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Les adeptes de Lev Tahor tentent d’échapper à l’attention dans les Balkans

Des dizaines de membres de la secte juive extrémiste se trouvent dans un hôtel de Macédoine du Nord après avoir été menacés par des habitants

Un membre de la secte juive Tev Lahor en Bosnie-Herzégovine, dans un reportage diffusé sur la chaîne N1 BiH, le 28 janvier 2021. (Capture d'écran/ YouTube)
Un membre de la secte juive Tev Lahor en Bosnie-Herzégovine, dans un reportage diffusé sur la chaîne N1 BiH, le 28 janvier 2021. (Capture d'écran/ YouTube)

JTA — Des membres de Lev Tahor, secte extrémiste juive chassée de toutes parts à la suite d’un scandale d’enlèvement d’enfants, ont été aperçus dans une ville isolée de Bosnie-Herzégovine le mois dernier et en Macédoine du Nord ce mois-ci, alors qu’ils se déplaçaient dans les Balkans pour éviter d’être repérés.

Le groupe aurait quitté la Bosnie début février, après avoir provoqué une tempête médiatique dans le petit pays.

Des membres de Lev Tahor ont été aperçus à Hadžići, ville située à environ 20 km à l’ouest de Sarajevo. Dans la ville majoritairement musulmane qui compte environ 20 000 habitants, le groupe s’est démarqué par ses costumes traditionnels. Ils ont ensuite déménagé dans un quartier majoritairement bosno-serbe de Sarajevo connu sous le nom d’Ilidža. Là, ils ont séjourné dans un bâtiment appartenant à un membre de l’Assemblée nationale de la Republika Srpska, l’enclave ethnique serbe en Bosnie-Herzégovine.

Selon Igor Kozemjakin, hazzan et rabbin de facto de l’unique synagogue de Sarajevo, la petite communauté juive du pays et les autres habitants ont entendu parler de leur arrivée par les médias. Mais lui et d’autres membres de la communauté juive ont été rapidement appelés à expliquer ce qu’était ce mouvement alors que leurs voisins commençaient à s’interroger sur leurs origines.

« Les médias spéculaient, ils ne savaient pas qui ils étaient, alors ils nous ont appelés. Mais nous ne savions pas non plus qu’ils étaient dans le pays. Ils n’ont établi aucun lien avec la communauté juive ici, leur mode de vie est très fermé », a déclaré Kozemjakin à la Jewish Telegraphic Agency.

« J’ai appris par les médias qu’ils étaient ici, quand j’ai vu leurs photos, on a compris qu’ils étaient Juifs, mais j’ai dû également apprendre à les connaître », a-t-il ajouté.

Le groupe, dont le nom signifie « cœur pur » en hébreu, a été fondé en 1988 par un rabbin israélien, Shlomo Helbrans. Ils suivent une interprétation extrême du judaïsme hassidique, exigeant que les femmes soient couvertes de la tête aux pieds, dans une tenue semblable à la burqa. Ils se nourrissent d’un régime composé principalement de fruits et de légumes, considérant que presque tout le reste n’est pas suffisamment casher, et ils évitent tous les textes juifs au-delà de la Torah et des propres livres d’Helbrans. Selon un ancien membre du groupe, Helbrans et plus tard son fils Nachman détenaient un contrôle presque total sur ses quelque 300 membres, même en matière de vie ou de mort.

En 1990, Helbrans et ses partisans avaient déménagé à Williamsburg, à Brooklyn. Là, Helbrans a purgé une peine de prison pour avoir enlevé un garçon qui avait été envoyé étudier à ses côtés pour sa bar-mitsva. Après leurs ennuis à New York, ils ont déménagé au Canada. Mais en 2014, après des allégations de maltraitance et de négligence envers des enfants, la plupart des membres du groupe ont fui vers le Mexique et le Guatemala.

Helbrans serait mort au Mexique en 2017, se noyant dans une rivière qu’il utilisait comme mikveh pour une immersion rituelle, laissant le groupe entre les mains de son fils Nachman.

Des membres de la secte Lev Tahor se préparent à partir de l’aéroport international La Aurora à Guatemala City pour un voyage au Kurdistan irakien en octobre 2021. (Autorisation)

Nachman Helbrans et son bras droit Meyer Rosner ont été arrêtés au Mexique en 2018 et extradés vers les États-Unis, où ils ont été condamnés par un tribunal américain en novembre pour un stratagème dans lequel ils ont tenté de forcer une jeune fille de 14 ans à une relation sexuelle avec un jeune de 19 ans dans le cadre d’un mariage arrangé. À ce moment-là, les membres de Lev Tahor avaient fui le Mexique et le Guatemala et étaient arrivés au Kurdistan irakien dans l’espoir d’entrer en Iran, après avoir demandé l’asile et prêté allégeance au guide suprême iranien Ali Khomeiny.

Interrogés lors de leur séjour en Bosnie, des membres de Lev Tahor ont déclaré avoir été détenus par la sécurité kurde pendant plusieurs jours, et ce dans des conditions difficiles. Finalement, ils ont été expulsés vers la Turquie, d’où ils se sont rendus en Roumanie, puis en Bosnie-Herzégovine.

Au fur et à mesure que leurs voisins de Sarajevo prenaient connaissance de leur histoire, les habitants sont devenus de plus en plus mal à l’aise avec la présence du groupe.

Le complexe d’appartements dans l’est de Sarajevo dans lequel les membres de Lev Tahor avaient élu domicile, le 4 février 2022. (Crédit : Yaakov Schwartz/Times of Israel)

Un média bosniaque a rapporté que les voisins étaient rebutés par ce qu’ils ont décrit comme des « rituels tout au long de la nuit » et par le fait d’entendre des chants d’enfants à toute heure en provenance du bâtiment.

« Les médias les ont présentés comme des ravisseurs d’enfants, alors les gens ont eu peur dans le quartier. Mais finalement, ils ont compris qu’ils étaient une communauté fermée, qui n’interagissait pas avec les autres habitants », a déclaré Kozemjakin.

En vertu de la loi bosniaque, en tant que citoyens des États-Unis, du Canada et du Guatemala, ils étaient légalement autorisés à rester dans le pays pendant 90 jours.

Le Times of Israel avait précédemment rapporté que, le 3 février, avant le Shabbat, 37 membres du groupe avaient traversé la frontière sud de la Bosnie pour se rendre au Monténégro. Un homme qui avait entretenu l’immeuble où ils vivaient a suggéré qu’ils envisageaient peut-être de se rendre en Bulgarie.

« Ce n’est pas que j’étais inquiet, mais je suis content qu’ils soient partis parce que maintenant les médias peuvent se concentrer sur les problèmes locaux, c’était juste une distraction des vrais problèmes de notre société », a déclaré Kozemjakin.

Des membres de Lev Tahor se préparent à quitter leur habitation dans l’est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Autorisation/Davorin Sekulic/ Klix.ba)

Il a déclaré que la vague médiatique autour d’eux avait commencé le 26 janvier, juste avant la Journée internationale de commémoration de la Shoah, noyant ainsi les autres évènements locaux de la journée.

Depuis leur départ de Bosnie-Herzégovine, le groupe a fait la une des journaux dans une autre ancienne république yougoslave, la Macédoine du Nord, où le groupe est arrivé dans la ville de Kumanovo, à environ une demi-heure de route au nord-est de la capitale Skopje.

Des membres de Lev Tahor ont déclaré aux médias locaux qu’ils avaient été harcelés dans la ville.

« Nous voulons nous sentir en sécurité, mais pour le moment je ne sais pas comment me sentir en sécurité », a déclaré un membre à un journaliste du journal nord-macédonien Telma. Il a dit que la maison dans laquelle ils résidaient avait été vandalisée par des jets d’œufs et de pierres la nuit précédente. Mais comme en Bosnie, les autorités macédoniennes ont rappelé aux résidents locaux que le groupe était entré légalement avec des passeports américains, canadiens, belges et autres et ne constituait que peu de menace.

« Ces personnes respectent les lois de la République de Macédoine du Nord, résident ici en toute légalité et ce de façon temporaire dans notre pays », a déclaré dimanche le ministre macédonien de l’Intérieur dans un communiqué. « [La police de Kumanovo] informe les citoyens de Kumanovo que ledit groupe ne présente aucun danger et lance un appel à la tolérance et à la solidarité à leur égard. »

Néanmoins, pour des raisons de sécurité, le groupe a été transféré dans la capitale, Skopje, mardi, où ils séjournent dans un hôtel.

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