USA : Un futur camp d’été juif orthodoxe interdit aux personnes vaccinées
Rechercher

USA : Un futur camp d’été juif orthodoxe interdit aux personnes vaccinées

Le "coach santé" du Camp Hikon cite des affirmations - mensongères - sur les dangers du vaccin anti-COVID, qui illustrent le scepticisme de la communauté ; il n'y a pas d'inscrits

Camp d'été juif (Illustration : Autorisation de la fondation des caps juifs, via  JTA)
Camp d'été juif (Illustration : Autorisation de la fondation des caps juifs, via JTA)

JTA — Alors que l’été arrive et que l’utilisation des vaccins contre le coronavirus est actuellement reconnue comme étant sûre pour les enfants dès l’âge de douze ans, certains camps de vacances évoquent la possibilité d’un été sans masque pour les jeunes campeurs vaccinés.

Mais un camp juif programmé cet été a opté pour une approche différente : Il interdit formellement à tout campeur ou personnel vacciné d’y participer.

Les annonces faisant la promotion du Camp Hikon, dans le nord de l’état de New-York, sont apparues sur la liste des serveurs populaires au sein de la communauté juive – quelques jours après les gros titres consacrés à une école privée de Miami qui avait recommandé à ses enseignants de ne pas se faire vacciner et qui avait demandé à ses jeunes élèves de s’abstenir d’entrer en contact avec des personnes ayant été immunisées contre la COVID-19.

Ces annonces faisant la promotion du camp ont aussi été diffusées alors que des affiches recommandant de ne pas avoir recours au vaccin ont fait leur apparition à Midwood, à Brooklyn, un quartier orthodoxe où l’un des membres des fondateurs du camp tient un magasin de produits alimentaires naturels.

Ces différents événements laissent penser que la propagande anti-vax et la désinformation au sujet de la COVID-19 prennent de nouvelles formes dans les communautés juives où le scepticisme et la désobéissance aux règles sanitaires publiques ont été relativement forts et critiqués.

Des affiches décourageant la population d’aller se faire vacciner contre la COVID-19 à Midwood, un quartier lourdement juif orthodoxe, à Brooklyn. (Crédit : Luis Hernandez via JTA)

Le Camp Hikon s’est donné pour objectif de préparer les jeunes garçons des yeshivot à ce qui, selon lui, seront les changements « politiques, économiques et environnementaux » à venir. Même s’il dit porter de l’intérêt à l’idée de préparer ses campeurs aux « catastrophes naturelles », il ne permettra ni aux enfants, ni aux personnels vaccinés d’y participer.

Naftali Schwartz, « coach santé » autoproclamé du camp originaire de Brooklyn – qui n’a aucune formation en médecine ou en santé publique dont il pourrait se prévaloir – estime que cette règle n’écartera probablement personne.

« La majorité de ceux qui viendront ne se seront de toute façon pas faits vacciner en raison de la nature même de la population à laquelle je m’adresse », explique Schwartz à la JTA.

Reprenant une théorie – dont le caractère mensonger a été établi – qui s’est répandue grâce au mouvement anti-vax, le site internet du camp cite « la nature expérimentale » des vaccins contre la COVID-19. Selon cette assertion fausse, les personnes côtoyant étroitement les personnes vaccinées peuvent « renforcer » la propagation du coronavirus. Le site en ligne renvoie les lecteurs à un autre site, NutriTruth, qui affirme que les vaccins sont une « arme biologique » et qui oriente également les internautes vers une discussion entre plusieurs célèbres personnalités anti-vax.

« Nous regrettons d’être dans l’incapacité d’accepter des campeurs ou des conseillers ayant déjà reçu leurs injections », note le site internet.

Schwartz dit avoir décidé de mettre en place cette règle en raison de « symptômes suspects qui sont apparus chez des individus non-vaccinés qui avaient passé beaucoup de temps aux côtés de personnes vaccinées ».

« Il m’a aussi été rapporté par des parents de mes jeunes campeurs que ces informations étaient réelles, ce qui est inquiétant », continue Schwartz.

L’idée que des personnes non-vaccinées puissent voir apparaître des symptômes après avoir passé du temps avec des personnes vaccinées ne se base sur aucune réalité. Les personnes vaccinées ne peuvent pas émettre de particules de vaccin susceptibles d’affecter qui que ce soit, dans leur environnement proche.

Photo d’illustration : Un Juif orthodoxe passe devant un dispensaire de Parcare dans le quartier de Willamsburgh, à Brooklyn, à New York, le 27 décembre 2020. (Crédit : AP Photo/Kathy Willens)

D’autres théories – dont il a pourtant été prouvé qu’elles étaient fausses – ont été répercutées par des affiches qui ont été collées, cette semaine, à Midwood, un quartier lourdement orthodoxe de Brooklyn. Ces affiches, qui n’ont pas été signées, visent à décourager les orthodoxes d’aller se faire injecter les deux doses à cause, entre autres raisons, de risques potentiels pour la fertilité (des études ont prouvé que cette affirmation était mensongère).

« De nombreux, très nombreux Rabbonim qui ont procédé à des recherches minutieuses sur le vaccin contre la COVID-19 recommandent très vivement de ne PAS aller se faire vacciner », dit l’une des affiches en utilisant le mot en yiddish désignant les rabbins.

L’affiche comprend également un lien renvoyant à un pamphlet, sur internet, portant les noms de rabbins qui auraient condamné l’utilisation du vaccin contre le coronavirus. Il fait aussi la promotion de médicaments contre la COVID comme l’hydroxychloroquine dont les études ont démontré l’inefficacité. Ce médicament a été salué par le docteur Vladimir Zelenko, un médecin orthodoxe qui, jusqu’à l’été dernier, travaillait dans l’enclave hassidique de Kiryas Joel et dont le protocole thérapeutique avait été vanté par Donald Trump quand il était encore président des États-Unis.

Ce pamphlet en ligne affirme que les malades ne meurent pas du coronavirus. « Ils meurent faute de traitement approprié de la COVID-19 ou d’autres négligences, ou encore d’un traitement mal adapté à l’hôpital », dit-il.

Le sentiment anti-vax reste fort dans certains groupes de la communauté juive orthodoxe – une communauté qui a connu une épidémie de rougeole, en 2019, après qu’un enfant qui était revenu d’Israël a propagé la maladie parmi d’autres enfants non-vaccinés à Brooklyn et au nord de l’état de New York. L’épidémie avait été contrôlée lorsque le département de la Santé de New York City avait imposé des amendes aux parents refusant de faire vacciner leurs enfants, et menacé de fermer les écoles religieuses qui permettaient aux élèves non-immunisés de venir. L’état avait mis un terme aux exemptions non-médicales concernant l’exigence de la vaccination en milieu scolaire, ce qui avait entraîné une hausse de la vaccination.

Selon les données de vaccination COVID émises par le département de la Santé de New York, seulement 18 % des résidents de Borough Park sont entièrement vaccinées et 28 % le sont partiellement. A Midwood, ces pourcentages sont respectivement de 22 % et de 30 %. En comparaison, parmi les résidents du code postal 10024, dans l’Upper West Side – c’est l’un des secteurs où le taux de vaccination est le plus élevé dans la ville – 54 % des résidents sont pleinement vaccinés et 65 % partiellement immunisés.

Il est impossible de dire si le Camp Hikon aura réellement lieu. Jusqu’à présent, aucun enfant n’a été inscrit et Schwartz doit encore obtenir l’autorisation d’organiser le camp.

Photo d’illustration : Des enfants jouent sur un trottoir dans le quartier Williamsburg de Brooklyn, à New York, pendant l’épidémie de coronavirus, le 4 juin 2020. (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

Mais il sait déjà très bien quelles seront les règles appliquées là-bas. Le port du masque n’y sera pas encouragé et, concernant la manière dont le camp luttera contre la COVID-19, les jeunes participants seront traités « grâce à de la vitamine D en abondance et autres moyens prophylactiques », selon le site internet.

Le camp semble combiner entraînement survivaliste et étude de la Torah. L’objectif premier, explique Schwartz, est de préparer les participants à un avenir dans lequel l’instabilité politique et économique, combinée à des événements climatiques inhabituels, pourraient entraîner des problèmes dans la chaîne des approvisionnements, des problèmes susceptibles d’avoir un impact dans la vie quotidienne. Les campeurs construiront leurs propres gîtes, selon le site internet, et les organisateurs fourniront des chaussures particulières dans ce contexte survivaliste.

« Nous nous adressons à une population de familles dont l’esprit est éveillé, qui comprennent que les années à venir ne ressembleront pas aux années du passé », conclut Schwartz.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...