USA : le projet de loi sur la Shoah pourrait nuire aux relations avec Varsovie
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USA : le projet de loi sur la Shoah pourrait nuire aux relations avec Varsovie

La porte-parole du Département d'Etat américain exhorte la Pologne à "réévaluer" la loi susceptible d'engendrer des "divisions parmi nos alliés"

Heather Nauert, porte-parole du département d'Etat américain, à  Washington, le 8 juin 2017. (Crédit : capture d'écran)
Heather Nauert, porte-parole du département d'Etat américain, à Washington, le 8 juin 2017. (Crédit : capture d'écran)

WASHINGTON — L’administration Trump a demandé à la Pologne de réexaminer son projet de loi controversé prévoyant une peine d’emprisonnement pour tous ceux qui parlent de « camps de la mort polonais » et interdit la mention de toute complicité de la Pologne dans les crimes nazis. Elle affirme que cette loi pourrait nuire aux relations de la Pologne avec les États Unis et Israël.

« Nous encourageons la Pologne à réévaluer la législation à la lumière de son impact potentiel sur le principe de la liberté d’expression et sur notre capacité à être des partenaires efficaces », a déclaré la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert dans un communiqué.

Juste avant la Journée de commémoration de l’Holocauste, le 27 janvier, qui a lieu à la date anniversaire de la libération d’Auschwitz, le Parlement nationaliste polonais a présenté un projet de loi criminalisant le fait de rendre responsable la nation polonaise ou l’Etat polonais pour les atrocités nazies commises sur le sol polonais pendant l’Holocauste.

Ce projet de loi a été adopté par la chambre basse du parlement polonais mais doit encore passer au Sénat avant d’être éventuellement promulgué par le président Andrzej Duda. Ce dernier a promis dès dimanche d’examiner les passages du texte dénoncés par Israël, tout en estimant lundi que Varsovie « ne peut pas faire marche arrière ».

« Nous avons le droit de nous défendre et lutter pour la vérité sur notre histoire », a-t-il plaidé, estimant qu’il n’y avait eu « aucune participation organisée de la nation ou de l’Etat polonais à l’horreur de l’extermination » des juifs.

Le Sénat polonais a débattu sur le projet de loi mercredi.

« L’histoire de l’Holocauste est douloureuse et complexe », a déclaré Nauert. « Nous comprenons que les expressions telles que ‘camps de la mort polonais’ soient inexactes, susceptibles d’induire en erreur et blessantes. »

Et pourtant, le projet de loi empiétera sur la liberté d’expression du peuple polonais, tout en nuisant aux relations du gouvernement avec les États-Unis et en renforçant les ennemis communs des deux nations.

L’inscription allemande tristement célèbre qui se lit « Le travail rend libre » à la porte principale du camp d’extermination d’Auschwitz I, le 15 novembre 2014 à Oswiecim, en Pologne. (Christopher Furlong/Getty Images via JTA/File)

« Mais nous nous inquiétons de voir ce projet de loi, s’il est promulgué, nuire à la liberté d’expression et au débat historique », a-t-elle déclaré. « Nous devons tous faire attention à ne pas entraver la discussion et les commentaires sur l’Holocauste. Nous pensons que seul le débat ouvert, l’érudition et l’éducation sont les meilleurs moyens de contrer un discours inexact et blessant. »

« Nous sommes également préoccupés », a-t-elle poursuivi, « par les répercussions que ce projet de loi, s’il était promulgué, pourrait avoir sur les intérêts et les relations stratégiques de la Pologne — y compris avec les États-Unis et Israël. Les divisions qui en résultent parmi nos alliés ne profitent qu’à nos rivaux. »

Des Polonais ont été emprisonnés, torturés et tués dans les camps, et beaucoup pensent aujourd’hui que les Polonais sont injustement décrits comme les auteurs de l’Holocauste.

L’Allemagne a occupé la Pologne en 1939, en annexant une partie de la Pologne à l’Allemagne et gouvernant directement le reste. Contrairement à d’autres pays occupés par l’Allemagne à l’époque, il n’y avait pas de gouvernement collaborationniste en Pologne. Le gouvernement et l’armée polonais d’avant-guerre ont fui et étaient en exil, à l’exception d’une armée de résistance clandestine qui a combattu les nazis à l’intérieur du pays.

A Auschwitz-Birkenau, en mai 1944, les Juifs hongrois arrivent dans des wagons à bestiaux et se préparent pour la « sélection » dirigée par les SS. (Auschwitz Album)

Il y a eu de nombreux cas où les Polonais ont tué des Juifs ou les ont dénoncés aux Allemands, cependant, les pogroms antisémites meurtriers ont continué pendant et dans certains cas même après Seconde Guerre Mondiale.

Dans le passé, le gouvernement israélien a soutenu la campagne contre l’expression « camps de la mort polonais », bien qu’il ait fortement critiqué la nouvelle législation.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il s’agissait d’une « distorsion de la vérité, de la réécriture de l’histoire et du déni de l’Holocauste ».

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