USA : l’enquête sur les menaces à la bombe contre des institutions juives compliquée par les technologies utilisées
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USA : l’enquête sur les menaces à la bombe contre des institutions juives compliquée par les technologies utilisées

Le FBI, qui enquête sur 65 menaces, doit identifier qui appelle avec une voix masquée et semble le faire depuis l’intérieur des bâtiments

Le centre communautaire juif d'Albany (Etat de New York) temporairement évacué suite à une alerte à la bombe, le 18 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Twitter via JTA)
Le centre communautaire juif d'Albany (Etat de New York) temporairement évacué suite à une alerte à la bombe, le 18 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Twitter via JTA)

JTA – Un individu appelle une institution juive, annonce une menace à la bombe et raccroche. L’appel dure moins d’une minute, la voix de l’interlocuteur est masquée et l’appel semble provenir du bâtiment.

Comment attrapez-vous le coupable ?

C’est la question posée au FBI, qui enquête sur les 65 menaces à la bombe qui ont touché des centres communautaires juifs et des fédérations juives pendant les trois vagues de menaces du mois de janvier.

La dernière série de menaces, qui a ciblé 17 centres communautaires de tous les Etats-Unis, a eu lieu mardi. Les deux autres vagues ont eu lieu les 9 et 18 janvier.

Paul Goldenberg, directeur de Secure Community Network, qui conseille les institutions et associations juives sur les questions de sécurité, a déclaré que même si l’interlocuteur était une personne quelque part dans une pièce, les progrès technologiques auraient rendu son identification bien plus complexe.

« Ils sont assez sophistiqués pour utiliser la technologie à leur bénéfice, a-t-il déclaré. Ils utilisent une machine qui déguise leur voix. Ils utilisent une technologie qui leur permet de donner l’impression d’appeler depuis l’intérieur. »

Aucune des menaces ne s’est révélée crédible, et les centres communautaires ont généralement pu évacuer et reprendre leurs habitudes comme à l’accoutumée. Mais des experts en sécurité, notamment d’anciens agents du FBI, ont déclaré que le bureau prenait tout de même les menaces au sérieux.

« C’est un crime de haine, et ils utilisent toutes les ressources possibles », a déclaré Jim Hartnett, ancien responsable du FBI qui dirige actuellement la sécurité de la Fédération juive de Cleveland. « Ils ont la technologie. Cela peut nécessiter des analyses et des moyens. Ils réussiront à traquer et à identifier le ou les individus qui sont responsables. »

A présent, le FBI doit trouver comment y arriver en surmontant les camouflages technologiques utilisés par le ou les personnes passant les appels. Brenda Moxley, ancienne agent spécial assistant en charge de la branche criminelle du FBI à Miami, a déclaré qu’enquêter sur des appels téléphoniques signifiait autrefois tracer une ligne fixe, une procédure relativement simple en comparaison de ce que cela signifie aujourd’hui.

Un appel passé le 18 janvier à une institution juive obtenu par JTA a été fait par une personne dont la voix était modifiée et a duré une minute. L’interlocuteur annonçait qu’une bombe était placée dans un sac, menaçait de tuer des Juifs, et raccrochait.

« Si vous comparez cela à ce qui se serait produit il y a des années, la technologie a changé », a déclaré Moxley, qui dirige à présent la sécurité de la communauté de la Fédération juive du Grand Miami. « La technologie a progressé d’une manière qui rend difficile pour les forces de l’ordre de la suivre. »

Le centre communautaire juif de Nashville, Tennessee, après une menace à la bombe reçue le 9 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran The Tennessean)
Le centre communautaire juif de Nashville, Tennessee, après une menace à la bombe reçue le 9 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran The Tennessean)

Le FBI ne commente pas les enquêtes en cours, mais Samantha Shero, porte-parole, a déclaré à JTA que l’enquête commencerait quand les agents parleraient aux personnes qui ont reçu les appels, puis rassembleraient les informations des différents états.

Paul Vecchi, superviseur du FBI à la retraite, a déclaré à JTA que la clef d’une telle enquête était d’obtenir autant de détails que possible sur les appels, le plus tôt possible. Cela revient à la personne qui décroche, a ajouté Vecchi, d’enregistrer tout ce qu’elle peut.

Les agents peuvent ensuite analyser les mots choisis par l’interlocuteur, son ton et les bruits de fonds, comme des sons provenant d’une cuisine ou d’une rue. Ces étapes aident, a-t-il déclaré, même si l’origine et la voix de l’interlocuteur sont inconnues. Si les agents peuvent associer l’individu avec un groupe militant ou un réseau criminel, ils devraient pouvoir assembler les pièces.

« Tout est dans l’analyse comportementale et le fait de déterminer ce que nous appelons un signe comportemental, un comportement qui peut en fait être relié à une personne ou à un groupe afin de faire ce que nous avons à faire pour obtenir en quelque sorte une caractéristique du criminel », a déclaré Vecchi, qui est à présent maître de conférences en justice criminelle à l’université du Missouri occidental.

« Quelqu’un dont l’anglais n’est pas la langue maternelle dira des choses qui ne sont pas tout à fait juste en anglais. »

Goldenberg s’est dit optimiste sur l’arrestation de ou des personnes à l’origine des alertes à la bombe. Le FBI enquête cependant toujours sur les menaces à la bombe contre deux institutions juives dans deux villes de Floride il y a un an. Le délai de prescription sur les menaces à la bombe est de cinq ans.

Même s’il n’y a pas de piste, cela ne signifie pas que les agents abandonneront les recherches. L’affaire sera réouverte, a déclaré Vecchi, dès qu’une nouvelle menace à la bombe aura lieu.

« Si c’est juste un type qui appelle, cela sera enregistré dans les dossiers et dans le système, a-t-il déclaré. Ensuite, quand le prochain a lieu, l’enquête reste ouverte. »

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