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USA : Enquête fédérale sur un harcèlement antisémite présumé au Brooklyn College

Une plainte affirme que des étudiants juifs inscrits à un programme d'études supérieures ont été harcelés par leurs pairs et par le corps enseignant

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Illustration : Des étudiants du Brooklyn College sur le campus à New York, le 1er février 2017. (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)
Illustration : Des étudiants du Brooklyn College sur le campus à New York, le 1er février 2017. (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)

NEW YORK – Le département américain de l’Education a ouvert une enquête au sujet d’un harcèlement présumé d’étudiants juifs dans un établissement d’enseignement supérieur de New York par des professeurs et d’autres étudiants.

Des professeurs du Brooklyn College ont accusé des étudiants juifs de perpétrer une oppression raciale, et d’autres étudiants ont ouvertement discuté de la violence à leur encontre, selon la plainte qui a conduit à l’enquête.

Le Louis D. Brandeis Center for Human Rights Under Law a déposé la plainte initiale auprès du département américain de l’Education l’année dernière. Le centre a déposé la plainte au nom de deux étudiants juifs inscrits au programme de master en conseil en santé mentale du Brooklyn College.

Le centre Brandeis a déclaré jeudi que le bureau des droits civils du département américain de l’Education avait ouvert une enquête formelle, et a noté que le bureau n’enquêtait que sur certains cas.

La plainte initiale, déposée en février dernier, indiquait que le collège avait violé le titre VI de la loi américaine sur les droits civils de 1964 en autorisant le harcèlement antisémite. Cette loi interdit toute discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale dans les programmes qui reçoivent un financement fédéral. La discrimination antisémite a été incluse comme une violation du titre VI en 2019.

La plainte se concentre sur les allégations de l’année académique 2020-2021.

Le Brandeis Center a déclaré que les professeurs du Brooklyn College avaient avancé des tropes antisémites sur le pouvoir juif, notamment en disant aux étudiants juifs qu’ils étaient « Blancs » et « privilégiés » et qu’ils opprimaient donc les autres minorités.

Un professeur a déclaré que les Juifs ashkénazes aux États-Unis étaient des oppresseurs et a dénigré un étudiant juif devant une classe parce qu’il était « Blanc et privilégié », selon la plainte.

Dans un autre cours, il a été demandé aux étudiants de classer leurs identités personnelles. Un élève juif a été réprimandé pour s’être identifié comme plus Juif que Blanc, selon la plainte.

Illustration : Des étudiants du Brooklyn College sur le campus à New York, le 1er février 2017. (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)

L’un des deux plaignants juifs est une femme hispanique, et il lui a été dit à plusieurs reprises qu’elle n’appartenait pas à une minorité parce qu’elle était Juive.

Selon la plainte, des étudiants du collège ont également intimidé et harcelé des étudiants juifs en raison de leurs origines. Dans une discussion de groupe, un étudiant a déclaré qu’il voulait étrangler un camarade juif, et deux autres étudiants ont soutenu cette déclaration. L’un des plaignants juifs a pris la défense de l’étudiant menacé et a été traité de raciste.

Selon le Brandeis Center, les étudiants juifs qui ont soulevé le problème auprès des professeurs se sont vus dire de « contrôler leur blancheur » et de « garder la tête baissée ».

L’un des étudiants juifs a fait part de ce harcèlement au centre d’aide psychologique de l’université et a été sommé de « se taire », selon la plainte.

L’administration a déclaré à l’époque qu’elle était consciente des « frictions en cours » dans le programme, et a exprimé son soutien à d’autres groupes minoritaires, mais a ignoré les plaintes de harcèlement contre les Juifs.

La plainte décrit de multiples autres cas d’étudiants, d’administrateurs et de professeurs dénigrant les étudiants juifs comme étant « Blancs » et « privilégiés ». Le collège a déclaré à un moment donné qu’il prévoyait de limiter les « comportements inappropriés et intimidants », mais n’a pas donné suite.

Les étudiants juifs ont déclaré qu’ils ne se sentaient pas en sécurité lorsqu’ils exprimaient leurs points de vue en classe, malgré les règles de notation qui les obligeaient à le faire.

Selon la plainte, le harcèlement a violé la loi sur les droits civils de 1964, qui interdit tout « environnement hostile » qui soit « suffisamment grave, envahissant ou persistant pour interférer avec ou limiter la capacité d’un étudiant à participer ou à bénéficier des services, activités ou opportunités offerts par une école ».

La loi exige que les écoles financées par le gouvernement fédéral mettent rapidement fin au harcèlement et le préviennent, y compris par d’autres élèves.

Le centre Brandeis a appelé l’école à « éliminer l’environnement hostile », à condamner l’antisémitisme, à réviser ses politiques de non-discrimination, à organiser des sessions de formation pour combattre l’antisémitisme et à mettre en place un groupe de travail pour améliorer les conditions des Juifs.

« Dans un programme universitaire destiné aux professionnels de la santé mentale, il a été dit aux Juifs qu’ils devaient s’identifier comme Blancs, ils ont été traité de privilégiés et accusé d’être des oppresseurs », a déclaré Denise Katz-Prober, directrice des initiatives juridiques du Brandeis Center, dans un communiqué.

« Cela va complètement à l’encontre de l’histoire juive. Elle ignore totalement des siècles de discrimination et de meurtre juifs, que nous voyons effroyablement refaire surface, et elle promeut de dangereux tropes antisémites séculaires concernant le pouvoir, la conspiration et le contrôle juifs », a-t-elle ajouté.

« La lutte contre le sectarisme ne devrait pas être une compétition entre les groupes minoritaires ; ce n’est pas un jeu à somme nulle », a-t-elle déclaré.

La question de savoir si les Juifs sont Blancs est revenue sur le devant de la scène ces derniers jours après que Whoopi Goldberg a décrit la Shoah comme étant le fait de deux groupes de « Blancs » qui « se battaient entre eux ». Ses commentaires ont suscité un tollé ; elle s’est depuis excusée.

Le Brooklyn College a dénoncé jeudi « sans équivoque l’antisémitisme sous toutes ses formes et ne le tolère pas sur son campus. Bien que le collège ne puisse pas faire de commentaires sur les enquêtes en cours, il s’est engagé à coopérer pleinement avec le département américain de l’Education ».

« Le Collège apprécie le rôle important que les Juifs américains ont joué dans la riche histoire du pays, de la ville et du campus. L’initiative ‘We Stand Against Hate’ du collège propose des conférences, des ateliers, des concerts, des programmes et d’autres événements qui reflètent l’engagement permanent de l’école à célébrer les voix qui composent la diversité de notre communauté universitaire. »

Le Brandeis Center a déposé des plaintes similaires dans d’autres universités américaines, dont l’université de Stanford.

En 2013, le Brandeis Center a représenté trois étudiants juifs du Brooklyn College qui ont porté plainte après avoir été retirés de force d’un événement anti-israélien parrainé par Students for Justice in Palestine. Le Brooklyn College a présenté ses excuses après une enquête et s’est engagé à modifier ses politiques.

Le mois dernier, six professeurs de la City University of New York, le système universitaire public auquel appartient le Brooklyn College, ont intenté une action en justice fédérale pour atteinte aux droits civils contre leur syndicat, le qualifiant « d’antisémite, anti-juif et anti-israélien ».

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