente de son procès.

Elbaz est représentée par l’avocat Barry J. Pollack, qui défend également le fondateur de Wikileaks Julian Assange.

Une option binaire est un contrat d’option dont le gain dépend du prix d’un autre actif, comme l’or, le blé ou les actions Apple. Si le détenteur de l’option estime correctement quelle sera l’évolution du cours à l’échéance, il gagne une somme d’argent prédéterminée, sinon il perd l’argent « investi » dans une transaction donnée.

Lissa Mel sur une photo qui figurait sur son profil Instagram peu avant son arrestation.

Dans le cas de l’industrie israélienne des options binaires, cependant, les sociétés offrant ces contrats étaient pour la plupart des escrocs. Ils trompaient des victimes dans le monde entier en leur faisant croire qu’ils investissaient et gagnaient de l’argent, les encourageant à déposer de plus en plus dans leurs comptes, jusqu’à ce que l’entreprise finisse par couper le contact avec les investisseurs et disparaisse avec la totalité ou presque de leur argent.

À son apogée, l’industrie israélienne comptait des centaines d’entreprises, employant des milliers d’Israéliens, qui ont trompé un grand nombre de victimes dans le monde à hauteur de plusieurs milliards de dollars.

La Knesset a interdit l’industrie des options binaires en octobre 2017, en partie après des pressions énormes exercées par les représentants de l’Autorité des titres israélienne (ATI), lors des réunions de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV) [International Organization of Securities Commissions – IOSCO]. Cependant, depuis l’interdiction, les forces de l’ordre israéliennes n’ont inculpé aucun fraudeur aux options binaires.

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