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USA : Deux membres de la secte Lev Tahor condamnés pour enlèvement international

Deux cousins, Mordechay et Matityau Malka, avaient prévu d'enlever deux mineurs à leur mère dans l'État de New York et de les faire entrer clandestinement au Mexique

Des membres de Lev Tahor se préparant à quitter leur enceinte dans l'est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Autorisation/Davorin Sekulic/Klix.ba)
Des membres de Lev Tahor se préparant à quitter leur enceinte dans l'est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Autorisation/Davorin Sekulic/Klix.ba)

Les autorités américaines ont annoncé jeudi que deux membres de la secte juive extrémiste Lev Tahor avaient été condamnés pour enlèvement par un tribunal fédéral de New York après un procès avec jury de trois semaines.

Les cousins Mordechay Malka, 27 ans, et Matityau Malka, 30 ans, ont été reconnus coupables d’avoir organisé et mené à bien l’enlèvement de deux enfants au domicile de leur mère à New York en 2018. Les deux mineurs kidnappés avaient ensuite été emmenés dans un autre pays.

Les cousins, qui sont tous deux citoyens américains, ont été condamnés par le tribunal du district sud de New York qui dépend du ministère de la Justice à White Plains, au nord de New York. Le procureur américain Damian Williams et le FBI ont annoncé la condamnation dans un communiqué commun.

Les deux accusés ont été reconnus coupables de tous les chefs d’accusation qui leur avaient valu leur mise en examen, notamment de conspiration en vue de commettre un enlèvement international d’enfant, d’utilisation illégale d’une pièce d’identité et d’entrée dans la zone sécurisée d’un aéroport sous un faux prétexte. Mordechay Malka a été reconnu coupable de deux chefs d’accusation d’enlèvement international d’enfant, et son cousin a été reconnu coupable d’un chef d’accusation de tentative d’enlèvement international d’enfant.

Pour les condamnations les plus graves, les deux hommes risquent une peine maximale de cinq ans de prison ; les chefs d’accusation moins graves sont assortis, pour chacun d’entre eux, d’une peine maximale de trois ans de prison.

L’enlèvement international d’enfant est un délit fédéral qui consiste pour un parent ou un autre individu à emmener ou à retenir un enfant en dehors des États-Unis pour entraver les droits de garde d’un tiers. Les Malka n’ont pas enlevé leurs propres enfants, mais ils ont participé à l’enlèvement de deux frères et sœurs à leur mère.

Ils sont actuellement détenus à la prison du comté de Westchester, au nord de New York, et seront condamnés en septembre.

Le procureur Williams a fait l’éloge du FBI, du service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, du département d’État et de toute une série de services de police locaux pour leur aide dans cette affaire, et il a salué ses partenaires des services judiciaires israéliens, mexicains, guatémaltèques et canadiens – des pays où la secte s’est installée.

Les autorités ont déclaré que les cousins Malka et ceux qui les ont aidés avaient utilisé des déguisements, des pseudonymes, des téléphones piratés, des faux documents de voyage, des technologies cryptées et qu’ils avaient conclu un pacte secret pour mener à bien ce projet d’enlèvement.

Deux hommes qui avaient ourdi le complot à leurs côtés, Nachman Helbrans, le chef de la secte, et Mayer Rosner, ont été reconnus coupables en octobre 2021 d’avoir été impliqués dans ces kidnappings. Le tribunal les a condamnés en mars à 12 ans d’emprisonnement pour six condamnations, notamment pour exploitation sexuelle d’enfants et enlèvement.

Les membres de la secte avaient ainsi été reconnus coupables d’avoir enlevé une fille de 14 ans et un garçon de 12 ans à leur mère dans le village de Woodridge, dans le nord de l’État de New York. Ils avaient fait passer de manière clandestine la frontière américaine aux deux enfants pour les emmener au Mexique afin de faire retrouver son « mari » adulte à la jeune fille. Cette dernière l’avait épousé lors d’un mariage religieux un an auparavant.

Vers 2017, Helbrans avait organisé le « mariage » de sa nièce, avec un adulte du groupe. La fille avait 13 ans et le jeune homme 19 – mais ils n’ont jamais été légalement mariés puisqu’une telle union est illégale à la fois au Guatemala et aux États-Unis.

Le couple avait ensuite « immédiatement eu des relations sexuelles à des fins de procréation », conformément aux traditions du groupe, avait déclaré le ministère américain de la Justice dans un communiqué l’année dernière.

Nachman Helbrans, photographié avant 2014. (Crédit : Capture d’écran : Youtube/Windsor Star)

En 2018, craignant pour la sécurité de ses enfants, la mère de la jeune fille avait fui le groupe au Guatemala pour rejoindre les États-Unis. Un tribunal de Brooklyn lui avait accordé la garde exclusive des enfants, et il avait interdit à leur père, un dirigeant de Lev Tahor, d’entrer en communication avec eux.

Helbrans et Rosner avaient ensuite élaboré un plan pour ramener la jeune fille, alors âgée de 14 ans, à son mari, âgé de 20 ans. Ils l’avaient enlevée en décembre 2018, ainsi que son frère de 12 ans, dans le village de Woodridge, dans le nord de l’État de New York. Ils avaient fait passer de manière clandestine la frontière américaine aux deux enfants pour les emmener au Mexique afin de réunir la jeune fille et son « mari » adulte.

Les enfants avaient été retrouvés au Mexique et les ravisseurs avaient été arrêtés après trois semaines de recherches impliquant des centaines de membres des forces de l’ordre, et ils avaient été renvoyés à New York.

Trois mois plus tard, Lev Tahor avait tenté d’enlever la jeune fille une deuxième fois. Lors de cet incident, Matityau Malka avait approché la jeune fille à Brooklyn à plusieurs reprises et lui avait donné des téléphones portables pour communiquer avec les kidnappeurs, selon des documents judiciaires.

Les membres de Lev Tahor Uriel Goldman et Shmiel Weingarten parlant via Zoom en mai 2021. (Crédit : Autorisation)

En avril, Yakev Weingarten et son frère Shmiel Weingarten ont été extradés du Guatemala et traduits devant un juge fédéral américain à New York. Yakev Weingarten a pris la tête de la communauté après l’incarcération de Helbrans.

Un groupe d’opposants, Lev Tahor Survivors, a estimé que le nombre de membres de la secte se situerait entre 300 et 350 personnes. Le groupe est actuellement dispersé, certains membres se trouvant au Guatemala, d’autres en Macédoine et aux États-Unis.

Un membre du groupe d’opposants a déclaré au Times of Israel que, selon lui, Lev Tahor est dirigé par quelques 15 à 20 « personnalités abusives » et que les autres sont détenues contre leur gré. De nombreux activistes de l’organisation Lev Tahor Survivors sont issus de communautés juives religieuses, et elle accueille également certains membres de la secte ayant fui le groupe.

Lev Tahor, une secte ultra-orthodoxe extrémiste, a été fondée par le père de Helbrans, le rabbin Shlomo Helbrans, à Jérusalem dans les années 1980. Le groupe a fui au Canada, puis au Guatemala en 2014, après avoir fait l’objet d’une surveillance intense de la part des autorités canadiennes suite à des accusations de maltraitance et de mariage d’enfants.

Des membres de la secte Lev Tahor se préparant à partir de l’aéroport international La Aurora à Guatemala City pour un voyage au Kurdistan irakien en octobre 2021. (Crédit : Autorisation)

Le plus jeune des Helbrans a pris les rênes du groupe en 2017, lorsque son père s’est noyé au Mexique dans des circonstances mystérieuses.

Les déplacements, les agissements et les projets de Lev Tahor sont obscurs. Plusieurs dizaines de membres du groupe ont été observés circulant dans les Balkans au cours des derniers mois. Certains membres du groupe antisioniste auraient demandé l’asile politique en Iran en 2018. Des documents présentés à un tribunal fédéral américain en 2019 montrent que les dirigeants de la secte ont prêté serment d’allégeance au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

Le groupe a été décrit comme une secte et il est désigné sous l’étiquette de « talibans juifs », car les femmes et les filles âgées de plus de 3 ans doivent s’habiller de longues robes noires couvrant tout leur corps, ne laissant que leur visage exposé. Les hommes passent la plupart de leurs journées à prier et à étudier des extraits spécifiques de la Torah. Le groupe adhère à une lecture extrême et idiosyncrasique des lois diététiques casher.

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